Les premiers colons étaient-ils malpropres?

Dans The Story of Us,  Samuel de Champlain... (Capture d'écran The Story of us)

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Dans The Story of Us,  Samuel de Champlain discute avec un Wendat. Sa chemise que l'on suppose blanche est plutôt brunâtre et tachée à de nombreux endroits.

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(Québec) Parmi les nombreuses critiques qui ont circulé à propos de la série télévisée de CBC sur l'histoire du Canada, The Story of Us, celle concernant la malpropreté de Samuel de Champlain a particulièrement choqué. Était-ce une illustration crédible du personnage ou une véritable bourde de la part des réalisateurs? 

«Il a l'air de sortir d'une mine de charbon!», s'exclame l'historien de l'Université Laval spécialiste de la Nouvelle-France, Alain Laberge. Il convient qu'à l'époque, les standards d'hygiène étaient loin d'être ceux d'aujourd'hui d'autant plus que les colons travaillaient la terre à longueur de journée. «Disons qu'ils ne se lavaient pas à grande eau», illustre le professeur. 

Mais justement, Samuel de Champlain n'était pas n'importe quel colon et faisait figure d'autorité dans la colonie. À ce titre, il devait chercher à se distinguer, notamment par ses habits. Or, lors d'une scène où on le voit discuter avec un Wendat, sa chemise que l'on suppose blanche est plutôt brunâtre et tachée à de nombreux endroits. Son visage est balafré et ses cheveux, mal organisés.

«Une telle rencontre officielle aurait nécessité un minimum de décorum», ont souligné quatre intellectuels québécois et auteurs d'une lettre ouverte publiée dans le Globe and Mail la fin de semaine dernière pour notamment dénoncer le traitement réservé aux francophones dans la télésérie de CBC. 

L'un d'entre eux, l'historien de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Laurent Turcot, explique en entrevue au Soleil qu'à l'époque, le symbole de la propreté était justement de porter une chemise blanche immaculée. Et que selon les écrits, Samuel de Champlain se faisait un devoir d'être présentable. «On le sait, jamais il ne serait arrivé débraillé à un tel rendez-vous!» À titre de comparaison, les producteurs de la série Le rêve de Champlain présentée en 2015, et qui met en scène Maxime Le Flaguais, ont bien fait les choses et n'ont pas volontairement sali leur héros, estiment MM. Laberge et M. Turcot. 

Discriminatoire

Spécialiste de l'Europe moderne, Michel De Waele, tient à mettre un bémol. Le professeur de l'Université Laval souligne qu'à l'époque de la Nouvelle-France, le roi Henri IV n'était pas un exemple de bienséance et son hygiène personnelle laissait grandement à désirer. Il est bien possible, croit-il, que son envoyé de l'autre côté de l'océan ait suivi son exemple. 

Mais son collègue, Martin Pâquet, qui étudie les usages publics du passé, croit que les téléspectateurs choqués par la malpropreté du personnage de Samuel de Champlain ont raison de l'être. D'autant plus, dit-il, que les Anglais sont, en comparaison, tirés à quatre épingles. L'exemple du général anglais Wolfe, qui n'a pas un cheveu de travers même après avoir escaladé le Cap-aux-Diamants avant d'atteindre les plaines d'Abraham, est particulièrement contrastant, selon lui. «D'abord, en Occident, tout le monde était malpropre. Pendant la guerre de Sept Ans, un tiers des soldats britanniques sont morts de malnutrition et de maladie», illustre-t-il.

Jouer sur l'opposition propre-malpropre relève, selon lui, de la caricature volontaire et est particulièrement discriminatoire. «La Nouvelle-France était perçue par plusieurs Canadiens anglophones comme une société absolutiste dans laquelle les habitants, qui vivaient sous l'emprise du catholicisme, étaient pauvres, mal nourris et paysans. Et finalement, ils [certains Canadiens anglophones] croyaient que la civilisation arrivait avec les Anglos saxons protestants», avance M. Pâquet. 

Laurent Turcot estime de son côté que cette présentation des choses n'est pas volontaire. «J'ose espérer que cela a été simplement bâclé. Sinon, cela relève d'une préconception idéologique très dangereuse», conclut-il, ajoutant que si les réalisateurs avaient fait leurs devoirs correctement et consulté des historiens spécialisés, jamais la question de l'apparence des personnages n'aurait été soulevée.




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