«On ne revient pas de l'Afghanistan»

Beauceron d'origine, Louis Grégoire a été déployé à... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Beauceron d'origine, Louis Grégoire a été déployé à deux reprises en Afghanistan. La première fois à Kaboul en 2004, et la deuxième, en 2009, à Kandahar. Des missions de sept mois chacune.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Louis Grégoire est revenu en 2009 de sa deuxième mission militaire en Afghanistan. Depuis, il ne vit qu'à moitié dans notre monde d'abondance qu'il déplore tant; l'autre moitié est restée là-bas...

«On ne revient pas de l'Afghanistan.» C'est ce que l'ancien militaire lance d'entrée de jeu au Soleil quelques heures après avoir donné une conférence du même nom au Palais Montcalm, à l'occasion de l'événement TEDxQuébec.

«Je voulais juste partager mon expérience, ma vision à moi, d'avoir vécu tellement intensément une vie pendant si peu de temps, en sept mois... que lorsqu'on revient au pays, on n'a plus notre place chez nous, dans notre famille, et on n'a plus notre place en Afghanistan parce que le contexte a changé. On est comme des immigrés qui arrivent dans un pays pratiquement étranger.» Des «immigrés» qui doivent accepter de vivre entre les deux réalités qui les habitent, soit celle de la guerre et celle de leur vie d'avant. «Mon psychologue m'a dit: "Tu es demeuré en Afghanistan; maintenant, apprends à vivre avec."» 

Beauceron d'origine, Louis Grégoire a été déployé à deux reprises en Afghanistan. La première fois à Kaboul en 2004, et la deuxième, en 2009, à Kandahar. Des missions de sept mois chacune. En 1992, il a également fait partie du premier détachement canadien déployé en ex-Yougoslavie. «Ça a commencé là... Le stress de la présence des tireurs d'élite, qui sont omniprésents, les cadavres humains, ça reste dans notre tête toute notre vie», confie-t-il. «La mort est omniprésente; ça devient comme un quotidien.»

Sa mission à Sarajevo a duré six mois, et «ça a été très dur». À tel point que, même 12 ans plus tard, au moment de sa première mission en Afghanistan, la travailleuse sociale lui avait défendu de partir. «C'est le colonel qui a donné le go», raconte-t-il.

Hypervigilance

Aujourd'hui, M. Grégoire vit avec ce qu'il appelle une «hypervigilance» constante, cet état d'éveil excessif qui ne le quittera probablement jamais. «Pour se garder en vie, on développe de l'hypervigilance. J'ai souvent failli marcher sur des engins explosifs. On revient avec cette hypervigilance-là, et c'est comme une drogue qui ne nous quitte pas. [...] J'ai travaillé beaucoup de nuits, là-bas, et, encore aujourd'hui, si je ne prends pas des médicaments pour dormir, vers 1h du matin, je me réveille, et je reste bien, bien réveillé pendant quatre heures, parce que c'était mon temps de patrouille là-bas...» explique celui qui était commandant d'une compagnie d'infanterie afghane d'environ 70 soldats.

«Si on veut être opérationnel, il faut s'oublier. C'est l'oubli total de notre corps, de notre âme. On ne pense pas à demain, on ne pense pas à notre famille. On devient déshumanisé, en fait. Le focus est sur la mission.»

Louis Grégoire vit seul. Père de deux enfants et marié lors de son deuxième départ pour l'Afghanistan, il admet n'avoir jamais pu retrouver le bonheur d'avant lié à sa vie de famille. À ses yeux, il ne «cadre plus dans les valeurs sociales qu'on nous impose dans notre société».

Et même sept ans après son dernier déploiement à l'étranger, il «cherche toujours le médicament à ce mal invisible» qui l'habite; lui, comme bien d'autres vétérans dans sa situation, précise-t-il. «Je suis bien tout seul. J'ai tellement vu de pays, de situations, que je ne cherche pas à rencontrer du monde. Je n'ai plus de vie sociale, je sors très, très rarement.» 

Un mal qui ne le quitte jamais, sauf lorsqu'il se retrouve avec ses anciens copains d'armes. «Quand on est ensemble, on retrouve cette paix d'esprit là. Mon hypervigilance tombe, avec eux, parce que je sais qu'ils me protègent.»

Ouverture d'esprit

Malgré toutes ces difficultés, M.  Grégoire n'a que de bons mots pour les Afghans qu'il a rencontrés sur le terrain. Et il se fait un devoir de raconter l'histoire et l'humanité de «cet incroyable peuple». «Ces gens-là nous offrent une ouverture d'esprit qu'on a oubliée à cause de notre monde stressé et matérialiste. Ils partagent beaucoup de valeurs qu'on devrait prendre le temps d'observer et de réappliquer.» Il fait notamment l'éloge de la simplicité dans laquelle ils vivent. «Pour apporter de l'espoir là-bas, j'apportais des friandises et des sandales aux enfants; ici, qu'est-ce que je peux faire pour rendre quelqu'un heureux dans ce pays d'abondance?»

Louis Grégoire croit avoir la réponse à sa question. Il compte maintenant mettre son temps et son énergie à «aider nos gens à nous qui sont dans le besoin». C'est sa nouvelle mission.

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