Agressions sexuelles dans l'armée: beaucoup de chemin à faire

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(Québec) Les résultats dévoilés lundi par Statistique Canada, à savoir que près de 1000 militaires ont été victimes d'une agression sexuelle dans la dernière année, ont été mal reçus chez certains des plus hauts gradés du pays. Ici-même à Québec, le commandant du 5e Groupe-brigade mécanisé de Valcartier a réitéré qu'il n'avait «aucune patience» pour ce type de gestes.

Le colonel Michel-Henri St-Louis est un vétéran de longue date. «Quand je suis rentré [dans l'armée] en 1992, il y avait une culture organisationnelle qui n'est pas la culture d'aujourd'hui. Ce qu'on trouvait drôle il y a 25 ans, ce n'est peut-être pas ce qu'on trouve drôle [en 2016]», a-t-il dit lundi en réaction à l'étude publiée par Statistique Canada. 

Bien qu'il ait grandi et fait son chemin jusqu'à son prestigieux poste au sein de cette culture, il n'hésite pas à la critiquer aujourd'hui. «Le type de comportement auquel vous faites allusion est inacceptable. Je m'efforce d'exciser ce type de comportement-là dans notre équipe», a-t-il répliqué avec aplomb lorsque interrogé au sujet des inconduites sexuelles, toujours bien présentes selon les plus récents chiffres dévoilés lundi. 

«Je suis responsable d'une équipe qui doit aller combattre l'ennemi du Canada [conflit ou désastre] [...] Dans ce travail-là, je n'ai aucun temps, aucune patience, aucun espace où je devrais m'occuper de personnes qui viennent faire des sévices», a-t-il tranché, ajoutant que les dérives à l'interne nuisent à la capacité et au «focus» des troupes. 

Jugeant «nécessaire» de travailler à un changement de culture, le colonel St-Louis a dit observer quelques améliorations chez les quelques 5000 troupes sous sa gouverne. «Je suis encouragé quand j'ai des jeunes hommes et des jeunes femmes qui osent venir dire qu'ils ont subi quelque-chose. Pour moi c'est un indicateur, que, peut-être, on est sur le bon chemin», a-t-il affirmé. 

Mais c'est bien peu par rapport à ce qui reste à accomplir, a-t-il ajouté. «Je ne prétends pas qu'on cri victoire et qu'en 18 mois on a fait un changement de culture dans une organisation de plus de 100 000 personnes [à l'échelle du pays]. Mais je peux vous dire qu'au niveau de la chaîne de commandement, au niveau du leadership, au niveau du gouvernement qui nous donne les outils pour travailler, on est en train de faire ce changement-là.»

Les 18 mois font référence à la sortie du rapport Deschamps, dévoilé en mars 2015. Publié au terme d'une étude indépendante menée par l'ex-juge Marie Deschamps, le document révélait des constats dévastateurs sur les inconduites seuxelles dans l'armée. L'auteure y dénonçait une culture du silence concernant les agressions sexuelles chez les FAC, ainsi qu'une culture de sexualisation «hostile» aux femmes et aux homosexuels. 

Vance «extrêmement déçu»

Le grand patron de la Défense nationale, le chef d'état-major Jonathan Vance, a été le premier surpris et désolé par les résultats obtenus au terme de l'étude dévoilée lundi. «Je suis extrêmement déçu», a-t-il dit d'entrée de jeu en conférence de presse à Ottawa. 

M. Vance, qui a pris le relais de Tom Lawson quelques semaines après la sortie du rapport Deschamps, s'était engagé à changer les moeurs. Il a rappelé lundi qu'il avait donné l'ordre «à tous les membres des FAC que ce comportement devait cesser». Or tous les gestes répertoriés dans l'étude de Statistique Canada ont eu lieu après ces commandements.

Avec La Presse Canadienne

Les femmes toujours plus à risque

Une femme aurait quatre fois plus de chances qu'un homme d'être victime d'une agression sexuelle dans les Forces armées canadiennes (FAC), et plus du quart d'entre elles disent en avoir été la cible depuis le début de leur carrière, selon un récent portrait du gouvernement fédéral. 

Statistique Canada a dévoilé lundi les résultats d'un sondage mené d'avril à juin 2016 auprès des troupes canadiennes. Quelque 43 000 membres - l'armée compte près de 100 000 effectifs - des FAC, soit 61 % des réguliers et 36 % des réservistes, ont accepté de répondre à un questionnaire portant sur les inconduites sexuelles ou discriminatoires. 

Chez les réguliers, 960, ou 1,7 %, ont ainsi affirmé avoir subi une agression sexuelle dans le cadre de leurs fonctions dans les 12 mois précédant l'enquête. La proportion augmente à 2,6 % chez les réservistes interrogés. À titre de référence, le rapport de Statistique Canada précise que cette prévalence est de 0,9 % chez les Canadiens actifs sur le marché du travail.

Quatre fois plus susceptibles

Toujours selon l'étude, les femmes de la Force régulière étaient «quatre fois plus susceptibles que les hommes de déclarer» une agression sexuelle dans la dernière année, soit 4,8 % (380 cas) des répondantes contre 1,2 % (570 cas) chez leurs homologues masculins. Ces taux sont de 8,2 % pour les femmes et de 1,4 % pour les hommes chez les réservistes. 

Pour tous les membres interrogés, la prévalence des femmes à subir de tels comportements grimpe lorsqu'on étire la période sur l'ensemble de la carrière militaire. Plus du quart (27,3 %) des répondantes ont ainsi dit avoir été victimes d'une agression sexuelle au moins une fois au courant de leur service, contre seulement 3,8 % des hommes. À noter que les femmes représentent 15 % de tout l'effectif des FAC et de la Défense nationale. 

Les cas les plus fréquents d'agressions sexuelles se manifestent par des attouchements non désirés.

Dénonciation difficile

Beaucoup d'efforts devront vraisemblablement être mis du côté de la dénonciation, du moins selon Statistique Canada. L'enquête révèle que moins du quart des agressions sexuelles recensées ont été dénoncées à un supérieur. Seulement 7 % des victimes se sont tournées vers la police militaire ou le Service national des enquêtes des FAC.

Un répondant sur cinq a répondu avoir été la cible d'un comportement sexualisé ou discriminatoire inapproprié dans les 12 derniers mois.  

AGRESSIONS SEXUELLES DANS L'ARMÉE CANADIENNE
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