L'auteur de l'attentat, «ça aurait pu être moi»

Maxime Fiset a fait une sortie publique en... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Maxime Fiset a fait une sortie publique en novembre lors du forum de l'UNESCO sur la radicalisation. Selon lui, plusieurs n'ont pas cru ses affirmations concernant le fait que les mouvements d'extrême droite sont présents et bien organisés au Québec.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Ex-skinhead raciste maintenant repenti, Maxime Fiset reconnaît un peu le jeune homme qu'il était en 2009 en Alexandre Bissonnette, soupçonné d'être l'auteur de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec.

«Que ce soit arrivé ne me surprend pas du tout. En fait, ce qui me surprend, c'est que ce ne soit pas arrivé avant. Ça aurait pu être moi, en 2009... J'avais un détonateur, un fusil à clous, il ne me manquait que des explosifs...», a déclaré M. Fiset au Soleil.

Celui qui avait fondé à l'époque la Fédération des Québécois de souche s'est repenti depuis quelques années et travaille maintenant étroitement avec le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

«De ce que je vois, [Alexandre Bissonnette] n'a pas l'air d'être un gars de la gang affiliée aux groupes d'extrême droite de Québec. Il a peut-être des amis dans l'extrême droite cependant. Il est vraisemblablement quelqu'un qui, comme moi, s'est radicalisé sur Internet», poursuit-il, au courant des commentaires faits par le jeune homme sur Facebook concernant l'immigration et le Front national.

«Il n'a pas le profil type d'un skin, il a plus celui d'un nerd troll ou même d'un membre de l'alt-right ou droite alternative. S'il y a de quoi, il me ressemble à moi, car je n'étais pas un gars qui était actif physiquement dans la rue. J'étais plus dans l'aspect intellectuel. C'est à cause des skins que j'ai découvert la place où me radicaliser et c'est sur Internet que ça s'est passé», raconte-t-il en faisant référence au forum suprémaciste blanc Stormfront.

Lorsqu'il a fait sa sortie publique en novembre lors du forum de l'UNESCO sur la radicalisation, Maxime Fiset indique que plusieurs n'ont pas cru ses affirmations concernant le fait que les mouvements d'extrême droite soient présents et bien organisés au Québec. «Le monde se met la tête dans le sable», poursuit-il.

Il ajoute que le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence s'intéresse cependant à l'extrême droite et devrait éventuellement produire un rapport sur la question. «Je travaille beaucoup là-dessus et je crois que les événements nous ont pris de court. Le problème est aussi que, quand on sort dans les médias en disant que la radicalisation n'est pas juste une affaire de musulmans, on se fait parfois dire qu'on invente des problèmes.»

Pourtant, selon M. Fiset, la mouvance d'extrême droite serait l'une de celles qui font le plus de victimes au Canada. «Ces groupes font beaucoup de terrorisme à basse intensité où chaque action empire le climat social. Ils s'en prennent aux musulmans dans leurs quartiers, ils mènent des "patrouilles" et posent d'autres gestes haineux. C'est une instrumentalisation politique de la peur.»

L'extrême droite prise à la légère

Pour François Deschamps, qui avait fondé l'an dernier l'organisme Bienvenue aux réfugiés - Ville de Québec, l'extrême droite est malheureusement souvent prise à la légère par la police de Québec.

«En octobre, j'ai vécu un problème avec une personne liée à l'extrême droite sur mon lieu de travail. Moi et mon patron avons porté plainte et on s'est fait répondre par les deux policières qu'il n'y avait pas de problème avec l'extrême droite, qu'on était à Saint-Roch et de barrer nos portes! Ça nous a laissé un goût amer dans la bouche», explique M. Deschamps, qui travaille au Carrefour jeunesse-emploi de la capitale nationale.

Un jeune homme s'était alors présenté avec des tatouages de croix gammées et un t-shirt portant l'inscription White Pride («fierté blanche»). M. Deschamps lui avait demandé de cacher ces symboles ou de quitter les lieux, car on n'acceptait pas cela dans un centre fréquenté par plusieurs personnes issues des communautés culturelles.

«Le gars est revenu plus tard et il nous a menacés», déplore M. Deschamps, ajoutant qu'il sent les militants d'extrême droite de plus en plus décomplexés et organisés. 

François Deschamps avait également tenté de dénoncer une manifestation de l'organisation d'extrême droite Atalante, dont les membres s'étaient réunis devant l'Assemblée nationale avec des banderoles «Islam Dehors». «Encore une fois, on s'est fait dire qu'il n'y avait pas de problème, qu'ils savaient bien se tenir...»

Pour ces raisons, François Deschamps n'est pas vraiment surpris de ce qui s'est passé à la Grande Mosquée. «Québec n'est pas une ville raciste, mais je vois comment l'extrême droite s'organise et comment on se fait prendre à la légère quand on essaie de mettre les gens en garde. De plus en plus de groupes s'affichent à Québec et ailleurs : Soldiers of Odin, Atalante, la Fédération des Québécois de souche. Quelque chose ici leur permet d'évoluer sans être dérangés.»

De son côté, Maxime Fiset, un ancien skinhead raciste repenti, indique que les mouvements d'extrême droite font tout pour tenter de cacher leurs gestes et leurs intentions. «Ils ne veulent pas le label d'extrême droite, parfois ils ne veulent même pas se dire à droite. Ils sont prêts à tout pour répandre leur idéologie de haine, de peur de l'autre», conclut-il.

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