Les «deux solitudes» aussi dans l'extrême droite

Une politologue a passé les dernières années à... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Une politologue a passé les dernières années à documenter la nature et l'activité des groupes d'extrême droite au moyen de nombreuses entrevues, et en a brossé un portrait vendredi au 85e congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui se tenait cette semaine à McGill. Elle n'a toutefois pas identifié les groupes en question.

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(Montréal) Même dans la mouvance d'extrême droite, le Québec a sa «spécificité», et ce n'est pas seulement une question de langue : les groupes radicaux qui dominent la scène au Québec ne sont pas tout à fait du même type que dans le reste du Canada, selon la chercheuse de l'Université Laval Aurélie Campana.

La politologue a passé les dernières années à documenter la nature et l'activité de ces groupes au moyen de nombreuses entrevues, et en a brossé un portrait vendredi au 85e congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui se tenait cette semaine à McGill. Dans l'ensemble, dit-elle, les groupes de «skinhead» ou qui ont pris des formes apparentées - avec un côté tribal, des rites d'initiation, qui entretiennent une relation floue avec la violence et qui entendent rétablir, souvent par l'intimidation, une «pureté nationale» - ont joué un rôle plus important sur scène de l'extrême droite au Canada anglais qu'au Québec.

«Bien sûr, il y a eu des groupes comme ça au Québec aussi», dit-elle, mais le paysage de l'extrême droite dans la Belle Province est davantage dominé par un autre type d'organisation qu'elle qualifie de «nostalgique». Ces groupes mettent de l'avant une certaine vision de l'histoire et une conception exclusive de la nation, mais ne rejettent pas toute l'immigration. La violence, chez eux, est principalement dans les discours.

«C'est surtout dirigé vers certaines catégories d'immigrants, qui varient d'un groupe à l'autre. [...] On a pu le voir dans certains entretiens : quand je sentais que pouvais, j'essayais de provoquer la personne en lui disant que je suis moi-même immigrante, et la réponse était : "Oui mais vous, vous êtes blanche et européenne, donc c'est acceptable". Et ça, je l'ai entendu tant en français qu'en anglais», témoigne Mme Campana.

La chercheuse a également noté l'apparition d'une troisième catégorie de groupes d'extrême droite qui travaillent, eux, davantage à augmenter l'acceptabilité de ces idées - mais notons que Mme Campana refuse de nommer les groupes dont elle parle dans les médias, même pour illustrer son propos, afin d'éviter d'avoir plus de problèmes avec eux qu'elle n'en a déjà eus.

Particularité de la langue

Les organisations d'extrême droite québécoises ont aussi, évidemment, la particularité de la langue, poursuit Mme Campana, ce qui les dirige majoritairement (bien que pas exclusivement) dans des réseaux francophones et les exposent à des influences plus françaises, belges ou suisses qu'anglophones. Il est possible, dit-elle, que la manière dont le débat politique est structuré depuis des décennies au Québec explique une partie des différences qu'elle a constatées. «La polarisation du débat au Québec ne se fait pas forcément entre la gauche et la droite, mais plus entre les séparatistes et les fédéralistes, et ça, on le retrouve dans l'idéologie de beaucoup de groupes», dit-elle.

Mais au-delà de ces différences, la chercheuse de l'UL a aussi noté plusieurs constantes. «Ils sont souvent articulés autour d'un chef, qui peut avoir des qualités charismatiques, et ils sont également caractérisés par une extrême volatilité, on l'a vu sur le terrain. La plupart des individus qu'on a rencontrés ont appartenu à plusieurs groupes, parce que, souvent, ils se sont fâchés dans un premier groupe, et donc sont allés frapper à une autre porte.»

Beaucoup de groupes de type skinhead qu'elle a étudiés ou qui étaient répertoriés jusqu'à tout récemment sont d'ailleurs inactifs ou sont devenus pratiquement invisibles.




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