Éduc'alcool égratigne Québec

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Éduc'alcool estime que le laisser-faire de Québec en matière de vente d'alcool contribue à la hausse des épisodes de consommation excessive.

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(Québec) Tous les signaux envoyés par le gouvernement du Québec en matière de vente d'alcool et de prévention depuis une décennie vont à l'encontre de la promotion d'une consommation responsable, déplore Éduc'alcool.

Le directeur général de l'organisme, Hubert Sacy, a l'impression de ramer à contre-courant. «Est-ce qu'on a eu une bonne nouvelle du gouvernement du Québec depuis 10 ans? La réponse, c'est non. Il ne manifeste aucune préoccupation ni pour la prévention ni pour l'éducation. Et après, on dit : "Vous, Éduc'alcool, avec tout le travail que vous faites, comment ça se fait que les épisodes de consommation excessive augmentent?" Parfois, on voudrait un coup de pouce de l'autre côté.»

L'exemple le plus flagrant, et souvent dénoncé, est l'incapacité à faire respecter les lois existantes, notamment au chapitre des ventes croisées. «Vous achetez une caisse de bière au prix minimum, et je vous donne un rabais de 15 $ sur l'essence ou de 30 $ sur votre épicerie. La Régie des alcools [, des courses et des jeux (RACJ)] fixe le prix minimum, mais tout le monde contourne les prix. On fait indirectement ce qui est interdit directement. La RACJ se dit impuissante. Eh bien, que le législateur change les lois», plaide M. Sacy.

À cela il faut ajouter les promotions «illégales», mais toujours tolérées, dans les bars de la province, du genre «alcool gratuit pour les dames entre 17h et 19h» ou encore «shooters à 1 $ pour les étudiants».

Promesses brisées

En plus du laxisme législatif, il y a aussi les promesses non tenues. Le dg constate avec déception que des recommandations en matière d'alcool au volant, contenues dans le premier rapport de la Table en sécurité routière en 2006, ne sont toujours pas appliquées.

À l'époque, Éduc'alcool militait déjà pour offrir un cours obligatoire de quatre heures aux serveurs des établissements licenciés. «Partout dans le monde, les serveurs doivent suivre un cours pour savoir comment empêcher un client de boire trop ou de prendre son véhicule en état d'ébriété. Les études démontrent que ce cours réduit les épisodes de violence et la conduite avec les capacités affaiblies.» Dix ans plus tard, ce cours est toujoursoptionnel.

Le rapport recommandait aussi une plus grande présence policière sur les routes pour augmenter la perception du risque de se faire épingler en conduisant avec les capacités affaiblies. «Aujourd'hui, encore 75 % des gens pensent qu'il est improbable de se faire intercepter en état d'ébriété. De plus, deux tiers des Québécois disent ne pas avoir vu un barrage policier dans les 12 derniers mois», se désole le dg.

Sensibilisation

Enfin, la Société de l'assurance automobile devait sensibiliser à l'année les conducteurs au risque de la conduite en état d'ébriété. Ce qu'elle ne fait pas, selon lui. «On se retrouve dans une situation où c'est en décembre qu'il y a moins de conduites avec les capacités affaiblies parce que c'est pendant la période des Fêtes qu'il y a le plus de sensibilisation et des alternatives comme Nez rouge. À l'inverse, il n'y a pas de sensibilisation en juillet et août, où il y a le plus grand nombre de délits de fuite et de conduites avec les capacités affaiblies.»

En somme, M. Sacy demande au gouvernement de lui fournir quelques paires de bras législatives pour ramer dans le même sens que son organisme. «Ce que nous disons, c'est de nous laisser faire notre travail d'éducation. De son côté, il doit faire respecter les lois existantes et légiférer», conclut-il.

Le directeur général d'Éduc'alcool soutient que les lois québécoises... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Le directeur général d'Éduc'alcool soutient que les lois québécoises en matière de vente d'alcool et de prévention manquent de mordant.

Le Soleil, Yan Doublet

Le prix le plus bas ne fait pas loi

Le directeur général désapprouve le fait que «le volet social est complètement occulté» lorsqu'il est question de consommation d'alcool. Seul semble compter l'argument du prix le plus bas.

Il s'inquiète notamment de la remise en question du monopole de la Société des alcools du Québec (SAQ) sur les vins et les spiritueux pour offrir des meilleurs prix aux consommateurs. «On pousse, jusqu'à plus soif, que l'alcool est un produit comme un autre et doit être vendu le moins cher possible pour plaire au consommateur. L'État a d'affaire à réglementer un produit dont l'usage doit être encadré. Le mandat de la SAQ n'est pas de vendre l'alcool au prix le plus bas possible. Elle doit trouver un prix équilibré pour satisfaire les consommateurs sans qu'il soit trop bas pour protéger les jeunes et les personnes dépendantes, tout en remettant des profits à la collectivité», soutient M. Sacy.

De toute façon, la concurrence ne garantit pas une chute des prix, poursuit-il, en citant l'expérience albertaine. Certaines études démontrent que la privatisation a fait gonfler les prix de l'alcool. «La soif du profit est plus forte que la soif de la concurrence.»

Son discours va dans le sens de celui de l'Institut national de santé publique du Québec. Au printemps, l'organisme prévenait le gouvernement qu'il était important de mettre «des limites à l'accessibilité économique de l'alcool pour limiter ses conséquences sur la santé publique». Il se prononçait alors dans le cadre des consultations sur le projet de loi 88 sur la commercialisation des boissons alcooliques artisanales.

Éduc'alcool s'est aussi fait entendre. «Nous leur avons dit de profiter de l'occasion pour établir un prix minimum parce que n'importe quand les chaînes d'épicerie vont pouvoir faire ce qu'ils font avec la bière [ventes croisées].»

Cela fait dire à M. Sacy que la vigilance est toujours de mise, même après 25 ans de promotion d'une consommation responsable. «Que les ventes d'alcool augmentent, ce n'est pas un problème. Le problème, c'est la hausse des épisodes de consommation excessive. Un Québécois sur quatre dit avoir bu une fois par mois au-delà des limites recommandées. C'est contre ça qu'on se bat.»

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