Attentat au Burkina Faso: continuer à vivre sans sa mère

Charles-Élie Carrier, Louis Chabot, Suzanne Bernier, Yves Carrier,... (Fournie par la Congrégation des soeurs de Notre-Dame du Perpétuel  secours)

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Charles-Élie Carrier, Louis Chabot, Suzanne Bernier, Yves Carrier, Gladys Chamberland et Maude Carrier alors qu'ils étaient au village de Manni avec deux résidents.

Fournie par la Congrégation des soeurs de Notre-Dame du Perpétuel secours

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(Québec) Nicola Hamel était le premier à encourager sa mère à participer à un voyage humanitaire au Burkina Faso. Après tout, Suzanne Bernier avait consacré sa carrière d'enseignante à aider son prochain, et elle avait toujours rêvé de voir l'Afrique. Jamais l'idée qu'un attentat pourrait lui coûter la vie n'a traversé la tête de son fils.

Décédée il y a un an dans un... (Anne Cramer) - image 1.0

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Décédée il y a un an dans un attentat terroriste à Ouagadougou, l'enseignante à la retraite Suzanne Bernier (ci-contre avec son fils Nicola Hamel) en était à son deuxième voyage humanitaire.

Anne Cramer

«Ça faisait longtemps qu'elle parlait de faire des voyages humanitaires», se rappelle Nicola Hamel. C'était un projet de retraite logique pour sa mère. Elle avait passé une bonne partie de sa vie à enseigner à des élèves avec des troubles de langage, avant de devenir directrice d'école dans des quartiers plus défavorisés de Québec, dans Limoilou notamment. 

«Elle avait travaillé dans des milieux difficiles, par choix. C'était une femme qui voulait aider et qui accordait beaucoup d'importance à l'amitié et la famille.» 

Suzanne Bernier, 66 ans, avait fait un premier voyage avec le Centre amitié de solidarité internationale de la région des Appalaches (CASIRA) au Guatemala, un an auparavant, lorsque son ami Yves Carrier, qu'elle avait connu comme directeur d'école, lui a parlé de son projet au Burkina Faso. «Je lui ai dit de le faire pendant qu'elle avait l'âge», raconte son fils. «Jamais je ne me suis inquiété par rapport au terrorisme. Encore aujourd'hui, je me dis qu'il n'y avait pas plus de chances que ça arrive là que sur une terrasse à Paris un 13 novembre.»

Il se rappelle avoir entendu la nouvelle, il y a exactement un an, le 15 janvier. Une attaque terroriste à Ouagadougou, une vingtaine de morts. Sa mère se trouvait dans la région pour encore une semaine, mais une si grande ville, il n'a pas pensé qu'elle pouvait être parmi les victimes. «C'est le lendemain, quand je n'arrivais pas à la joindre, que j'ai commencé à m'inquiéter.»

Ce soir-là, les autorités canadiennes ont envoyé quelqu'un cogner à sa porte pour lui annoncer la terrible nouvelle. Sa mère et les cinq Québécois avec qui elle était partie au Burkina Faso, Yves, Maude et Charles-Élie Carrier, Gladys Chamberland et Louis Chabot, avaient tous péri sous les balles des terroristes. 

«La nouvelle arrive tellement vite. C'est brutal. On s'est regroupé en famille», explique Nicola Hamel. «Un an plus tard, je me dis encore que c'est une malchance indéfinissable. Je pense à tous les détails qui ont fait en sorte qu'elle se trouvait là à ce moment-là. C'est injuste.»

«Profiter de la vie»

Sans s'y être préparés, les trois enfants de Suzanne Bernier ont dû entamer le deuil de leur mère, quelques années après le décès de leur père. 

«Notre mère s'est fait enlever la vie, c'est quelque chose avec laquelle on devra toujours vivre. Mais en même temps je ne veux pas vivre constamment dans la haine, c'est important de continuer à profiter de la vie.»

C'est la façon dont sa mère avait elle-même géré le deuil de son mari qui inspire Nicola Hamel à avancer, depuis un an. «C'était un couple encore très amoureux, mais ma mère ne s'est pas laissé abattre par la mort de mon père. Elle s'est appuyée sur ses amis et elle a décidé de poursuivre ses rêves.»

«Avec mon frère et ma soeur, on essaie d'appliquer ça tous les jours. Ça a l'air cliché, je sais, mais c'est tellement ce que l'on ressent. Dans un drame comme ça, on a le choix d'être abattu et écraser par le deuil ou de continuer à vivre.»

«Il ne faut pas s'arrêter à ça»

Nicola Hamel ne veut pas non plus que les attentats au Burkina Faso qui ont coûté la vie à sa mère, Suzanne Bernier, amènent d'autres personnes à arrêter de vivre, ou même d'aider. 

«Si quelqu'un me disait aujourd'hui qu'il veut aller faire une mission humanitaire en Afrique, même au Burkina Faso, je n'essaierais pas de l'arrêter. Je reste conscient que le risque est tellement faible. Il ne faut pas s'arrêter à ça», pointe-t-il. Certains s'étaient d'ailleurs questionnés, dans les semaines qui ont suivi les attentats de Ouagadougou, l'an dernier, si les travailleurs humanitaires canadiens n'auraient pas dû éviter la destination. Un an plus tard, le Burkina Faso n'est d'ailleurs toujours pas un pays qu'évite l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). 

Analyse de la sécurité

«Il y a une analyse qui se fait au niveau de la sécurité. Le Burkina Faso n'est pas considéré comme un pays plus à risque que d'autres», explique la directrice générale de l'AQOCI, Michèle Asselin. «Ce n'est jamais sans risque, mais c'est vrai même pour Paris ou Fort Lauderdale.»

N'empêche, la mort de six Québécois, il y a un an, a laissé l'AQOCI sous le choc. Dans la foulée du drame, le ministère des Relations internationales du Québec a décidé de subventionner l'Association afin qu'elle mette sur pied un groupe de travail permanent sur la sécurité, explique Mme Asselin.

Une grande formation liée aux risques et à la sécurité lors de voyages de coopération internationale a également été donnée par l'AQOCI en collaboration avec l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaires. «On a toujours eu un grand souci pour la sécurité des personnes, et depuis le 15 janvier, on l'a encore davantage.»




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