Qui a le sang des enfants de Khan Cheikhoun sur les mains?

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(Québec) L'AFFIRMATION: «Entre 11h30 et 12h30 heure locale [mardi], des avions syriens ont mené une frappe aérienne proche de Khan Cheikhoun sur un grand entrepôt de munitions appartenant à des terroristes. [...] Des bandes vidéos sur les réseaux sociaux montrent que les gens affectés à Khan Cheikhoun ont les mêmes symptômes d'empoisonnement que les victimes de l'attaque d'Alep l'automne dernier», a déclaré cette semaine le général russe Igor Konashenkov, cité par l'agence de presse TASS. Le porte-parole contredisait ainsi la version de plusieurs pays occidentaux qui accusent le régime syrien de Bachar Al-Assad d'avoir perpétré l'attaque chimique de cette semaine.

Les faits

Mardi matin, des avions ont largué des bombes aux alentours de la ville de Khan Cheikhoun, dans l'ouest de la Syrie. Au moins 86 personnes ont perdu la vie, dont 30 enfants, montrant toutes des signes d'intoxication - et aucune marque de blessure.

Maintenant, il est vrai, comme l'a souligné le Kremlin au cours des derniers jours, que pour l'instant personne n'a de preuve directe et tangible montrant que le régime Al-Assad a intentionnellement «gazé» sa propre population civile. «De façon générale, dit le spécialiste du Moyen-Orient de l'Université d'Ottawa Thomas Juneau, les attaques chimiques sont souvent difficiles à attribuer. Surtout dans un contexte comme celui de la Syrie, où il n'est pas facile de faire enquête sur le terrain.»

Cependant, plusieurs éléments de «preuves circonstancielles», si l'on peut s'exprimer ainsi, pointent majoritairement vers une attaque en bonne et due forme. D'abord, dit M. Juneau, les avions ne peuvent pas avoir appartenu à la rébellion, qui n'en a aucun.

Mardi matin, des avions ont largué des bombes... (AP, Edlib Media Center) - image 2.0

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Mardi matin, des avions ont largué des bombes aux alentours de la ville de Khan Cheikhoun, dans l'ouest de la Syrie. Au moins 86 personnes ont perdu la vie, dont 30 enfants, montrant toutes des signes d'intoxication et aucune marque de blessure.

AP, Edlib Media Center

Ensuite, notons que l'heure de la frappe aérienne donnée par le général Konashenkov ne correspond pas à ce qui a été observé sur le terrain: ce n'est pas au milieu de la journée que les premiers patients intoxiqués ont commencé à affluer dans les hôpitaux du coin, mais bien au petit matin, vers 6h30, selon des Casques blancs cités par le quotidien britannique The Independant.

De plus, l'attaque chimique d'Alep, à la fin de 2016, a été perpétrée avec du chlore, alors que dans le cas de Khan Cheikhoun, Médecin Sans Frontières a indiqué que les symptômes (de la mousse sortant de la bouche des victimes, en particulier) suggèrent que l'agent en cause serait du sarin.

Or, c'est là un gaz qui n'est pas facile à fabriquer parce qu'il demande un savoir technique et des ingrédients difficiles à se procurer. Cela n'exclut pas complètement la possibilité qu'un groupe terroriste puisse en fabriquer ou s'en procurer (c'est déjà arrivé au Japon dans les années 90), mais le fait est que dans le conflit syrien actuel, seul le régime Al-Assad a fait un usage avéré et prouvé du sarin jusqu'à présent. Le massacre de Ghouta, qui a coûté la vie à plus de 1000 personnes en 2013, en est l'exemple le plus dramatique, mais le régime syrien a un lourd passé d'attaques chimiques contre sa propre population.

L'État islamique (EI) est la seule faction rebelle en Syrie connue pour avoir utilisé des armes chimiques jusqu'à maintenant, en août 2016, mais c'était du gaz moutarde. Notons que l'EI s'est aussi servi d'armes chimiques en Irak, mais il s'agissait de chlore et de gaz moutarde; on ne lui connaît pas d'attaques au sarin et le consensus parmi les experts est que l'EI n'en possède pas, dit M. Juneau. En outre, la ville de Khan Cheikhoun n'est pas de toute manière sous son contrôle, se trouvant plutôt sous le joug de groupes associés à Al-Qaida. Aucun d'eux, à ce qu'on sait, ne possède de sarin.

Enfin, ajoute M. Juneau, il y a aussi une question de contexte militaire et la préparation: «Éventuellement, quand il en sera capable, le régime va vouloir attaquer cette province-là. Ils sont en train de l'encercler, de l'assiéger et des attaques à l'arme chimique, ça sert justement à saper le moral des populations - parce que militairement, ce n'est pas très efficace.»

Le verdict

Au moins en partie faux. L'heure de la frappe aérienne et la nature du gaz sont complètement contredites par des expertises et des témoignages directs. Pour le reste, on n'a pour l'instant aucune preuve irréfutable que le régime Al-Assad a intentionnellement empoisonné des civils, mais plusieurs éléments circonstanciels montrent que c'est une possibilité «très plausible», pour reprendre les mots de M. Juneau.




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