Une «police du sang» qui a le bras long

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Éloïse Dupuis, 27 ans, a donné naissance à son premier enfant, quelques jours avant son décès.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Qualifié de «police du sang» par certains, le Comité de liaison hospitalier des Témoins de Jéhovah a le bras long, selon trois ex-membres du mouvement, lorsqu'un témoin est hospitalisé et que la question d'une transfusion sanguine pourrait se poser.

Dans un document interne destiné seulement au «Collège des Anciens» des Témoins de Jéhovah et dont Le Soleil a obtenu copie, on donne la liste des 30 membres québécois du Comité de liaison hospitalier. On invite les Anciens à ne pas hésiter à appeler le Comité rapidement concernant «tous les cas médicaux» qui pourraient soulever la question d'une transfusion sanguine.

Auparavant, on demande toutefois de s'assurer que le patient est baptisé, de trouver la nature de sa condition médicale et d'obtenir l'information correcte pour la famille et les parents.

Dans le cas d'Éloïse Dupuis, décédée la semaine dernière à l'Hôtel-Dieu de Lévis, des amies de la jeune femme avaient mentionné aux médias la présence de membres haut placés des Témoins de Jéhovah dans sa chambre au cours des derniers jours et des dernières heures de sa vie.

Pression

Pour Jonathan Lavoie, un ex-témoin de Jéhovah maintenant établi à Québec dont le frère est mort en 2007 après avoir refusé une transfusion, le Comité a ni plus, ni moins comme mission de faire pression sur les membres hospitalisés, leur famille et le personnel hospitalier.

«Il y a des avocats qui font partie du Comité. Moi, quand mon frère a été hospitalisé, aucun membre du personnel médical n'a accepté de me parler avant que je dise que je n'étais pas témoin. Ils avaient trop peur des poursuites», affirme celui qui a créé le site www.watchtowerlies.com, très critique envers le mouvement religieux.

M. Lavoie se souvient même d'avoir, à l'âge de 15 ans, ainsi «veillé» en compagnie de son beau-père sur une dame de 60 ans qui venait d'être opérée. «On nous a rappelé les consignes générales et donné des numéros de téléphone à appeler si le personnel de l'hôpital tentait une transfusion», explique-t-il en soulignant que, finalement, l'opération s'était bien déroulée et que la sexagénaire n'avait pas eu besoin de sang.

Un Américain de 49 ans qui se présente sous le pseudonyme de John Redwood indique pour sa part au Soleil que les membres du Collège des Anciens se rendent régulièrement à New York afin de recevoir des formations sur la façon d'interagir avec les médecins. 

Depuis 1945

«Il ne faut pas oublier que cette religion existe depuis les années 1870, mais que les transfusions sanguines ne sont interdites que depuis 1945 et qu'elles ne constituent un motif d'expulsion que depuis 1961. En 1980, le terme a été changé pour dissociation alors qu'on a fait peser la responsabilité sur le membre, qui est réputé se dissocier du mouvement s'il accepte du sang», souligne M. Redwood.

Le Britannique Lloyd Evans, un ex-membre du Collège des Anciens qui a été apostasié et dirige aujourd'hui le site Web www.jwsurvey.org, explique pour sa part que c'est durant les années 80 que le Comité de liaison hospitalier a pris naissance. «C'est un groupe d'élite d'Anciens qui ont accès à du matériel qu'ils peuvent utiliser pour communiquer avec le personnel de l'hôpital», explique-t-il.

«Vous savez, il y a des médecins qui vont tenter de convaincre un patient de recevoir une transfusion sans que personne d'autre ne le sache. L'un des buts du Comité est justement de maintenir une présence et une pression pour éviter que ça arrive, explique M. Evans. Je suis heureux de n'avoir jamais été dans ce Comité car, aujourd'hui, j'aurais l'impression d'avoir joué un rôle dans la mort de certaines personnes», enchaîne-t-il.

M. Evans estime qu'on peut évaluer à «des milliers» le nombre de décès de témoins de Jéhovah ayant refusé de recevoir du sang. «En 2011, une étude réalisée en Nouvelle-Zélande sur 206 patients souffrant d'anémie sévère, dont la moitié étaient témoins de Jéhovah et avaient refusé une transfusion, a démontré que 21 témoins étaient finalement décédés contre seulement deux non-témoins. C'est 10 fois plus de décès!

«L'ironie de ce comité, c'est que les Témoins disent toujours que la décision [de refuser une transfusion] est personnelle. Alors pourquoi ont-ils besoin d'un comité toujours prêt à intervenir à l'hôpital?» conclut M. Evans.

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