Abus sur des femmes autochtones: «S'il n'y a aucune accusation, ça va être terrible»

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«Qu'est-ce qui nous attend demain [vendredi], nous, en tant que femmes autochtones?» En route vers Val-d'Or, la présidente de Femmes autochtones du Québec s'inquiète. «S'il n'y a aucune accusation, ça va être terrible», craint Viviane Michel.

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Fanny Lévesque

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(Sept-Îles) «Qu'est-ce qui nous attend demain [vendredi], nous, en tant que femmes autochtones?» En route vers Val-d'Or, la présidente de Femmes autochtones du Québec s'inquiète. «S'il n'y a aucune accusation, ça va être terrible», craint Viviane Michel.

C'est ce vendredi à 13h que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) révélera depuis le palais de justice de Val-d'Or s'il déposera ou non des poursuites après avoir analysé les 37 dossiers soumis par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dans la première phase de l'enquête sur les allégations d'abus sur des femmes autochtones impliquant des policiers.

Déjà, plusieurs médias ont rapporté qu'aucune accusation ne serait portée contre les six policiers de la Sûreté du Québec suspendus après la diffusion du reportage-choc de l'émission Enquête, qui a mis en évidence le cas des femmes de Val-d'Or. Jeudi, on apprenait cependant qu'un ex-policier de Schefferville sera accusé.

«Un sur trente-sept dossiers, note Mme Michel. Que fait-on des 36 autres? Il a fallu le courage extrême de ces femmes-là [...] Qu'est-ce qu'on va leur offrir maintenant? On les a mis sur la place publique, elles ont dénoncé pour leurs propres cas, mais aussi pour prévenir. Ça m'inquiète. Est-ce qu'on va leur donner le service dont elles ont besoin?»

Si ce qui circule depuis le début de la semaine est vrai, «il doit y avoir un plan d'urgence pour ne pas que ces femmes-là soient mises de côté», réclame Mme Michel. «Il faut continuer de les soutenir. Moi, je les crois [...] Si ce n'avait pas été de leur prise de parole, il n'y aurait pas non plus ce momentum pour changer les choses.»

Enquête indépendante

Les choses doivent changer selon la présidente de Femmes autochtones du Québec, qui joint sa voix à plusieurs organisations autochtones qui exigent le déclenchement d'une commission d'enquête indépendante sur les relations entre les membres issus des Premières Nations et les forces policières de la province.

«[Val-d'Or], c'est la pointe de l'iceberg, assure Mme Michel. On parle de discrimination raciale, systémique. Je ne veux surtout pas minimiser ce que ces femmes ont vécu, mais il y a aussi des enjeux encore plus gros. [...] Il y a un exercice, un travail à faire. Comment on va rebâtir la confiance?» poursuit-elle. «Il va y avoir une suite.»

Les conclusions de l'observatrice indépendante à l'enquête du SPVM, Fannie Lafontaine, abondent dans le même sens. «Tous les contacts que j'ai eus avec les gens durant la dernière année ressortent cette question-là du lien de confiance brisé entre la police et les Autochtones», a-t-elle expliqué, la veille elle aussi de son départ pour Val-d'Or.

Si le travail des enquêteurs du SPVM a été «selon les plus hauts standards policiers», l'enquête criminelle a «ses limites», souligne Mme Lafontaine, qui appelle à une «consultation immédiate» entre les peuples des Premières Nations de la province et le gouvernement pour lister «ce qui doit être déterminé».

«Tout le monde travaille dans les mêmes objectifs, mais il ne semble pas y avoir unanimité sur les méthodes à adopter, indique l'experte. Il faut s'asseoir à la même table et déterminer ce que l'enquête fédérale pourra faire, ce que les enquêtes criminelles peuvent faire et comment on peut complémenter ce travail-là.»

À la fin de son rapport, Mme Lafontaine note aussi que les «témoignages qui brisent le silence ne sont pas vains, même lorsqu'ils ne mènent pas à la responsabilisation pénale d'un policier [...] Ces histoires doivent être entendues et reconnues [...] en tant que partie intégrante d'un schème plus généralisé [...] qu'il convient de documenter et de nommer».

Poursuites possibles

Même s'il a été divulgué dans les médias que le DPCP ne déposera pas d'accusations contre les six policiers de Val-d'Or suspendus après la diffusion de l'émission Enquête, il est permis de croire que des poursuites pourraient viser des civils ou des policiers d'autres régions du Québec.

Jeudi, on apprenait que l'ex-policier de la Sûreté du Québec Alain Juneau devra répondre à des accusations d'agression sexuelle et de voies de fait armées relativement à des événements qui seraient survenus entre 1992 et 1994 à Schefferville. Juneau aurait été arrêté mardi à son domicile.

Or, en scrutant le rapport de l'observatrice Fannie Lafontaine, on y apprend que des 38 dossiers analysés (un cas a été reporté à la deuxième phase des travaux), 32 touchent Val-d'Or et les environs. «Si le mandat a été officiellement élargi le 5 avril, l'enquête du SPVM s'est aussi transportée sur la Côte-Nord et le Nord-du-Québec lors de la phase 1.»

Dans trois dossiers, les faits reprochés auraient eu lieu à Schefferville, deux autres dossiers touchent Sept-Îles et un dernier, Chibougamau. Mme Lafontaine observe aussi que dans 21 dossiers, il n'y a pas de «policier-suspect», c'est-à-dire que soit il s'agit d'un policier décédé, d'un «suspect-civil» ou qu'il a été impossible d'identifier l'agresseur.

Jeudi soir, Fannie Lafontaine se disait «anxieuse» de connaître les décisions du DPCP. «Je serais surprise qu'il n'y ait pas d'accusations, mais je serais aussi surprise qu'il y en ait beaucoup», a-t-elle expliqué en entrevue. L'experte doit d'ailleurs se rendre vendredi à Val-d'Or pour assister au point de presse du DPCP.

Les dossiers soumis au DPCP en chiffres

  • 38 analysés dans la phase 1 de l'enquête (1 dossier déplacé à la phase 2)
  • 31 victimes différentes, dont 24 femmes et 3 non-Autochtones
  • 15 dossiers d'allégations de nature sexuelle
  • 32 dossiers proviennent de Val-d'Or ou des environs

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