Courir après les records pour une bonne cause

Le 4 novembre dernier, Martin Parnell a pris... (AFP, Wakil Koshar)

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Le 4 novembre dernier, Martin Parnell a pris part à un marathon dans la province de Bamiyan, en Afghanistan. À 3000 mètres d'altitude, le parcours se trouve au pied de la falaise qui abritait les bouddhas géants de Bamiyan, dynamités par les talibans en 2001.

AFP, Wakil Koshar

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Anne Chaon
Agence France-Presse
Bamiyan, Afghanistan

Son premier marathon, à 48 ans, relevait comme souvent d'un défi personnel. Depuis, Martin Parnell a empilé les records et couru 338 marathons, dont 250 en une seule année au bénéfice des enfants d'Afrique.

Mi-novembre, cet Anglo-Canadien désormais sexagénaire a pris le départ d'une course atypique, au coeur de l'Afghanistan à près de 3000 m d'altitude, relançant une quête qu'un accident vasculaire cérébral l'an passé avait failli arrêter net.

Plongé dans le coma puis cloué cinq mois dans son canapé, il s'était promis de courir ce marathon au pied de la falaise qui abritait les bouddhas géants de Bamiyan, dynamités par les talibans en 2001.

Déployant sa longue silhouette sèche sur ce paysage de roche rose, Martin Parnell raconte comment il en est venu à courir 10 550 km en 2010, à organiser des parties de hockey et de soccer de plusieurs jours pour soutenir l'accès au sport des jeunes déshérités.

Changement physique 

«J'ai toujours aimé le sport sans jamais y exceller», confie cet ingénieur des mines en s'étirant. «Enfant, j'étais gros. Puis à 14 ans, je suis passé de "Fatty Parnel" ["le grassouillet"] à "Skinny Parnell"», le longiligne, ce qu'il est toujours.

S'il existe un physique de marathonien, sûr qu'il le tient. Pourtant, la rencontre fut tardive avec ces parcours d'endurance, liée à une suggestion de son frère après le décès de sa femme.

En mai 2003, Peter et Martin s'alignent pour le marathon de Calgary. Bilan : «3 heures et 54 minutes. Pas si mal!» se souvient Martin. Il rempile à Toronto, puis à Boston : «3h22. Je me testais.»

Il passe ensuite au triathlon, c'est-à-dire 4 km à la nage + 130 km à vélo + un marathon, le tout en 17 heures. Puis aux IronMan, épreuve ultime qui empile un marathon sur 4 km de nage et 180 km de vélo.

Martin Parnell devient un «Ultra Runner», il enchaîne des courses aux noms prometteurs, la Blackfoot de l'Alberta (100 km en 13 heures), la Canadian Death Race (Course de la Mort, 125 km), la Sinister Seven (146 km dans les Rocheuses), la Big One et The Lost Souls (Les Ames perdues), chacune 160 km en 35 heures.

Une dépendance

À ce stade, courir devient une dépendance presque aussi forte que l'héroïne afghane... «Courir, c'est ma séance de méditation, ça me vide l'esprit. Je n'écoute jamais de musique pour ne pas me distraire. Je regarde autour de moi, j'admire et je pense aux oeufs au bacon que je vais manger après.»

Début 2005, lors d'une course à vélo à travers l'Afrique, «quatre mois du Caire à Johannesburg, 100 km par jour six jours par semaine, l'équivalent de trois Tours de France», il découvre un continent et surtout ses enfants.

«Une partie de foot au Soudan, un ping-pong en Éthiopie, en cinq minutes vous avez 100 gamins hilares autour de vous. J'ai réalisé combien le sport pouvait être important pour eux», dit-il. Martin Parnell rencontre alors l'ONG Right to Play, «Droit de jouer», fondée par un quadruple champion olympique de patinage de vitesse, le Norvégien Johann Olav Koss, pour promouvoir l'accès au sport partout dans le monde.

À l'été 2009, il s'entraîne pour les 160 km des Lost Souls en courant trois marathons par semaine. «Ça laisse le temps de penser.»

Il a alors l'idée d'un Marathon Quest : courir 250 marathons en un an pour lever 250 000 $. Au départ, il visait 365 courses, une par jour. Mais Sue, épousée en 2005, a mis son veto.

Marathonien à temps plein

En 2010, Martin Parnell court ainsi sept marathons officiels en Amérique du Nord et, le reste du temps, il enregistre ses parcours sur son GPS à raison de cinq marathons hebdomadaires du dimanche au jeudi - relâche les vendredi et samedi.

«Le jeudi, je courais sur les terrains de soccer des écoles. À la récré, les élèves venaient m'apporter leur argent de poche, 1 ou 2 dollars, m'offraient du chocolat : j'étais leur jouet mécanique, ils m'adoraient et finissaient toujours les derniers tours avec moi.»

Pour tenir, il s'entoure - médecin de famille, physiothérapeute, nutritionniste et entraîneur. «Sur un marathon, on n'a pas le droit à l'erreur : mauvais entraînement, mauvais rythme, manque d'hydratation ou de nutriments, au 32e km, c'est crampes, vertiges et risque d'abandon.» Comme ingénieur, avoue-t-il, cette mécanique humaine l'a toujours intéressé. «Le 31 décembre 2010 à 15h, précise-t-il, j'avais couru 10 550 km - 12,9 millions de foulées -, deux fois la traversée de l'Amérique du Nord.»

Records

Depuis, Martin Parnell accumule les records, dont cinq inscrits au Livre des records Guinness. Entre autres, la plus longue partie de Lacrosse, dérivé amérindien du hockey (24 heures), de foot (42 heures), une maxi-partie de hockey à 374 joueurs, et une autre en pleine rue avec 103 gamins. Les fonds récoltés grâce aux dons et commanditaires sont reversés à Right to Play.

À Bamiyan, entre les villages, les ânes et les moutons, il n'a cessé d'encourager Kupra, une jeune Afghane qui hésitait à prendre le départ. «Je lui ai dit d'oublier la course, de se concentrer sur les 10 prochaines minutes. Mon meilleur souvenir est d'avoir franchi la ligne d'arrivée en lui tenant la main.»

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