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Tolérance zéro pour les futures mamans

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C'est la première fois que le Directeur national de la santé publique conseiller «d'éviter toute consommation d'alcool par les femmes enceintes ou celles qui prévoient le devenir».

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(Québec) Le Directeur national de santé publique du Québec déconseille aux femmes de consommer de l'alcool si elles sont enceintes ou projettent l'être à cause des risques associés à la santé du bébé. Au moins une Québécoise sur quatre aurait consommé durant sa grossesse, soit le double de la moyenne d'autres provinces, d'où l'importance d'informer les futures mamans.

La recommandation est contenue dans un avis de santé publique qui vise à «souligner l'importance de diffuser un message clair, uniforme et non culpabilisant sur l'importance d'éviter toute consommation d'alcool par les femmes enceintes ou celles qui prévoient le devenir», indique le document envoyé récemment aux intervenants du réseau de la santé. C'est la première fois que le Directeur national prend position aussi clairement sur la question.

À cet égard, il rappelle que l'alcool est un produit «susceptible de provoquer des malformations congénitales par son action sur le foetus. Il agit sur le système nerveux central [...] [et] est la principale cause évitable d'anomalies congénitales et de déficiences intellectuelles chez les enfants; certains des troubles sont permanents et irréversibles».

L'alcool est considéré comme la substance psychoactive la plus néfaste pour le foetus. Le placenta ne le filtre pas. Il passe ainsi directement du sang de la mère à celui du bébé. Par conséquent, aucune limite sécuritaire de consommation ne peut être établie bien que certains professionnels et intervenants du réseau de la santé mentionnent aux femmes enceintes qu'elles peuvent boire «modérément ou à l'occasion».

Une récente étude sur le trouble du spectre de l'alcoolisation foetale (TSAF) réalisée en 2014 en Alberta estime que son incidence serait de 14 à 48 personnes par 1000 naissances. Chez l'enfant comme chez l'adulte, le trouble peut se traduire, à divers degrés, par des malformations physiques, des traits faciaux caractéristiques, des retards de croissance, des problèmes de motricité, des troubles de l'attention, de l'impulsivité et de l'hyperactivité, un déficit du langage, des troubles de la mémoire et des difficultés d'apprentissage. Il n'existe aucune mesure de prévalence du TSAF dans la population.

Les Québécoises en tête

Selon des chiffres déjà publiés, le Québec est la province canadienne où le taux de consommation d'alcool durant la grossesse est le plus élevé avec 26,5 %, selon des données de Statistique Canada recueillies de 1993 à 2008. C'est un peu plus du double de la moyenne d'autres provinces. Une enquête de 2006 de l'Institut de la statistique du Québec porte à 34 % la proportion de mères qui disent avoir consommé durant leur grossesse.

«Cette situation survient dans un contexte socioculturel favorable à la consommation d'alcool. En effet, la consommation d'alcool excessive [quatre consommations ou plus par occasion, au moins une fois par mois] chez les femmes en âge d'avoir des enfants a augmenté de 60 % depuis le début des années 2000 au Québec (Statistique Canada, 2015]. En 2013-2014, 21 % des femmes québécoises âgées de 15 à 49 ans ont eu une consommation excessive d'alcool», soutient la Santé publique.

Dans ce contexte, l'avis demande aux professionnels de la santé d'expliquer aux femmes pourquoi «il est fortement recommandé de ne pas prendre d'alcool durant leur grossesse». On y précise que ne pas aborder la question pourrait laisser croire qu'il n'y a aucun risque associé à la consommation. Le sujet doit donc être intégré au même titre que tout autre habitude de vie, conclut-on.

Le Québec accuse un retard dans les services

Louise Loubier-Morin se bat depuis 20 ans pour que les parents et les jeunes atteints d'un trouble du spectre de l'alcoolisation foetale (TSAF) obtiennent des services d'aide. Selon elle, le Québec accuse un retard important sur d'autres provinces.

L'Alberta compte 12 cliniques diagnostiques du TSAF. Le Nouveau-Brunswick a cinq points de service. Au Québec, tout est à faire, selon Mme Loubier-Morin, qui dirige, à bout de bras et de ressources, l'organisme de prévention du TSAF, SAFERA.

La travailleuse sociale à la retraite est spécialiste de la question. Il y a 25 ans, son mari et elle adoptaient Stéphanie. La jeune femme est atteinte du Syndrome d'alcoolisation foetale, stade le plus avancé du TSAF. Son développement physique et mental s'apparente à celui d'une préado.

Mme Loubier-Morin accueille favorablement l'avis de santé publique. Cependant, elle soutient que le gouvernement doit aller beaucoup plus loin, notamment au chapitre de la formation et du dépistage en milieu scolaire et dans les centres jeunesse.

«La particularité de ce trouble est que les enfants atteints se trouvent souvent en famille d'accueil parce que l'alcoolisation foetale est souvent liée à un milieu social défavorisé. De plus, aucune mère n'avouera avoir consommé de l'alcool pendant la grossesse à cause de la culpabilité associée aux conséquences de leur consommation.» Le diagnostic est donc difficile à établir. Et lorsqu'il tombe, il manque de ressources spécialisées.

C'est ce qui est récemment arrivé à une directrice d'école d'une municipalité près de Québec. Elle doit trouver une solution pour offrir des services adaptés à un enfant atteint de TSAF. «La directrice se demande où ira l'enfant si elle ne s'en occupe pas. Il sera déraciné», explique Mme Loubier-Morin.

Cette dernière prône le dépistage du TSAF pour minimiser les troubles d'apprentissage et, dans les cas extrêmes, la criminalisation d'individus, qui auraient pu avoir un tout autre destin s'ils avaient été suivis dès l'enfance.

Louise Loubier-Morin, dont la fille Stéphanie est atteinte... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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Louise Loubier-Morin, dont la fille Stéphanie est atteinte du syndrome d'alcoolisation foetale, se bat depuis 20 ans pour que les parents et les jeunes atteints d'un trouble du spectre de l'alcoolisation foetale obtiennent des services d'aide.

Le Soleil, Patrice Laroche

Dépistage et diagnostic

À ce sujet, elle évoque une étude réalisée dans un centre jeunesse de Colombie-Britannique où 22 % des enfants qui s'y trouvaient présentaient un trouble d'alcoolisation foetale. «Le dépistage et le diagnostic permettent de raccrocher le jeune plutôt que de le voir finir en prison ou dans la rue», poursuit Mme Loubier-Morin.

Elle compare les besoins des parents et des jeunes atteints de TSAF à ceux qui sont atteints du trouble du spectre de l'autisme. «Des services pourraient être offerts aux mêmes endroits pour ces deux clientèles puisque certains troubles s'apparentent», avance Mme Loubier-Morin.

L'Institut en santé mentale de Québec est l'hôte vendredi d'un colloque sur le TSAF. Plus d'une centaine de personnes y assisteront. Mme Loubier-Morin espère que la journée permette de dégager un consensus sur les recommandations à faire au gouvernement.

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