La mort en direct fascine toujours autant

Le 30 décembre, Katelyn Nicole Davis, 12 ans,... (Tirée de Facebook)

Agrandir

Le 30 décembre, Katelyn Nicole Davis, 12 ans, a mis fin à ses jours devant sa caméra de téléphone, qui la filme en train d'attacher une corde à un arbre et de dire adieux à ses amis et à sa famille.

Tirée de Facebook

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Laurence Benhamou
Agence France-Presse
Paris

Quand des millions d'internautes regardent en direct une jeune fille se suicider, ils cèdent à une fascination pour la «mort-spectacle», aussi vieille que les jeux du cirque, alimentée par la profusion des images, source de confusion entre fiction et réalité.

Le 30 décembre, une Américaine de 12 ans a publié en ligne une vidéo où elle se filme en train d'attacher une corde à un arbre et met fin à ses jours devant la caméra. La circulation de la vidéo a explosé en quelques jours sur Internet, sans que la police réussisse à l'interrompre (lire le texte ci-dessus).

La vidéo originale n'a pas été publiée sur Facebook Live, comme initialement rapporté par certains médias, mais sur une autre plateforme, selon une porte-parole de Facebook en France. Elle a ensuite été partagée sur tous les réseaux sociaux, dont Facebook.

Avant elle, en mai 2016, une femme de 19 ans s'était jetée sous un RER en région parisienne en se filmant en direct sur l'application Periscope.

D'autres vidéos de morts en direct pullulent sur Internet, cumulant des centaines de milliers de vues : on trouve sur YouTube des chaînes consacrées aux accidents de voitures spectaculaires filmés par des caméras de surveillance ou des dashcams (caméras embarquées) et des compilations de morts subites lors d'émissions de télé.

Ces dernières années, des crimes ont été commis devant la caméra et diffusés sur les réseaux sociaux par les tueurs ou des témoins. C'est le cas du tireur qui avait abattu un reporter et un caméraman en Virginie lors de l'été 2015, d'une fusillade à Dallas le 7 juillet où cinq policiers avaient été tués, ou de celle d'un policier qui avait tué un automobiliste lors d'un contrôle.

Fin décembre, toujours aux États-Unis, une jeune mère de 25 ans atteinte d'un cancer, qui se filmait quotidiennement, a fait un malaise fatal sur Facebook, sans que les internautes spectateurs du drame n'appellent les secours, a rapporté la presse américaine.

Pendant les attentats de novembre 2015 à Paris, des vidéos filmées par des témoins ont aussi circulé.

Cet attrait pour une violence sans filtre a aussi servi les djihadistes de Daesh qui ont publié des images de décapitation, largement partagées.

«Eros et Thanatos : avec le sexe, la mort est une des deux choses qui nous passionnent. Mais cette absence de réaction est le symptôme d'une perte de frontière entre fiction et réalité. L'écran permet une mise à distance qui la rend tolérable, source d'insensibilisation», avertit le sociologue des médias François Jost.

«Spectacle ultime»

La philosophe italienne Michela Marzano avait décrit dès 2007 dans son ouvrage La mort spectacle l'effet pervers des vidéos macabres qui, selon elle, transforment la souffrance en spectacle.

«Cela permet une représentation de l'inconcevable, de cette mort qui pour La Rochefoucauld, comme le soleil, ne se regardait pas en face. La mort en direct est le spectacle ultime», ajoute François Jost.

«Les utilisateurs d'écrans savent si ce qu'ils voient est une actualité ou une fiction, mais les réactions produites par ces scènes réelles sont émoussées», renchérit Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à I'université de Grenoble.

Pourtant le goût du macabre en images existait déjà au siècle dernier, comme en témoigne le succès du photographe de faits divers, Weegee, pour ses clichés de cadavres parfois sanglants sur des scènes de crimes à New York.

«Plus de 15 millions de personnes ont visionné l'exécution du journaliste Daniel Pearl par des membres d'Al-Qaida en 2002. Au cinéma, sur 800 superproductions sorties ces 50 dernières années, 89 % contiennent de la violence», souligne le psychologue.

«D'aucuns voient dans les écrans la transposition contemporaine des scènes belliqueuses qui ornent les cavités préhistoriques, peuplent les livres de massacres, du Pentateuque à L'Iliade, et règnent sur les lieux de spectacle de masse sanglants que furent le Colisée et autre place de Grève». Mais, note-t-il, «le sang coulait bien davantage dans les sociétés dénuées d'écrans».

La vidéo de suicide d'une jeune fille se propage devant une police impuissante

La police de Cedartown en Géorgie, dans le sud-est des États-Unis, a reconnu être dépassée par la propagation sur Internet de la vidéo du suicide d'une fille de 12 ans, malgré les appels à sa suppression.

Katelyn Nicole Davis a retransmis sur l'application de diffusion en direct Live.me, le 30 décembre, une vidéo d'environ 40 minutes sur laquelle son téléphone la filme dans un jardin en train d'attacher une corde à un arbre, puis de dire adieu à ses amis et à sa famille.

«Je regrette de n'être pas assez jolie. Je suis désolée pour tout, vraiment désolée, mais je ne peux pas», dit la jeune fille avant de passer la corde autour de son cou et de mettre fin à ses jours, devant la caméra.

Selon, le journal local Rome News Tribune, Katelyn Nicole Davis avait publié le 27 décembre une autre vidéo dans laquelle elle disait avoir subi des abus sexuels d'un membre de sa famille. Cette vidéo a été supprimée.

Le compte YouTube de Katelyn Nicole a été suspendu, mais la circulation de la vidéo sur Internet a explosé en quelques jours, reprises par de nombreux internautes qui n'hésitent pas à la republier en vantant son caractère gore.

«Une question de simple décence»

Le chef de la police du comté de Polk, Kenny Dodd, a déclaré à la chaîne locale Fox 5 avoir reçu une avalanche de messages, de partout dans le monde, lui demandant de supprimer la vidéo, sans pouvoir arrêter sa diffusion virale.

«Nous voulons la supprimer pour la famille et aussi parce que cela peut constituer un danger pour les autres enfants», a dit M. Dodd dans cette entrevue mercredi.

«Nous avons contacté plusieurs sites. Ils ont demandé s'ils sont dans l'obligation de supprimer [cette vidéo] et rien dans la loi ne peut les y forcer. Mais pour moi, c'est une question de simple décence.»

Jointe par l'AFP, la police de Polk a refusé de donner plus d'informations.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer