Lutte contre la radicalisation des jeunes: Québec lancera un appel mondial

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) La conférence internationale de l'UNESCO sur Internet et la radicalisation des jeunes, qui s'ouvrait à Québec, dimanche soir, débouchera sur un «appel de Québec» pour contrer cette menace. Une invitation à «se donner la main» que compte lancer la province au monde entier, a expliqué la ministre québécoise des Relations internationales, Christine St-Pierre.

Dimanche soir marquait le lancement, au Musée national des beaux-arts du Québec, de la conférence intitulée Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble. Plus de 450 politiciens et chercheurs en provenance de 70 pays participeront, lundi et mardi, à une série d'ateliers visant à mieux comprendre le phénomène de la radicalisation sur Internet et à échanger sur les mesures à prendre pour la contrer.

Organisée conjointement par l'UNESCO et le gouvernement québécois, la conférence mènera, mardi, à ce que la ministre Christine St-Pierre a elle-même qualifié de «l'appel de Québec».

«On n'a pas la prétention de dire qu'en deux jours, on va découvrir la baguette magique et que tout sera parfait. Donnons-nous comme objectif de continuer à travailler ensemble, de ne pas travailler isolé, et essayons de mettre les meilleures pratiques ensemble», a souligné la ministre québécoise des Relations internationales, précisant que le message était adressé «à tous les pays et sociétés libres et démocratiques».

Le Québec est déjà un leader dans la prévention de la radicalisation, a-t-elle assuré, pointant le plan d'action provincial 2015-2018 pour lutter contre la radicalisation. Christine St-Pierre a néanmoins confirmé que son gouvernement annoncerait de nouvelles mesures à cet effet dans les prochains jours. 

Selon elle, une dizaine de cas de radicalisation ont été confirmés, à ce jour, au Québec, bien que certains estiment le nombre réel à plus d'une centaine. «On a vu que l'on n'avait pas beaucoup de cas, mais un seul cas est déjà un cas de trop.»

Internet, un «accélérateur»

Si la conférence se penche particulièrement sur Internet, a expliqué Christine St-Pierre, c'est qu'il s'agit «vraiment du canal par lequel les jeunes qui se radicalisent passent».

«Ils vont chercher des réponses à leurs questionnements sur leur existence. Ils vont chercher des réponses sur Internet et les gens qui veulent radicaliser des jeunes se servent de ces outils modernes et facilement accessibles.»

Nommée, en mai dernier, représentante du Québec à l'UNESCO, Julie Miville-Dechêne parle pour sa part d'Internet comme d'un «accélérateur». «On ne devient pas extrémiste uniquement avec Internet, mais une fois que certains critères sont là, vraiment, l'Internet accélère le processus.»

Les gouvernements doivent par ailleurs être capables eux-mêmes d'utiliser Internet pour envoyer des contre-messages aux jeunes, a par ailleurs estimé la vice-première ministre du Québec, Lise Thériault. «Sinon, le terrain est pris totalement par les djihadistes. Si vous regardez ce que la France fait, par exemple, il y a un site Internet très complet qui s'appelle Stop Djihad.»

Des propos qui rejoignent ceux de la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova. «Pour tirer le meilleur parti d'Internet, nous devons offrir aux jeunes des compétences pour éviter les dangers, pour évaluer l'information critique, pour dissiper les mensonges, pour défendre les droits de l'homme et le respect. Cela est essentiel pour prévenir l'extrémisme violent.»

Pas que des djihadistes

Si la pièce de théâtre Djihad, de l'auteur belge Ismael Saidi était présentée en première nord-américaine en ouverture de la conférence, dimanche soir, le programme des ateliers de lundi et mardi ne mentionne précisément ni le djihad ni le nom d'une organisation extrémiste. Ce n'est pas un hasard, assure Christine St-Pierre. «La radicalisation menant à la violence peut venir d'autres groupes que les djihadistes. Vous avez des groupes d'extrême droite et des jeunes qui vont vers d'autres types de radicalisation.»

La conférence internationale de l'UNESCO vise surtout à permettre aux décideurs et chercheurs d'échanger sur la problématique de la radicalisation sur Internet, mais il ne faut pas croire que contrer le phénomène relève uniquement de leur responsabilité. «Il va y avoir des représentants de Google qui seront ici et on veut que les fournisseurs se posent aussi des questions», a souligné la ministre des Relations internationales, dimanche.

La ville de Québec «sur le terrain»

Présent à l'ouverture de la conférence de l'UNESCO... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 4.0

Agrandir

Présent à l'ouverture de la conférence de l'UNESCO sur Internet et la radicalisation des jeunes, dimanche soir, Régis Labeaume participera lui-même à un atelier, lundi.

Le Soleil, Yan Doublet

Présent à l'ouverture de la conférence de l'UNESCO sur Internet et la radicalisation des jeunes, dimanche soir, Régis Labeaume participera lui-même à un atelier, lundi. Le maire de Québec discutera du rôle des municipalités dans la lutte contre la radicalisation avec son homologue montréalais Denis Coderre, en plus des maires de Dakar, au Sénégal, et Vilvoorde, en Belgique. 

«Ce sont nous qui sommes sur le terrain», a pointé Régis Labeaume, dimanche. «À la Ville de Québec, le Service de police est en relation avec la Sûreté du Québec et la Gendarmerie royale. Ils se coordonnent pour planifier les opérations de sécurité. Ils font de la vigie. Souvent, les policiers locaux sont ceux qui connaissent le plus leur population. Les villes, à cause de notre proximité, on a souvent des informations que les autres n'ont pas. En même temps, c'est toujours un peu compliqué parce que ce sont les lois nationales qui s'appliquent.»

Le maire de Québec a cependant précisé qu'il prend place dans un panel de maires, lundi soir, mais il sera surtout un spectateur attentif durant les deux jours d'ateliers afin d'apprendre sur la situation des autres. «Nous, honnêtement, on est la ville la plus sécuritaire au pays. Moi, j'écoute Khalifa [Ababacar], le maire du Sénégal, j'écoute Anne Hidalgo [mairesse de Paris] et d'autres qui m'enseignent ce qui se passe chez eux. Comme on ne connaît pas le phénomène, jusqu'à nouvel ordre, ici, on a moins été confronté et l'on a moins tenté de savoir.»

Directement touchés

En plus de discussions menées par des politiciens et chercheurs venus de partout sur la planète, des témoignages de gens directement touchés par la radicalisation viendront ponctuer les journées d'ateliers. 

C'est le cas de l'activiste Latifa Ibn Ziaten, dont le fils Imad, un soldat français d'origine marocaine, est décédé dans les attentats de Toulouse, en France, en 2012. 

Daniel Gallant et Mubin Shaikh, le premier ex-suprémaciste blanc devenu travailleur social, le deuxième ex-extrémiste devenu expert du contreterrorisme, prendront également la parole lors d'une table ronde, lundi après-midi.

Québec, capitale nationale

La tenue d'une conférence internationale de l'UNESCO à Québec n'est pas un hasard, a soutenu le maire de Québec, Régis Labeaume, dimanche soir. Pour le maire, il s'agit là d'un avant-gout de l'application de la loi 109, dans laquelle le gouvernement provincial accorde officiellement à Québec le statut de capitale nationale. «À l'avenir ce sera toujours comme ça parce que le projet de loi dit que, dorénavant, tous les évènements importants seront tenus en priorité à Québec. Ça prendra de très bonnes raisons pour que ce ne soit pas à Québec», a-t-il expliqué. 

D'importantes mesures de sécurité ont par ailleurs été déployées, dimanche soir, au Musée national des beaux-arts du Québec, pour l'ouverture de la conférence. «C'est normal parce que ce serait symbolique pour quelqu'un qui voudrait faire du mal un peu», s'est contenté d'expliquer Régis Labeaume.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer