Une expo pour dissiper les stéréotypes

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Oumou Tourré, originaire du Sénégal, est installée à Québec depuis sept ans.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Ils s'appellent Johora, Abir, Ahmed et Rached. Ils sont originaires de Birmanie, du Liban, d'Irak, d'Algérie. Avec Jouda, de la Tunisie, Amir, de la Bosnie-Herzégovine et une trentaine d'autres, ces femmes et ces hommes composent la trame d'une exposition photographique visant à illustrer les multiples facettes de l'immigration musulmane. Et surtout, à bousculer quelques idées reçues.

«J'espère que ma modeste contribution permettra de dissiper les stéréotypes, de corriger certains amalgames et contribuer à mettre sur pied une société plus inclusive», confie Oumou Touré, originaire du Sénégal, présente jeudi au Patro Roc-Amadour, au lancement de cette exposition baptisée QuébécoisEs, musulmanEs... et après?

Sous la lentille des photographes Lucie Larin-Picard et Renaud Philippe, ces immigrants s'exposent dans leur quotidien et, textes à l'appui, s'ouvrent sur leur parcours de vie souvent ardu, leurs idéaux, leurs passions, leur soif de justice sociale.

Car entre eux et ceux qu'on appelle les Québécois de souche, peu importe le passage des ans, subsiste toujours cette méfiance qui finit par avoir raison des meilleures intentions.

Installée à Québec depuis sept ans, Oumou Touré avoue vivre souvent de la frustration liée à son statut d'immigrante. Détentrice d'une maîtrise en travail social, elle n'a jamais réussi à décrocher un travail. Elle doit se contenter de contrats ici et là. Une anecdote illustre les difficultés qu'elle croise sur sa route.

«Un jour, on m'a remis un dossier d'emploi pour que j'y inscrive des informations, sauf qu'un employé de l'agence l'avait déjà rempli à certains endroits. J'y ai alors lu la mention : «A un accent». Mais qu'est-ce que ça fait d'avoir un accent et pourquoi l'inscrire dans le dossier de quelqu'un? Qui n'a pas d'accent? Un Québécois qui va en France a un accent. Une Sénégalaise qui arrive au Québec, elle a forcément un accent.»

De la même façon, la mère de deux fillettes dit se sentir «insultée» lorsque des gens, étonnés, lui parlent de sa grande maîtrise du français. «Ça passe pour un compliment, mais ça n'en est pas un. Je parlais français bien avant d'arriver à Québec. Ça ne fait que rappeler tous les stéréotypes sur les immigrants, que ce sont des gens qui ne parlent pas français, qui ne sont pas instruits, qui viennent de pays pauvres et ainsi de suite.»

Lasse, Mme Touré pense à quitter le Québec pour aller trouver du travail dans une autre province. «Je ne parle pas anglais, c'est mon talon d'Achille, mais en m'investissant quelques mois, je pourrais être fonctionnelle.»

Arrivée ici à l'âge de 15 ans, Nour... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Arrivée ici à l'âge de 15 ans, Nour Sayem, 65 ans, se considère comme «la plus vieille Syrienne à Québec».

Le Soleil, Patrice Laroche

Figues au sirop d'érable

Également présente au lancement de l'exposition, Nour Sayem, 65 ans, se considère comme «la plus vieille Syrienne à Québec». Arrivée au pays à l'âge de 15 ans, l'ex-enseignante en sciences, détentrice d'un doctorat, s'est rapidement adaptée à la culture québécoise. Mariée à un Montréalais, elle a longtemps vécu au Lac-Saint-Jean, où elle a travaillé au cégep de Saint-Félicien. Le premier de ses deux enfants est né là-bas. «Je suis un figuier et j'ai marié un érable. Ç'a donné des figues au sirop d'érable...» glisse-t-elle, un grand sourire au visage.

Malgré son exemple d'intégration, elle avoue éprouver «beaucoup de mal à comprendre» la réaction des gens d'ici face aux immigrants. La lecture du livre Les 36 cordes sensibles des Québécois, de Jacques Bouchard, lui a donné un début de réponse. «Ça vient sans doute de la racine minoritaire. Les Québécois sont dans un bain d'anglophones et d'Américains, ce qui fait qu'ils ont peur d'être envahis.»

Le port du voile

Auteure de plusieurs livres, Mme Sayem estime que le débat sur le port du hijab représente une perte de temps et d'énergie. «On a d'autres chats à fouetter que de se concentrer sur le voile, l'économie par exemple. Je porte le voile quand je prie chez moi, mais je le porterais en public si ce n'étaient des préjugés. À Montréal, à Toronto, on ne fait pas de cas du voile, mais ici, à Québec, c'est plus nouveau.»

Malgré tout, Mme Sayem ne se voit pas vivre ailleurs qu'au Québec. «Je suis un pont entre les deux cultures syrienne et québécoise. Je suis Syrienne, mais mon pays est mort pour moi. J'ai été obligé de le tuer. J'ai été capable parce que j'étais jeune. Mais il y en a qui viennent ici en attendant que la guerre finisse. Ils n'ont pas fait leur deuil et ils ne le feront jamais. Ils ne veulent rien savoir de s'intégrer. Par contre, leurs enfants, eux, vont s'intégrer et, à long terme, ils vont être notre richesse.»

OEuvre faisant parti de l'exposition QuébécoisEs, musulmanEs... et... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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OEuvre faisant parti de l'exposition QuébécoisEs, musulmanEs... et après?.

Le Soleil, Patrice Laroche

Plusieurs activités 

En parallèle à l'exposition, plusieurs activités sont au programme d'ici le 6 avril pour promouvoir le rapprochement avec les immigrants. Notons, le 21 mars, à midi, au Patro Roc-Amadour, ce rassemblement où les participants sont invités à apporter un plat et à échanger sur le thème du monde musulman. Ou encore le 23 mars, au même endroit, de 13h à 14h, cette rencontre entre femmes de différentes cultures sur le thème du vivre ensemble.

***

En chiffres

  • 300 000 musulmans au Québec
  • 6000 à 7000 musulmans à Québec
  • 55 à 60 % de Québécois musulmans qui n'ont jamais fréquenté une mosquée
  • 17 % : Taux de chômage des musulmans au Québec (2011)
  • 1964 : Année de construction de la première mosquée au Québec
***

Vous voulez y aller?

Quoi : Exposition photo QuébécoisEs, musulmanEs... et après?

Où : Patro Roc-Amadour et bibliothèque Monique-Corriveau

Quand : jusqu'au 30 mars (bibliothèque) et jusqu'au 6 avril (Patro)

Billets : Gratuit

Infos : www.soutenir.org ou 418.255.1446




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