Notion de consentement: la «société patriarcale hétéro» dénoncée

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Il a été évidemment beaucoup question cette semaine, dans les cours de Mme Langevin, des agressions sexuelles survenues aux résidences étudiantes, point de départ de cette histoire qui a ébranlé le Québec.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) «La notion de consentement est difficile à comprendre pour plusieurs personnes dans une société patriarcale hétéro où le corps de la femme est vu comme un objet à s'approprier.»

Pour Louise Langevin, professeure titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval, les allégations d'agression sexuelle violente portées par l'étudiante Alice Paquet à l'endroit du député libéral Gerry Sklavounos sont un reflet de la méconnaissance de la société à l'égard d'une notion qui participe de «la culture du viol».

«La jeune fille est montée à sa chambre, c'est sûr qu'elle savait que ce n'était pas pour jouer aux cartes, elle connaissait un peu la suite logique, explique la professeure. Mais une fois qu'elle décide qu'elle n'en a plus envie, qu'elle change d'idée, ça ne veut pas dire que l'autre peut quand même faire ce qu'il veut, qu'il peut violer impunément. Le consentement à l'activité sexuelle doit être renouvelé par les deux partenaires.»

À cet égard, Mme Langevin renvoie les intéressés à une vidéo d'animation accessible sur YouTube qui traite de ce sujet grave de façon légère, en traçant un parallèle entre boire une tasse de thé et le consentement sexuel.

«Si vous arrivez à comprendre à quel point c'est débile de forcer quelqu'un à boire du thé quand il n'en veut pas, et que vous comprenez pourquoi les personnes ne veulent pas de thé, alors pourquoi ce serait si difficile de comprendre quand il s'agit de sexe? Quand on parle de thé ou de sexe, le plus important, c'est le consentement», souligne la vidéo.

Aux hommes qui déplorent d'être mis dans le même panier que les agresseurs, la professeure avance que les chiffres sont là pour démontrer que les agressions restent un acte majoritairement masculin. «On n'a jamais dit que ce sont tous les hommes, mais, statistiquement, qui se fait agresser? Les femmes, les filles et les petits garçons. On a une culture du viol, les statistiques le prouvent.»

Dénoncer son agresseur comme l'a fait la jeune Alice Paquet demande «énormément de courage», estime Mme Langevin, puisque la très forte majorité des suspects ne le sont pas. «Ça va être difficile pour elle de faire face au système de justice. Sa vie personnelle et sexuelle va être jugée. C'est elle qui risque de devenir la méchante pour certains. Elle va avoir besoin du soutien de sa famille et de ses proches.»

«En l'écoutant en entrevue cette semaine, je me suis dit : j'espère qu'elle a dit la même chose à la police», ajoute-t-elle, en faisant référence à certaines femmes dont les propos contradictoires, aux enquêteurs et devant la cour, ont mené à l'acquittement de l'animateur Jian Ghomeshi. «Ses témoignages vont être scrutés pour en faire ressortir les incohérences.»

Le sexisme ignoré

Il a été évidemment beaucoup question cette semaine, dans les cours de Mme Langevin, des agressions sexuelles survenues aux résidences étudiantes, point de départ de cette histoire qui a ébranlé le Québec. «J'ai senti chez les étudiants beaucoup d'ouverture et de compréhension. Les jeunes filles se sont montrées pour leur part très critiques du comportement du recteur.»

Elle-même, à titre de membre du corps professoral, s'étonne de son attitude. «Imaginez s'il y avait eu un laboratoire avec des équipements très dispendieux qui avait été saccagé, ou que des propos racistes avaient été écrits sur les murs de l'université, le recteur aurait fort probablement fait une sortie publique. On peut dénoncer le vandalisme et le racisme, mais le sexisme, on ne le voit pas, on le banalise. L'enquête en cours ne l'empêchait pas de faire preuve de compréhension et d'une certaine humanité.»

Hausse des dénonciations dans la Chaudière-Appalaches

La parole se libère de plus en plus chez les femmes victimes d'agression sexuelle. Le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de la région de la Chaudière-Appalaches note depuis deux mois une augmentation importante de ses interventions.

«Nous recevons plus d'appels que d'habitude. La culture du viol est de plus en plus dénoncée», explique l'intervenante sociale Valérie Brancquart, qui estime que des personnalités comme Lady Gaga ou le mouvement Agression non dénoncée jouent certainement un rôle non négligeable dans cette «vague de dénonciations» devenue «planétaire».

Selon l'intervenante, les femmes peuvent prendre plusieurs années avant de se décider à briser le silence. Lorsque des histoires font les manchettes, elles font revivre aux victimes, «en flashback» leur traumatisme, entraînant un besoin «de crier haut et fort ce qu'elles ont vécu», ajoute-t-elle.

Selon Mme Brancquart, qui rappelle que 80 % des agressions sont commises par quelqu'un de l'entourage de la victime, la société banalise trop souvent la réaction des femmes. La pornographie, les vidéoclips osés, l'hypersexualisation, autant d'éléments qui contribuent à son avis au phénomène. Fifty Shades of Grey, ce n'est pas romantique comme approche.»

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