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Déménagement en vue pour Lauberivière

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Le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay, et le président du conseil d'administration, Georges Amyot, travaillent activement sur un projet de déménagement dans le secteur de l'îlot Lépine, près de l'ancien cinéma Place Charest.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Le plus important refuge pour itinérants de Québec, Lauberivière, pourrait déménager dans un immeuble flambant neuf d'ici quelques années, sur un terrain appartenant à la Ville, près de l'ancien cinéma Place Charest. Après avoir étudié deux autres hypothèses de relocalisation, le conseil d'administration de l'organisme croit que tous les astres sont alignés pour que le projet se concrétise sans pépin majeur.

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Le scénario qui pointe à l'horizon est une relocalisation de Lauberivière qui surviendrait d'ici les trois prochaines années, sur un terrain de quelque 2000 mètres carrés, dans un immeuble construit au sud de la rue Xi'an.

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«C'est un défi, mais il faut bouger, on n'a pas le choix. Le statu quo n'est pas une solution pour nous», explique le président du conseil d'administration de Lauberivière, Georges Amyot, en référence à la vétusté de l'immeuble presque centenaire de la rue Saint-Paul, où Lauberivière offre ses services depuis 1983.

L'idée de déménager les pénates de l'organisme caritatif 350 mètres plus à l'ouest est une idée qui fait lentement son chemin, malgré les pourparlers encore «très préliminaires», explique M. Amyot. «Je vous dirais que je suis optimiste. Autant il y avait des inconvénients pour les autres sites envisagés, autant je ne vois pas de désagréments à bouger à cet endroit. [...] C'est définitivement intéressant.»

Le double pour rénover

Le scénario qui pointe à l'horizon est une relocalisation qui surviendrait d'ici les trois prochaines années, sur un terrain de quelque 2000 mètres carrés, dans un immeuble construit au sud de la rue Xi'an. Les besoins de Lauberivière, évalués à 7500 mètres carrés, seraient répartis sur trois étages. À l'heure actuelle, l'endroit n'est que gazon et arbustes.

M. Amyot évalue «sous toutes réserves» entre 10 et 12 millions $ le prix d'un déménagement sur ce site. Il en aurait coûté plus du double pour une rénovation de l'immeuble actuel, en piteux état, construit au début des années 20. Des études ont démontré qu'il ne répondait plus aux règlements du Code du bâtiment, que ce soit en matière de normes antisismiques, de sécurité ou d'ascenseurs. En outre, l'édifice, qui abritait jadis l'hôtel Champlain, fourmille de racoins et d'espaces perdus, de 10 à 15 % selon les évaluations. «Ce n'est pas le bâtiment le plus approprié pour dispenser tous nos services.»

Économies majeures

M. Amyot, un architecte de profession, croit qu'il y a «des économies d'échelle majeures» à faire en déménageant dans un bâtiment neuf. «J'ai la conviction que ça va coûter beaucoup moins cher de construire quelque chose de neuf et de sobre, plutôt que de s'installer dans un bâtiment déjà existant [...] Dans une nouvelle construction, nous pourrions ajuster le nombre de lits. Le bâtiment serait configuré pour l'ensemble de nos services. Actuellement, il faut composer avec ce qu'on a, c'est un défi en soi.»

En outre, l'arrivée éventuelle d'un centre communautaire, possiblement le YMCA, sur le terrain de l'ancien cinéma Charest, pourrait permettre une «synergie possible intéressante» entre les deux organismes, estime le directeur général Éric Boulay.

Outre la proximité du site, qui empêcherait le refuge de faire subir à ses bénéficiaires une interruption de services, la présence d'un stationnement, que la Ville compte installer à proximité, pèse lourd dans la balance. «Nous avons 1500 bénévoles qui viennent ici chaque année, dont 150 réguliers. Un stationnement favorise leur accueil», explique M. Amyot.

Place D'Youville ou Langelier 

Depuis deux ans, le conseil d'administration a étudié deux autres scénarios, morts au feuilleton, avant de se voir proposer le terrain de l'îlot Lépine. Un déménagement à l'hôpital général des Augustines, sur le boulevard Langelier, a d'abord été envisagé.

«Ça nous intéressait, car on se rapprochait de l'épicentre de notre clientèle, entre Saint-Roch et Saint-Sauveur, explique M. Amyot. Un changement à la direction générale de la communauté religieuse a toutefois tué dans l'oeuf le projet. «De toute façon, le bâtiment ne répondait pas plus aux normes que le nôtre», précise-t-il.

La Fondation Famille Jules-Dallaire a par la suite fait la proposition d'un déménagement à la maison Mère-Mallet, près de la place D'Youville. «Après une analyse approfondie, nous avons évalué qu'il n'était pas propice de s'installer en permanence à cet endroit», mentionne M. Amyot, déplorant la difficulté pour les gens à mobilité réduite de se déplacer en haute ville, le nombre réduit de chambres (seulement une vingtaine pour des besoins évalués à 75 lits), l'absence de stationnements et, encore une fois, les multiples rénovations devant être apportées à l'immeuble pour rencontrer les exigences du Code du bâtiment.

Si l'emplacement proposé par la Ville sonne comme de la musique aux oreilles de Lauberivière, ses dirigeants ne peuvent dire à quel moment aura lieu l'aménagement dans ses nouveaux locaux. M. Amyot indique ne pas avoir eu encore de rencontres avec le maire Labeaume à ce propos. L'optimisme est toutefois de mise. «En tant d'administrateurs, si on fait du surplace, on est coupables; si on bouge, on est corrects. Il faut bouger parce qu'il faut régler le problème. On ne laissera pas aller le dossier.»

Des besoins grandissants

Malgré une conjoncture économique favorable et un taux de chômage le plus bas parmi les grandes villes canadiennes, la région de Québec doit composer avec une augmentation du nombre d'itinérants et de personnes sans le sou. Lauberivière peine à répondre aux besoins. 

«Septembre a été l'un de nos mois les plus achalandés depuis notre ouverture [en 1983]», explique le directeur général Éric Boulay. «D'année en année, la pointe de débordement augmente [à cette période]. On a connu un soir où il a fallu relocaliser 18 personnes, faute de place. Le 1er octobre, on a ouvert 15 lits supplémentaires et on les a tous remplis.»

La fréquentation de la soupe populaire est également en nette augmentation. «2015 a été l'une de nos plus grosses années, avec 152 000 repas servis, soit entre 300 et 500 par jour. Dans les dernières années, ça variait autour de 145 000 repas», observe-t-il.

Parmi les bénéficiaires de Lauberivière, de plus en plus de femmes. Alors qu'elles représentaient 15 % de la clientèle, il y a quelques années, elles en forment maintenant le cinquième. «Le défi est d'aller les chercher, car elles vivent beaucoup d'itinérance cachée. Elles tolèrent des relations douteuses pour avoir un toit sur la tête.»

Depuis son entrée en poste, il y a 18 ans, Éric Boulay a vu le profil des bénéficiaires se modifier radicalement. «Quand j'ai commencé, le portrait type était celui d'un homme alcoolique dans la quarantaine. Maintenant, on accueille des gens de tous les horizons, des gens de classe moyenne, avec des emplois payés au salaire minimum, mais en situation de grande précarité.»

Vers un retour du Réchaud

Le petit local ouvert l'hiver dernier pour accueillir les itinérants qui refusent de s'abriter l'hiver dans les refuges traditionnels, une fois la nuit venue, devrait à nouveau être en activité aux prochains grands froids. L'endroit, baptisé Le Réchaud, est situé rue Saint-Paul, dans l'édifice de Lauberivière. «Nous sommes en pourparlers avec la Ville et ça semble très positif [pour un retour]», mentionne Éric Boulay. Ouvert pendant 32 nuits, en février et en mars, le service avait permis de joindre 123 personnes venues à 435 reprises. Ce service se veut une nouvelle approche dans la façon de joindre les itinérants les plus méfiants et les aiguiller vers les services communautaires appropriés à leurs besoins. Aucun lit n'y est disponible pour dormir. «Il faut faire simple. On leur sert un café, on crée des liens, on leur pose des questions», précise M. Boulay. La Ville avait versé une subvention de 8700 $ pour la mise sur pied de ce projet pilote. Le local était ouvert de 23h à 7h, lorsque la température nocturne baissait sous la barre des - 10 degrés.

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