L'héritage du Printemps érable divise les militants

Manifestation étudiante lors du printemps érable à Montréal... (Archives La Presse)

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Manifestation étudiante lors du printemps érable à Montréal

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La Presse Canadienne
Montréal

Au printemps 2012, des milliers d'étudiants manifestaient dans les rues de Montréal pour protester contre une augmentation prévue des frais de scolarité à l'université. Cinq ans plus tard, des militants demeurent divisés sur l'héritage du «Printemps érable».

Pendant plusieurs mois, les images de bureaux gouvernementaux assiégés, d'escarmouches entre manifestants et policiers et du fameux petit carré rouge - le symbole du mouvement de protestation - ont fait le tour du monde.

L'enjeu: le projet du gouvernement libéral de Jean Charest de presque doubler les frais annuels de scolarité à 3800 $ sur cinq ans. Québec soutenait que, malgré cette hausse, les frais de scolarité au Québec continueraient de figurer parmi les plus bas au Canada.

La mesure annoncée avait déclenché la colère des étudiants. Par dizaine de milliers, ils avaient voté pour la grève et déserté les salles de classe.

Les étudiants ont finalement crié victoire lorsque le gouvernement péquiste - qui avait succédé aux libéraux - avait plutôt annoncé une indexation annuelle de 3 pour cent des frais de scolarité, en février 2013.

Martine Desjardins, l'ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, se souvient d'avoir reçu un coup de téléphone du cabinet de la nouvelle première ministre, Pauline Marois, pour lui annoncer la nouvelle.

«C'est à ce moment que je me suis dit: on a gagné», a-t-elle raconté lors d'une entrevue téléphonique.

L'opinion de Mme Desjardins n'est pas partagée par tous.

Certains ont été déçus par la décision du gouvernement Marois d'indexer les frais de scolarité plutôt que d'imposer un gel.

Si au début, l'objectif des protestataires était de faire reculer le gouvernement Charest sur la question de l'augmentation des frais de scolarité, d'autres sujets de récrimination se sont vite ajoutés. On prônait aussi l'éducation universitaire gratuite ou l'élimination des inégalités sociales, rappelle un professeur de cégep qui a manifesté avec les étudiants.

«Ce n'était pas seulement (des jeunes) qui ne voulaient pas payer plus. Il avait une vision d'une société au sein de laquelle l'éducation serait si importante qu'on devrait y investir assez d'argent pour qu'elle puisse être gratuite pour tout le monde», souligne Julien Villeneuve, du cégep de Maisonneuve.

Idées «radicales»

M. Villeneuve s'était fait connaître sous le surnom de «Anarchopanda» puisqu'il revêtait un costume de panda pendant les manifestations

Il déplore que ce message se soit partiellement perdu. Il blâme en partie la couverture médiatique qui a préféré concentrer son attention sur la violence.

Si le mouvement a remporté une victoire, croit le professeur, il l'a obtenue en réintroduisant des idées anciennement considérées comme «radicales» comme l'éducation gratuite et universelle, le socialisme et l'anticapitalisme dans le débat public.

«Au cours des grèves précédentes, (l'éducation gratuite) était toujours l'objectif, mais avant 2012, personne n'osait le dire», avance-t-il.

Katie Nelson, alors étudiante à l'Université Concordia, a exprimé des sentiments semblables.

Aujourd'hui âgée de 24 ans, elle a reconnu sa déception lorsque le gouvernement péquiste a décidé d'indexer les frais de scolarité.

«Plusieurs promesses électorales n'ont pas été tenues, a-t-elle récemment déclaré. Mais dans un même temps, il y a plusieurs victoires. Nous avons mobilisé une génération entière d'étudiants. Nous avons popularisé des sujets comme l'anticapitalisme, l'anti-austérité. C'étaient des sujets tabous qu'on ne pensait pas entendre un jour sur la place publique.»

On continue de débattre aujourd'hui sur les raisons qui avaient alimenté la grogne.

Selon Mme Desjardins, le refus du gouvernement Charest de négocier avec les étudiants a joué un rôle, tout comme la controversée loi spéciale visant à réprimer les manifestations, une loi perçue par plusieurs comme une atteinte aux libertés individuelles.

Mme Nelson ajoute à cette liste une température inhabituellement chaude et la colère contre la classe politique, qui avait été provoquée par de nombreux scandales de corruption.

Ces parfaites conditions ne se sont pas répétées depuis ce printemps 2012.

Des leaders étudiants ont bien tenté de lancer un mouvement similaire pour protester contre les politiques d'austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard, en 2015, mais en vain.

Mme Nelson et M. Villeneuve pensent que les manifestants de 2012 ne s'étaient pas encore remis, physiquement, psychologiquement et même juridiquement, des événements de 2012.

«Les gens étaient encore fatigués, croit Mme Nelson. Nous sommes tous retournés à l'université.»

Les militants de 2012 estiment encore que le mouvement pourra renaître si les conditions sont favorables.

«Est-ce que cela pourrait se reproduire ? Peut-être, mais je ne le souhaite pas, concède Mme Desjardins. Pas parce qu'on n'a pas eu de plaisir à certains moments, mais c'est quand même très exigeant. Si on veut régler des problèmes, je préfère m'asseoir avec des gens pour les régler plutôt que prendre la rue. Prendre la rue, c'est le dernier recours.»




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