Quête sans fin pour retrouver sa mère

À 54 ans, Lise Couture doit toujours se... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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À 54 ans, Lise Couture doit toujours se battre pour avoir la confirmation de l'identité de sa mère biologique.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Quand elle a appris, à l'âge de 7 ans, qu'elle avait été adoptée, Lise Couture a pris le bottin téléphonique et s'est mise à chercher frénétiquement sa mère biologique. À 54 ans, elle croit l'avoir retrouvée, mais la loi l'empêche d'avoir accès à elle. «Faut que je voie ma mère avant qu'elle parte.»

C'est un véritable cri du coeur que Mme Couture lance aux parlementaires québécois, afin qu'ils adoptent le plus rapidement possible le projet de loi 113. Cette loi permettrait à des milliers de Québécois adoptés de connaître - enfin - leurs racines.

«Ça fait une vingtaine d'années que ça traîne, ce dossier-là», soupire Mme Couture, de Lévis. Pendant ce temps, les enfants qui ont été placés dans des crèches au milieu du siècle dernier vieillissent, et leurs parents biologiques aussi. Plusieurs sont morts sans avoir obtenu de réponses. 

Mme Couture pense avoir retrouvé sa mère de 73 ans dans une résidence pour personnes âgées de Québec. Elle souffrirait de démence, ce qui l'empêche de donner son consentement pour que son identité soit révélée à sa fille. Le Curateur public, qui doit prendre soin de cette dame, ne peut rien faire non plus. «Je suis complètement bloquée», lance Mme Couture. 

Ayant déjà travaillé comme préposée aux bénéficiaires et dans une maison de soins palliatifs, Lise Couture est consciente que même si elle la voyait, sa mère ne se souviendrait probablement pas d'avoir donné naissance à une fille, à l'âge de 19 ans. Mais elle rêve tout de même de la serrer dans ses bras et, peut-être, de voir un éclair passer dans ses yeux. 

«Elle, ça changera absolument rien dans sa vie, ça va faire aucune différence. Mais moi, ça va faire toute la différence», plaide Mme Couture. Selon elle, les droits des enfants adoptés n'ont jamais été pris en considération au Québec et il est temps que ça change. 

Mme Couture insiste en entrevue sur le peu d'informations qu'elle a obtenues sur sa mère biologique. Elle est originaire du Centre-du-Québec. Elle l'a placée à la crèche Saint-Vincent-de-Paul, à Québec, le 28 février 1962, le jour même de l'accouchement. Là-bas, le nom fictif de Kathleen Mauger lui a été donné. Elle a été adoptée à l'âge de 18 mois par une famille qui s'est très bien occupée d'elle. 

Un vide dans le coeur

Tout de même, dans son coeur, un vide est resté toutes ces années. À 7 ans, elle prenait le téléphone. «Je veux trouver ma maman, pouvez-vous m'aider?» demandait-elle à tous les Mauger trouvés dans l'annuaire téléphonique. Puis, elle a su que ce nom n'était que de la frime. 

Toute sa vie, Lise a imaginé que sa mère pouvait être à la table d'à côté au restaurant. Elle a suivi plusieurs pistes. 

Il y a 10 ans, elle pensait l'avoir retrouvée. Elle trouvait même qu'elle lui ressemblait. Mais le service d'adoption lui a dit qu'elle s'était trompée d'année. L'an dernier, elle était à nouveau certaine d'avoir trouvé la bonne personne. «On avait la même énergie!» dit-elle à propos de la dame qu'elle croyait être sa mère. Un test d'ADN lui a prouvé le contraire. La déception était encore plus grande. 

«C'est la quête de ma vie. J'ai de la misère à m'imaginer qu'un jour, elle va mourir, et que moi je vais mourir, et j'aurai pas vu la personne qui m'a mise au monde. Pour moi, ça fait aucun sens.»

Elle veut que les politiciens comprennent que le temps joue contre les nombreux enfants adoptés. «Dépêchez-vous, il y a une urgence là parce que bientôt, ça va être trop tard! Ces parents-là vont être décédés.»

Caroline Fortin, présidente du mouvement Retrouvailles, explique que 300 000 Québécois ont été confiés à des crèches entre 1930 et 1970. Souvent nés de mères célibataires ou non mariées, il était coutume de cacher leur existence à la famille à l'époque. 

Mme Fortin raconte qu'aujourd'hui, certaines personnes apprennent qu'elles ont été adoptées à la mort de leurs parents adoptifs. «J'ai des gens de 80 ans qui cherchent encore leurs parents, question de savoir d'où ils viennent», témoigne-t-elle. Plus le temps passe, plus ce sont des petits-enfants qui cherchent leurs grands-parents biologiques. «La quête de l'identité, c'est très fort», soutient Mme Fortin.

Projet de loi 113: renverser la vapeur

Présenté à l'Assemblée nationale en octobre dernier, le projet de loi 113 aurait grosso modo pour effet de faire passer le droit à l'identité devant le droit à la confidentialité. «Il y aurait un renversement de la vapeur là-dessus», soutient Caroline Fortin, présidente du mouvement Retrouvailles, qui aide des enfants à retrouver leurs parents biologiques depuis plus de 30 ans.

Ainsi, à partir du jour où la loi entrerait en vigueur, les parents qui ont mis un enfant en adoption auraient 18 mois pour imposer leur veto et demander à ce que leur information personnelle reste secrète. Sinon, les enfants adoptés auraient automatiquement le droit de savoir qui les a mis au monde. Le projet de loi prévoit que même en cas de veto, certaines informations médicales pourraient être transmises à l'enfant adopté, afin qu'il puisse connaître ses antécédents familiaux.

«Il faudrait vraiment que ça marche»

La curatelle publique ou le tuteur d'un parent qui est devenu inapte pourraient aussi consentir à ce que l'enfant biologique obtienne des informations. La loi donnerait également le droit aux enfants adoptés d'obtenir le dossier de leurs parents biologiques un an après leur décès. 

«Ce sont des choses pour lesquelles on milite depuis très longtemps et on espère que ça va aller vite, que ce sera adopté bientôt», soutient Mme Fortin. Selon elle, ce projet de loi n'est pas controversé et ne suscite pas de grands débats entre les partis. Elle espère donc une adoption avant la fin du printemps et, si possible, un moratoire moins long que celui de 18 mois proposé. 

Deux projets de loi semblables sont morts au feuilleton, en 2012 et en 2014. «Là, il y a eu des consultations, le principe a été adopté et on est rendus à l'étude détaillée. On n'est jamais allés aussi loin, alors il faudrait vraiment que ça marche», lance Mme Fortin. 

L'étude détaillée du projet de loi 113 n'a pas encore été inscrite au calendrier parlementaire. Isabelle Marier-Saint-Onge, l'attachée de presse de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, s'attend toutefois à ce que le travail se fasse au cours des prochains mois. «C'est notre désir de poursuivre le processus législatif cette session-ci.»

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