L'extrême droite plus visible à Québec

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Atalante Québec fait partie de groupes ultranationalistes qui s'affichent plus ouvertement.

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(Québec) Québec est-elle un terreau plus fertile pour les discours et les gestes haineux que le reste des grandes villes de la province? Pas selon les statistiques. L'affichage très public des groupes d'extrême droite dans la Capitale-Nationale a cependant de quoi inquiéter, estime le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV).

«Les gens reviennent toujours à la spécificité de Québec en ce qui a trait aux discours haineux, mais il faudrait être plus nuancé», explique Benjamin Ducol, responsable de l'équipe de recherche au CPRMV. C'est que statistiquement, rien ne montre que davantage de crimes haineux liés la race, la religion ou l'orientation sexuelle sont commis à Québec qu'ailleurs. 

Le recensement le plus récent de Statistiques Canada sur les crimes haineux déclarés à la Police remonte à 2013. À l'époque, Sherbrooke était la première ville québécoise à apparaître dans le classement des municipalités canadiennes avec le plus d'incidents du genre par 100 000 habitants. La ville des Cantons-de-l'Est occupait le 8e rang du classement national dominé par Thunder Bay, en Ontario. Montréal prenait le 15e rang, Québec et Saguenay les 20e et 21e. 

L'échantillon pour ce genre de recensement est petit, admet Benjamin Ducol, mais force est d'admettre que Québec ne sort pas du lot. Là où la ville se différencie, c'est dans l'affichage public de ses groupes d'extrême droite, explique le chercheur du CPRMV, qui a lui-même étudié à l'Université Laval. 

«Des vieux de la vielle de la mouvance néonazie»

«Depuis quelques années, on observe une présence et une visibilité accrue pour des groupes comme La Meute, les Justiciers du peuple et Atalante Québec. C'est comme si ces groupes-là se sont sentis de plus en plus autorisés à s'afficher publiquement. Ils ont senti une possibilité de s'ancrer à Québec», pointe Benjamin Ducol. 

Selon lui, la plupart des membres de ces groupes opèrent dans l'ombre dans les mouvements d'extrême droite depuis longtemps. Atalante Québec, donne en exemple M. Ducol, réunit une vingtaine de membres actifs dont «la grande majorité sont des vieux de la vieille de la mouvance néonazie au Québec».

Il y a quelques années, ces mêmes militants radicaux ne seraient jamais sortis manifester devant l'Assemblée nationale, assure-t-il. C'est pourtant exactement ce qu'ils ont fait, en octobre dernier, lors d'une manifestation décrite comme «contre l'islam radical». 

Cette tendance s'expliquerait entre autres par la place centrale qu'a progressivement prise la question identitaire dans le débat public au Québec et dans le reste de l'Occident. «Il faut comprendre que ce sont des groupes qui ont eux-mêmes l'aspect identitaire comme élément central de leur discours. Si demain la répartition des richesses devenait centrale dans le débat public, on entendrait beaucoup plus parler des groupes de l'extrême gauche», poursuit Benjamin Ducol. 

Recul à prévoir après la fusillade

Si les groupes d'extrême droite avaient gagné du terrain dans l'espace public de Québec, un recul est à prévoir à la suite de la fusillade à la Grande Mosquée, estime responsable au CPRMV. Dans les derniers jours, certaines pages Facebook véhiculant des messages identitaires extrêmes ont décidé de cesser leurs activités, rappelle-t-il. «Il y a un recul sincère, y compris dans les groupes d'extrême droite, de gens dont les positions étaient davantage basées sur l'ignorance. Ça risque de repousser les groupes en périphérie de l'espace public. Maintenant, les deux questions sont les suivantes. Est-ce que c'est durable et est-ce qu'en les repoussant dans l'ombre, ils risquent de devenir encore plus radicaux?» 

En parler ou pas?

Des questions qui ramènent à la couverture médiatique de groupes comme La Meute et Atalante Québec. «C'est vraiment complexe. C'est difficile de savoir quand on parle d'eux et quand on leur donne une voix», estime le docteur en sciences politiques. 

Selon lui, c'est dans cette nuance que réside la difficulté de parler des groupes extrémistes. Que des mouvements d'extrême droite rassemblent de plus en plus d'adeptes et s'affichent davantage se doit d'être rapportée, croit-il. «Les médias doivent le couvrir comme un nouveau phénomène. C'est plutôt dans le traitement qu'il faut faire attention.»

Informer la population de l'existence d'un groupe et leurs activités est une chose, accorder une entrevue au leader d'un de ces groupes, lui donnant la chance de livrer son message sans filtre, en est une autre. «Il s'agit de trouver la fine ligne», conclut-il.

«Il ne faut pas stigmatiser Québec»

Enseignante en anthropologie au Cégep Garneau et co-porte-parole du Mois de l'histoire des Noirs de Québec, Michèle Dhaïti ne croit pas que la région vit un problème de racisme, dans la foulée des événements tragiques survenus dimanche, à la Grande Mosquée.

«Il ne faut pas stigmatiser Québec et croire qu'il y a ici un problème avec les étrangers. Les gens l'ignorent peut-être, mais il existe une cinquantaine d'organismes qui représentent la diversité culturelle», mentionne Mme Dhaïti, rencontrée mercredi soir, au Cercle de la rue Saint-Joseph, à l'occasion du lancement des activités de l'événement.

L'enseignante note depuis quelques années une «fréquentation plus assidue» des immigrants, dans le quotidien et au travail, ce qui ne peut que «favoriser une meilleure connaissance» de l'autre. «Il y a des gens qui ont des préjugés énormes, mais ce sont des gens qui ne côtoient pas assez cette différence.»

Mme Dhaïti estime que la tragédie, qui a emporté deux membres de la communauté guinéenne, a permis l'éclosion d'un «élan de générosité et de solidarité» qui fait chaud au coeur. «Ça, c'est très québécois.»

Mobilisation

Présente à la cérémonie, la ministre québécoise de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, a pour sa part indiqué que même si des signalements du Centre de la prévention de la radicalisation avaient noté «un problème de discours haineux ici, dans la région», elle croit plutôt que la population dans son ensemble est de plus en plus mobilisée autour de l'ouverture aux immigrants.

Depuis dimanche, a-t-elle mentionné, les gens ont le goût d'afficher leur solidarité et de «montrer qu'on veut vivre ensemble». Normand Provencher

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