Le rodéo de Québec contesté

Selon le professeur en droit de l'Université Montréal,... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Selon le professeur en droit de l'Université Montréal, Alain Roy, le rodéo, «c'est de l'exploitation de la peur qui crée un sentiment de panique chez les animaux».

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le groupe à l'origine de la contestation judiciaire contre le rodéo du 375e de Montréal juge que la compétition de monte de taureaux qui aura lieu cette fin de semaine à Québec n'est pas davantage conforme à la loi sur le bien-être animal adoptée en 2015 et devrait être bannie.

Avec une dizaine d'étudiants, le professeur en droit de l'Université Montréal, Alain Roy, a déposé une injonction à la Cour supérieure du Québec le mois dernier afin que celle-ci interdise la tenue de l'activité prévue pour la fin août dans la métropole. 

Selon lui, les mêmes arguments s'appliquent à la compétition du circuit Professionnal Bull Riders (PBR) à l'horaire du Centre Vidéotron les 2 et 3 juin aussi programmé pour les deux prochaines années, qui, comme l'événement de Montréal, a été planifié après l'entrée en vigueur de la loi. Mais le groupe montréalais n'avait tout simplement pas «l'intérêt juridique» afin d'étendre leur recours à l'autre bout de la 20 ou à toute autre ville québécoise, comme Sainte-Tite, où ont lieu de tels concours. 

«Un rodéo, c'est l'exploitation de la peur qui crée un sentiment de panique chez les animaux. Ce n'est pas pour rien qu'ils se débattent avec cette violence, ils ont beau être musclés, ils ont beau être physiologiquement très robustes, ça les expose malgré tout à des risques de blessures et des risques de blessures fatales, on a la preuve», soutient le professeur qui enseigne un cours sur le droit animal. 

Me Roy tient à préciser que sa démarche n'est pas militante, mais bien juridique. «On se questionne en vue de la nouvelle définition de l'animal inscrite dans le Code civil depuis décembre 2015 et qui ne fournit plus du tout le même cadre de référence qu'auparavant», expose-t-il. Celle-ci précise notamment que l'animal «est un être doué de sensibilité ayant des impératifs biologiques» et que son propriétaire ou la personne ayant sa garde doit s'assurer que son bien-être ou sa sécurité ne sont pas compromis.

Le professeur de droit ne doute pas que les organisateurs de rodéos aiment leurs animaux et leur fournissent tous les soins appropriés. Mais selon lui, les moeurs ont changé et la loi en témoigne. «Il y a des choses que l'on faisait avant avec nos animaux de compagnie qu'on ne fait plus maintenant par exemple les laisser dans une niche à l'extérieur pendant des semaines», illustre-t-il.

Parallèlement à l'injonction, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) mène une campagne visant à faire reculer le maire Denis Codère sur la tenue du rodéo à Montréal avec une pétition qui comptait mercredi après-midi plus de 24 500 signatures. Sans surprise, l'organisation soutient l'initiative des universitaires. 

Tache d'huile 

Me Sophie Gaillard, avocate au département de défense des animaux de la SPCA de Montréal explique que ce sont les inspecteurs du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) qui sont chargés de l'application de la nouvelle loi en fonction des plaintes qu'ils reçoivent du public. S'il n'y a pas eu d'infraction ou d'interdiction proclamée à l'encontre de rodéos jusqu'à présent, c'est parce que le MAPAQ n'a pas reçu de plainte formelle ou encore, il ne s'est jamais intéressé à savoir si l'activité était en contravention avec la législation. 

Elle espère que l'injonction mènera à l'interdiction pure et simple des rodéos non seulement à Montréal, mais dans la province puisqu'il y aurait désormais un précédent. La juriste prévoit également que la contestation judiciaire ouvrira la porte à d'autres actions similaires. «C'est un peu comme un test, on va voir comment on peut se servir de la loi pour mieux protéger les animaux dans d'autres contextes», fait valoir Me Gaillard. Les cas de chevaux de calèches ou encore des chiens de traîneaux pourraient par exemple être les prochains à passer sous la loupe juridique des défenseurs des animaux.

Taureaux «en aucun cas provoqués ou maltraités»

Les organisateurs de la compétition du circuit Professionnal Bull Riders (PBR) qui débarque à Québec cette fin de semaine assurent que le soin et le traitement de leurs taureaux «sont une priorité absolue» et qu'ils opèrent selon une politique de «tolérance zéro». 

C'est d'ailleurs pour cette raison que Gestev a choisi «ceux qui opèrent de façon le plus responsable aux États-Unis» pour l'événement qui aura lieu au Centre Vidéontron. «À l'approche de l'événement de PBR, on s'est fié sur leur politique par rapport au bien-être des animaux qui est quand même assez rigoureuse», a assuré le pdg l'entreprise, Patrice Drouin. 

Il dit avoir entendu parler de l'injonction déposée à Montréal pour l'événement du 375e, mais sans plus. «Je ne peux pas commenter là-dessus, nous ne sommes pas concernés pour l'instant», a-t-il répété à plusieurs reprises. M. Drouin affirme également ne pas s'être penché sur la possible illégalité du rodéo en fonction de la nouvelle loi sur le bien-être animal puisque celle-ci n'a pas été portée à sa connaissance. Il ne croit pas que ses homologues à Montréal ou ceux d'autres événements similaires dans la province y aient porté davantage attention, mais assure vouloir agir conformément aux lois. 

Politique sur le bien-être animal

La politique sur le bien-être animal de PBR tient sur quatre pages et explique que leurs taureaux entraînés et génétiquement aptes à la compétition sont traités aux petits oignons alors qu'ils voyagent par exemple dans des remorques avec suspension pneumatique, ne font pas des déplacements de plus de dix heures, sont hébergés dans des fermes locales aux enclos spacieux, mangent des repas riches en protéines et en vitamines et son étroitement surveillés par des vétérinaires. De plus, le producteur souligne que «contrairement aux mythes populaires, les taureaux ne sont en aucun cas provoqués ou maltraités, en particulier à l'endroit de leurs organes génitaux». 

Le vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun, qui milite contre les rodéos, croit que peu importe les soins promulgués avant et après, il n'en demeure pas moins que les animaux sous soumis à un risque de blessure grave ou même de mort et que cela est contraire à la loi québécoise sur le bien-être des animaux. «Ils sont provoqués par des stimulations aversives», maintient-il ajoutant que les réactions qui en découlent peuvent entraîner des faux mouvements. «Et leur génétique ne les prévient pas de cela», ajoute le Dr Kona-Boun.




À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer