Des quotas de repas au goût amer dans une résidence pour aînés

La décision de la direction du Manoir Laure-Gaudreault... (Le Soleil, Yan Doublet)

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La décision de la direction du Manoir Laure-Gaudreault de faire passer de 52 à 104 le nombre de repas imposés par année à ses résidents âgés crée du mécontentement auprès de certains d'entre eux.

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Le climat n'est pas au beau fixe entre la direction et plus d'une vingtaine des 120 résidents du Manoir Laure Gaudreault de Sainte-Foy, une résidence pour aînés créée en 1979 par la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ). Au centre du débat, le souhait de la direction de doubler le nombre de repas qu'elle impose aux résidents de prendre dans sa salle à manger.

«En mai 2015 et en mai 2016, nous sommes allés devant la Régie du logement parce qu'une vingtaine de résidents avaient refusé les modifications au bail alors que les 100 autres résidents les avaient acceptées», a confirmé au Soleil la directrice générale du Manoir, Solange Castonguay.

Le point qui avait amené cette vague de contestations en 2015 était le fait d'imposer aux résidents d'acheter 52 repas par année, soit l'équivalent d'un par semaine, à la salle à manger du Manoir. Cette année, la direction voulait faire passer ce total à 104 repas, ce qui a encore une fois provoqué la colère de certains résidents.

Chaque repas est vendu 10 $, mais les résidents qui ont un revenu variant entre 15 000 $ et 20 000 $ par année ne paient que 7,50 $ et ceux gagnant moins de 15 000 $ par année paient 5 $.

Rentabilité

«On ne fait pas de miracle. La location des logements, ce n'est pas assez payant et notre salle à manger n'a jamais été rentable depuis 1979. Chaque repas que nous vendons 10 $ nous coûte 13,29 $ à faire. De plus, le prix des aliments augmente. Nous sommes un organisme sans but lucratif et on veut diminuer notre déficit. Comme nous ne pouvons pas augmenter les loyers au-delà d'un certain seuil, nous avons privilégié cette option», a expliqué Mme Castonguay pour justifier la hausse.

La directrice ajoute que les logements du Manoir Laure Gaudreault sont déjà parmi les moins chers à Québec. «En connaissez-vous beaucoup, des résidences dont les prix varient de 320 $ par mois pour un 3 ½ à 872 $ par mois pour un 4 ½ rénové?»

En raison des retards importants à la Régie du logement, la cause n'a pas encore été entendue, ce qui décourage un peu certains des résidents qui s'opposent aux changements. Un «groupe d'entraide» a même été formé par les mécontents, ce qui ne fait pas l'affaire de la direction et des résidents qui ont accepté les nouvelles normes.

Marcel Savard, 77 ans, l'un des leaders du mouvement d'opposition, estime que les résidents, qui sont autonomes et disposent tous d'une cuisine dans leur logement, ne devraient pas être obligés d'acheter des repas. Il déplore aussi que la direction tente par tous les moyens de faire obstacle à la contestation. 

«Intimidation»

«Ça crée une situation de harcèlement, c'est presque de l'intimidation, déplore-t-il. Nous avons fait des tracts pour dénoncer la situation et on s'est fait dire par la direction qu'on n'avait pas le droit d'utiliser les casiers postaux pour ça. Un huissier a même été envoyé, nous menaçant de poursuites pour diffamation, mais il n'y a pas eu de suites.»

M. Savard ajoute que la direction demande maintenant la liste des invités avant de permettre au groupe d'entraide d'utiliser un local pour ses réunions et qu'elle avait mis à la porte deux ex-résidents qui étaient revenus sur place pour participer à une réunion du groupe.

Mme Castonguay ne nie pas cette situation, mais l'explique différemment. «Oui, nous avons expulsé des aires communes un couple qui avait quitté son logement en 2015 sous prétexte qu'il y avait des bactéries dans le Manoir. Nous avons fait faire une expertise et il n'y avait aucun problème. Ils nous ont amenés devant la Régie du logement. Nous avons demandé un avis légal et on n'a pas à accepter ces gens dans nos aires communes, mais ils peuvent visiter leurs amis dans leurs logements.»

Quant aux tracts du groupe d'opposants, ce serait à la suite de plaintes des autres résidents que la directrice générale aurait décidé d'interdire l'utilisation des cases postales. «Il faut comprendre qu'il y a 100 personnes qui sont d'accord avec ce qu'on fait et que ça les dérange de trouver toutes sortes de papiers dans leurs casiers.»

Des demandes à justifier devant la Régie du logement

Devant la Régie du logement, l'organisme sans but lucratif qui gère le Manoir Laure Gaudreault devra justifier ses demandes de doubler le nombre de repas payants qu'il impose à ses résidents de prendre dans sa salle à manger. C'est ce qu'a expliqué au Denis Miron, responsable des relations avec les médias de la Régie.

«Si un gestionnaire augmente de façon substantielle les coûts de certains services, c'est la même chose que pour une augmentation du loyer. Il devra s'expliquer sur les revenus et dépenses de l'immeuble et de ses services», poursuit-il.

D'ici l'audience, les baux des résidents qui ont contesté le changement ont été renouvelés aux conditions de l'année précédente. Si le juge accepte l'augmentation demandée par le propriétaire, celle-ci s'appliquera toutefois rétroactivement, et les résidents devront débourser la différence.

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