L'infertilité, encore un tabou

Sophie Durand et Maxime Robitaille ont donné naissance... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Sophie Durand et Maxime Robitaille ont donné naissance à Livia après un long périple de cinq ans. Le couple fait partie de ceux dont l'infertilité est inexpliquée.

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Fanny Lévesque</p>

(Sept-Îles) Livia Robitaille. C'est le nom du «cadeau de la vie» né de Sophie Durand et Maxime Robitaille. Des nouveaux parents parmi tant d'autres dira-t-on. Mais non. Le couple a dû parcourir une course à obstacles de cinq ans pour tenir enfin leur enfant dans leurs bras. Ils font partie des couples infertiles inexpliqués.

 «On ne vit plus juste d'espoir. Il est en vie cet espoir-là. J'en pleure des fois en la regardant. C'était notre rêve et il s'est réalisé». Si la nouvelle maman parle aujourd'hui avec joie de la maternité, elle a bien cru qu'elle ne pourrait jamais la savourer. Sophie Durand veut raconter son histoire parce que «l'infertilité, c'est encore tabou». 

«Les gens pensent que tu entres dans une clinique de fertilité, que t'as jamais rien essayé, que c'est la solution facile. C'est tellement pas ça, ils ne savent pas tout le processus», raconte-t-elle. Au début de la vingtaine, elle et son conjoint abandonnent la contraception pour devenir parents. Les mois passent, mais Sophie ne tombe pas enceinte. 

«Après un an, j'ai commencé à me dire qu'il y avait quelque chose qui clochait. Et là, il y a l'inquiétude de "c'est qui des deux? "», explique-t-elle. Après une batterie de tests, le verdict tombe. Ils sont le couple sur six infertiles. Mais plus encore. Leur infertilité est inexpliquée. Tout fonctionne chez l'un et l'autre, mais ils n'arrivent pas à procréer. 

«On avait tiré le meilleur numéro à la loterie», se rappelle la mère. «C'est une méchante claque, j'en ai pleuré. Tu te dis : «est-ce qu'ils se trompent? Est-ce que je vais en avoir un jour?» T'as pas de réponses. Le besoin devient viscéral et la boule de stress te gruge tellement que tu en viens frustrée à voir les autres tomber enceintes». 

Un long périple

Après presque deux ans d'essais, le couple amorce le périple de la procréation assistée. La deuxième tentative d'insémination artificielle est positive. «On s'est dit qu'on mettait enfin ça derrière nous. Et là, arrive la fausse couche. Là, la drop a été grosse», dit-elle. Les deux autres s'avèreront aussi négatives. Le couple se tourne vers le in vitro

Les futurs parents ont eu droit à «une ultime chance» en fécondation in vitro alors que Mme Durand amorce son cycle le jour même où le projet de loi 20, sonnant la fin de la couverture publique du traitement, entre en vigueur, en novembre 2015. «La pression devenait double». Un essai in vitro peut facilement coûter plus de 10 000 $. 

«Je pense qu'il n'y a personne qui a 10 000 $ qui dort dans un compte de banque». Pendant un mois et 12 jours, Sophie Durand se fait des injections tous les jours pour produire un maximum de follicules. La stimulation ovarienne porte ses fruits, mais amène aussi son lot de désagréments. Le 23 décembre, la ponction offre 20 ovules matures. 

Six jours après, l'embryon qui tiendra le coup est implanté. S'amorce aussi les injections de progestérone. Après sept semaines, «cette petite graine-là avait un coeur qui battait». «On y croyait à moitié, on ne voulait pas de fausses joies. [...] Je l'avais dans les bras à l'accouchement que je ne réalisais pas encore que c'était vrai», raconte Mme Durand. 

Combat pour donner la vie

Au travers des cinq ans à vouloir son enfant, le couple de Québec concède que l'aventure n'est pas de tout repos. S'il y a eu des doutes, il y a eu aussi des moments de grands bonheurs. «On se parlait beaucoup, on a fait une équipe [...] Fallait pas que ce soit au détriment de ma santé ou de mon couple. Fallait finir cette aventure-là ensemble». 

La jeune maman aimerait que les gens prennent conscience du long trajet, parfois sans issue, des couples infertiles. «On se bat pour donner la vie», tranche-t-elle avec aplomb. 

Elle espère que la couverture publique de la fécondation in vitro soit de nouveau offerte par l'État. 

«C'est une maladie invisible [...] pourquoi, on ne devrait pas la soigner?»

Mme Durand est aussi de celle qui croit que le programme, s'il revient, devrait être mieux encadré «pour éviter les abus». C'est d'ailleurs ce que revendique l'Association infertilité Québec qui cherche à convaincre l'État d'offrir, entre autres, la couverture de deux cycles de fécondation in vitro, plutôt que les trois remboursés avant 2015. 

Sophie Durand a toujours 16 embryons congelés depuis sa ponction ovarienne. 

Pour donner la vie à nouveau, le couple devra débourser au moins 2500 $ pour l'implantation, sans aucune garantie de succès. 

Une réflexion qu'ils auront un jour, mais pour l'instant, «on remercie la vie d'en avoir au moins une. On est ressorti grandi de tout ça».

***

Au Canada...

  • 1 couple sur 6 est touché par l'infertilité (16 % des couples canadiens) 
  • L'homme est en cause 3 fois sur 10
  • La femme est en cause 4 fois sur 10
  • Le couple est en cause 2 fois sur 10
  • La cause est inexpliquée 1 fois sur 10
* Source : Santé Canada




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