Une pharmacie dans le jardin

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(Québec) Un sirop de fougère pour traiter l'asthme, de la poudre de rhubarbe comme laxatif et du tabac afin de panser une blessure. À l'époque de la Nouvelle-France, la pharmacologie pouvait être surprenante, et certes, bien différente d'aujourd'hui.

À l'occasion du 400e anniversaire de l'arrivée de Louis Hébert et de Marie Rollet, l'Université Laval et le Monastère des Augustines ont uni leurs forces pour créer un jardin hors du commun afin de rendre hommage au métier d'apothicaire que pratiquait le premier colon européen à s'établir en Nouvelle-France, mais aussi de nombreuses religieuses ayant fondé l'Hôtel-Dieu.

Mais attention, les ancêtres de nos pharmaciens ne cultivaient pas nécessairement tous leurs plantes médicinales. Si certains apothicaires et apothicairesses jardinaient, comme c'était le cas de Louis Hébert et un peu plus tard des Augustines, d'autres se contentaient de tenir boutique dans les grands centres comme à Paris, explique le professeur à la retraite du département de phytologie de l'Université Laval, Alain Asselin. 

L'inventaire des apothicaireries du Nouveau Monde au XVII et au XVIIIe siècle était donc constitué en partie de plantes que leurs propriétaires réussissaient à produire eux-mêmes, de ce qu'ils trouvaient localement ou échangeaient avec les Amérindiens et les autres communautés religieuses et de marchandises commandées à l'étranger, essentiellement en France. 

Le «Carré de l'apothicairesse», qui a été aménagé dans la Cour carrée du Monastère des Augustines et inauguré cette semaine, présente une petite partie de ces remèdes utilisés par nos ancêtres. En tout, ce sont 22 plantes médicinales issues à la fois de l'Ancien Monde et du Nouveau Monde qui ont été minutieusement choisies, semées et plantées par une petite équipe passionnée par l'histoire peu banale de nos premiers pharmaciens. 

On vous présente quelques-unes d'entre elles.*

Ancien Monde

Houblon

Humulus lupulus 

En plus de donner un goût intéressant à la bière, le houblon avait des propriétés qui favorisaient le sommeil, selon un réputé médecin arabe au 9e siècle, Mésué. Rien à voir cependant avec l'envie de roupiller après avoir trop consommé la populaire boisson alcoolisée. Fait intéressant et peu connu, le houblon appartient à la même famille que le cannabis et bien des étudiants en botanique, en apprenant cela, ont tenté de le fumer, mais malheureusement pour eux, sans grand succès.

Grand coquelicot

Papaver rhoeas

Bien connu puisqu'utilisé comme symbole lors du jour du Souvenir, le grand coquelicot ou pavot rouge est le petit frère du pavot à opium. Les médecins de l'époque ont longtemps espéré que celui-ci produise les mêmes avantages que son aîné sans les effets sévères, voire délétères, de celui-ci, mais en vain. Il contient toutefois une petite quantité de morphine et la plante était utilisée pour provoquer le sommeil.

Rhubarbe

Rhuem x hybridum 

Depuis l'Antiquité, la rhubarbe est très recherchée, puisque la poudre de sa racine constitue un laxatif doux. Dans la médecine antique et classique, il faut se débarrasser des «mauvaises humeurs» et les rééquilibrer lorsqu'il y en a trop ou pas suffisamment. Mais les humeurs de l'époque n'ont rien à voir avec nos sentiments de bonheur ou de tristesse d'aujourd'hui, ce sont en fait les liquides de notre corps comme le sang et la bile. Un rhume, une ampoule, une hémorragie ou une éruption cutanée étaient donc tous des symptômes d'un déséquilibre de nos liquides qu'il fallait coûte que coûte rétablir. 

L'ingurgitation de mixtures ou encore, les purges et saignées, pouvaient remédier au problème. Mais encore fallait-il avoir un petit coup de pouce. La rhubarbe fournissait cette aide précieuse pour expulser vers le bas. Originaire de Chine, elle était considérée comme une «drogue exotique» qui coûtait très cher et les botanistes ont parcouru le monde à sa recherche. Les religieuses d'ici l'ont adoptée et elle faisait partie de la pharmacopée locale de l'Hôtel Dieu.

Nouveau Monde

Lobélie cardinale

Lobelia cardinalis 

Dans la pharmacopée amérindienne, en plus de la description du soulagement des symptômes, l'on retrouve souvent comment les plantes pouvaient améliorer l'état d'esprit ou le mieux-être des patients. Certaines, par exemple, pouvaient rendre plus heureux ou encore, comme la lobélie cardinale, permettaient d'atténuer la tristesse causée par la perte d'êtres chers.

Tabac des paysans

Nicotiana rustica 

Lorsque les Européens découvrent le tabac en Nouvelle-France, il contient de 8 à 10 fois le taux de nicotine que l'on connaît aujourd'hui et pouvait même provoquer des hallucinations. Peu surprenant que l'on retrouve dans les écrits que les colons avaient du mal à s'en passer! 

Mais en plus de la consommation «récréative» et cérémoniale propre aux habitants du Nouveau Monde, le tabac est vite apprécié pour ses vertus médicinales. Les cataplasmes de tabac soignaient notamment les blessures tandis qu'on lui reconnaissant certaines propriétés calmantes. Ses vertus étaient vantées jusqu'à la cour française où l'ambassadeur de France au Portugal, Jean Nicot, recommandait à Catherine de Médicis de soigner ses migraines avec l'aide du tabac qui a d'ailleurs longtemps été surnommé l'«herbe de la reine». 

Le tabac des paysans est originaire d'Amérique du Sud, mais a migré dans la vallée du Saint-Laurent grâce aux déplacements des nations amérindiennes. Il était donc présent avant la découverte du Canada par Jacques Cartier en 1534. 

Louis Hébert aurait cultivé du tabac des paysans pour des usages médicinaux et comme monnaie d'échange avec les Amérindiens.

Adiante du Canada

Adiantum pedatum ou capillaire du Canada 

La fronde, ou feuille, de cette fougère était transformée en sirop qui soulageait les maladies respiratoires très fréquentes à l'époque de la Nouvelle-France en raison notamment de la façon dont l'on chauffait les maisons. Vu sa grande efficacité, le capillaire du Canada a même rivalisé avec des plantes vedettes de l'Europe comme le capillaire de Montpellier. Il y a donc eu un énorme engouement pour la fougère d'ici dont le commerce était florissant. Les religieuses s'en servaient aussi pour préserver la qualité des peaux d'animaux qui servaient au troc. 

*Les descriptions sont tirées d'une entrevue et de la documentation préparée par le professeur à la retraite du département de phytologie de l'Université Laval, Alain Asselin.




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