Marie Rollet, un modèle pour les Québécoises

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Quatre cent ans après son arrivée, on sait toujours peu de choses sur Marie Rollet, première Française à venir s'installer en Nouvelle-France.

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(Québec) Les Québécoises ont mille et une raisons de se revendiquer de la première Française à s'installer en Nouvelle-France. Tenace, généreuse, indépendante, cultivée et intelligente, Marie Rollet est une exemple féminin fort et puissant dans la province.

Quatre cent ans après son arrivée, on sait toujours peu de choses sur cette femme qui a eu le culot de faire la traversée de l'Atlantique avec ses trois enfants pour s'installer sur une terre peu accueillante et sans cesse menacée par la maladie, la famine, les Amérindiens et les Anglais. 

Les documents d'archives se consacrent davantage à son mari, Louis Hébert, puisque cet homme très actif en France puis ensuite dans le Nouveau Monde, a laissé beaucoup plus de traces écrites en concluant des ententes professionnelles, commerciales ainsi que juridiques. Et il ne faut pas oublier que l'histoire a longtemps préféré les personnages masculins aux féminins, rappelle le professeur émérite de l'Université Laval, Jacques Mathieu, qui a coécrit avec Alain Asselin le livre à paraître La vie méconnue de Louis Hébert et Marie Rollet. 

N'empêche, au lendemain de la Journée internationale des femmes, l'historien ne tarit pas d'éloges à l'égard de la pionnière française qu'il n'hésite pas à décrire comme un «modèle» pour beaucoup de Québécoises dont la conception de la vie ressemble énormément à celle de leur ancêtre bien que des décennies les séparent. 

Bien nantie

Née à Paris vers 1580, Marie Rollet est issue d'une famille qui ne partageait pas la misère de bien des citadins des grandes villes européennes. Son père est cannonier du roi Henri IV et gagne suffisamment bien sa vie pour habiter le quartier Saint-Germain-des-Près du 6e arrondissement. À l'âge adulte, elle sait lire et écrire ce qui donne également un indice sur le niveau d'éducation de ses parents et du milieu dont elle est issue, explique M. Mathieu.

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Marie Rollet est née à Paris vers 1580 et s'est mariée avec Louis Hébert le 19 février 1601, alors qu'elle était veuve d'un dénommé François Dufeu.

Elle unit sa destinée dans un premier temps à un dénommé François Dufeu, marchand de Compiègne dans l'Oise. Il est peu probable, selon l'historien, qu'elle ait eu des enfants avec ce premier mari qui est possiblement décédé peu de temps après avoir covolé en justes noces. L'apothicaire Louis Hébert est le deuxième avec qui elle échange ses voeux le 19 février 1601. Il est très peu probable que les tourtereaux se soient fait la cour puisque l'amour n'était pas souvent la raison pour laquelle l'on se mariait à l'époque. L'argent, le statut social et la protection des époux étaient beaucoup plus importants. 

Le couple aura trois enfants, Anne, Guillemette et Guillaume qui naîtront avec des écarts respectifs de six ans probablement en raison des voyages répétés de leur père. En 1602, ils achètent une maison sur la rue de la Petite Scène. Marie Rollet la revendra quatre ans plus tard alors que Louis Hébert est parti en Acadie puisqu'il y a décroché un contrat de travail lui rapportant bien peu de sous. Selon Jacques Mathieu, il accepte une telle mission parce que le couple tire le diable par la queue et qu'il doit bien nourrir sa famille. Avant de partir au large, Louis Hébert aura cependant pris soin de signer une procuration à sa femme lui permettant de gérer leurs biens.

Malgré la mort de Louis Hébert en 1627,... - image 3.0

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Malgré la mort de Louis Hébert en 1627, Marie Rollet choisit de rester en Nouvelle-France, jusqu'à sa mort, à l'âge de 69 ans.

Seule à la maison avec les enfants pendant plus d'un an, Marie Rollet prend alors une décision «peu commune» pour les femmes de l'époque : elle vend la maison. Mais pas à n'importe qui et à n'importe quel prix! C'est la reine Margot, qui effectue un retour dans la capitale française, qui achète la résidence dix fois le prix payé. M. Mathieu voit dans ce bon coup un exemple de l'autonomie, de la rationalité et l'intelligence de la pionnière qui réussit seule à subvenir à ses besoins et ceux de sa progéniture. 

Arrivée en Nouvelle-France

La famille quitte Paris pour la Nouvelle-France en 1617. La traversée est si horrible que les passagers à bord du navire craignent de perdre la vie lorsqu'ils rencontrent d'un peu trop près de menaçants icebergs. Marie Rollet est du nombre avec ses trois enfants qui sont, il ne faut pas l'oublier, les premiers à naviguer sur l'océan Atlantique pour rejoindre le Nouveau Monde.

Comme ses compagnons d'infortune, la mère protectrice s'assurera que ses enfants reçoivent la bénédiction des religieux à bord advenant une tragédie. Pour Jacques Mathieu, survivre à ces trois mois, dans des conditions d'hygiène et de vie exécrables, est un accomplissement en soi. Avec des enfants, cela relève carrément de l'exploit.

La vie sur les nouvelles terres n'est pas plus facile. La famille s'installe sur les hauteurs de Québec. Marie Rollet s'accommode à sa nouvelle vie, prend soin des enfants et les éduque tout en épaulant son mari. Mais avec sa personnalité que l'on devine forte, elle devient vite une personne de référence dans la nouvelle colonie et non pas la simple femme de Louis Hébert. Avec ce rôle à l'avant-plan, elle tisse des liens autant avec les dirigeants politiques et religieux de la Nouvelle-France qu'avec les Amérindiens que tous s'emploient à convertir au catholicisme.

Elle participe à cet effort tout en leur enseignant le mode de vie «à la française» : lecture, écriture, couture et hygiène sont à l'horaire. «Marie Rollet a une volonté d'accueillir et d'aider hors du commun», affirme l'historien Jacques Mathieu. Et alors que les compatriotes de la pionnière craignent les Amérindiens imprévisibles et parfois dangereux, elle les accueille volontiers dans sa maison.

Hommage

Louis Hébert meurt en 1627. Malgré la menace anglaise et la famine, elle est résolue à rester sur les terres inhospitalières que beaucoup quittent. Sa vie est en Nouvelle-France avec ses enfants et ses nombreux petits-enfants. Elle se remariera avec Guillaume Hubou mais n'aura pas d'autres descendants. Marie Rollet poursuivra le travail de son défunt mari avec son fils Guillaume Couillard jusqu'à sa mort à l'âge de 69 ans.

En 1917, lors du 300e anniversaire d'arrivée de Louis-Hébert et Marie Rollet en Nouvelle-France, l'historienne Marie-Claire Daveluy lui avait consacré un vibrant hommage la qualifiant d'«héroïne» alors l'inspecteur général des écoles de la province lui accordait les mérites d'être la première enseignante sur le territoire. Cent ans plus tard, c'est au tour de Jacques Mathieu de s'assurer qu'elle conserve sa place de choix dans l'histoire de la province.




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