La nouvelle vie des Al Oufan à Lévis

Toute la famille Al Oufan, originaire de Syrie,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Toute la famille Al Oufan, originaire de Syrie, est réunie depuis le 22 septembre. Les parents, Marwan et Al Ghayth Amal, en compagnie de leurs cinq enfants: Marian, 16 ans; l'aînée, Maram, 17 ans; Moussa, 14 ans; ainsi que Maryet, 9 ans; et le benjamin, Maxim, 8 ans.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Il y a trois ans, la famille Al Oufan menait «une vie merveilleuse» à Izra, en Syrie, près de la frontière jordanienne. Jusqu'à ce que le pays soit mis à feu et à sang par un conflit dont la communauté internationale ne voit plus la fin. Débarqué à Lévis en février, le clan Al Oufan savoure maintenant le bonheur de vivre en paix, d'autant plus que l'un des membres, Moussa, 14 ans, est arrivé au pays le mois dernier, après une longue séparation.

«Au Liban, où nous avons demeuré trois ans, la vie était trop difficile. Nous n'avions pas assez d'argent pour vivre, alors nous avons décidé d'envoyer Moussa travailler en Turquie, avec son oncle et son grand-père», raconte le père, Marwan, 42 ans, par l'intermédiaire d'une interprète, Hanen, à l'occasion d'une rencontre de groupe avec Le Soleil.

Autour de la table, dans une salle de la coopérative d'habitation de Lévis où la famille s'est installée, les enfants de Marwan et de sa femme Al Ghayth Amal, écoutent sagement le récit de leur périple jusqu'à Québec. Si les deux plus jeunes, Maxim, huit ans, et Maryet, neuf ans, se débrouillent assez bien en français, ce n'est pas le cas pour les trois autres, qui ne peuvent suivre une conversation.

Propriétaire d'une épicerie à Izra, après avoir été pompier, Marwan a vu son commerce détruit par les bombardements des forces islamistes. Le salut de la famille ne résidait que dans la fuite au Liban, d'où ils ont préparé leur exil au Québec. «J'avais un cousin à Sherbrooke qui nous a aidés à faire les démarches», explique-t-il, saluant du même souffle le travail d'accompagnement de Louis-Marie Asselin, président du comité d'accueil de réfugiés de la paroisse Saint-Joseph-de-Lévis.

Lorsque la famille est débarquée sur la Rive-Sud, le 19 février, elle laissait toutefois derrière elle Moussa, retenu en Turquie depuis un an. L'adolescent a réussi à gagner la Grèce à bord d'un navire dans lequel s'était entassée une cinquantaine de migrants, en pleine nuit. «Nous étions très serrés. Il y avait même un bébé de 15 jours, raconte-t-il. J'ai dû faire une partie du trajet à la nage. C'est la police côtière qui a sauvé tout le monde.»

De la Grèce, Moussa a ensuite entrepris un voyage de 10 jours, le plus souvent à pied, jusqu'à Stuttgart, en Allemagne, d'où il a entrepris les requêtes pour rejoindre sa famille au Canada. Il est finalement débarqué à Lévis le 22 septembre, après une séparation de 13 mois. «Il existe un programme spécial du gouvernement fédéral permettant aux enfants qui n'ont pas pu suivre leur famille de déposer une demande», explique M. Asselin.

Cours de français

Au fil des mois, la famille de confession chrétienne a appris à se débrouiller dans sa patrie d'adoption. En attendant de se trouver un boulot, le père suit des cours de français, à l'instar de sa femme et de ses trois plus vieux. «Petit à petit, on apprend», glisse-t-il dans sa langue natale. Moussa, de son côté, poursuivra sa scolarisation à compter de la semaine prochaine, à l'école secondaire Guillaume-Couture.

Aux journaux télévisés, la famille observe avec effroi et appréhension les nouvelles en provenance de la Syrie. Deux soeurs de M. Al Oufan se trouvent toujours là-bas. «Elles veulent partir aussi, mais ne trouvent pas de solution.» Deux grands-parents sont également coincés à Beyrouth et en Allemagne.

Le froid et la neige

De sa nouvelle vie, la famille syrienne dit apprécier à peu près tout, sauf la neige et le froid. C'est d'ailleurs en pleine tempête qu'elle a fait connaissance avec le Québec. «En Syrie, il arrive parfois d'avoir de la neige, mentionne Mme Al Oufan, mais jamais comme ici. Il fait froid, mais le coeur des gens est tellement chaleureux qu'on ne le sent pas.»

Les enfants Al Oufan sont tous heureux de fréquenter l'école, après en avoir été privés pendant trois ans. La culture québécoise reste cependant encore un mystère pour eux. Les deux adolescentes sont incapables de nommer un chanteur d'ici. «Justin Bieber?» risque l'une d'elles.

Le benjamin, Maxim, regarde le hockey à la télé, mais ne peut donner le nom d'un joueur du Canadien. «J'en connaissais un, mais j'ai oublié son nom...», glisse-t-il timidement, après un long moment d'hésitation.

Les cinq frères et soeurs caressent de grands rêves pour la suite des choses. L'aînée, Maram, 17 ans, songe à devenir designer d'intérieur; Marian, 16 ans, avocate afin de travailler «pour la paix»; Maryet, policière; les deux garçons, aviateurs. «Pour piloter des avions de guerre...» précise le petit Maxim.

En attendant de se trouver un boulot, Marwan... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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En attendant de se trouver un boulot, Marwan Al Oufan et sa femme, Al Ghayth Amal, suivent des cours de français, à l'instar de leurs trois plus vieux.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Permis de conduire : la huitième fois aura été la bonne

La huitième fois aura finalement été la bonne pour Marwan Al Oufan, dans ses multiples tentatives pour réussir l'examen théorique de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), en vue de l'obtention de son permis de conduire.

Depuis son arrivée au Québec, il y a huit mois, le père de famille avait échoué au test à sept reprises, en raison de son incapacité à comprendre le dialecte arabe utilisé. Au lendemain de l'entrevue au Soleil, il a finalement réussi l'examen «haut la main», explique Louis-Marie Asselin, accompagnateur de la famille. «Nous sommes très soulagés. Pourquoi cette fois-là? On s'explique mal ce qui a pu se passer. Peut-être le hasard, puisque ce ne sont jamais les mêmes questions.»

M. Asselin souligne que les examens de la SAAQ sont écrits en une langue arabe incompréhensible à des réfugiés d'origine syrienne. «Ce n'est pas le même alphabet.»

Autorisation temporaire de prendre le volant

L'ironie de la chose, c'est que M. Al Oufan a pu bénéficier dès son arrivée, pendant six mois, d'une autorisation pour prendre la route, en vertu d'une législation reconnaissant le permis de conduire de son pays d'origine. Après ce délai, il lui fallait obligatoirement passer l'examen théorique. 

Faute de véhicule, l'autonomie de la famille Al Oufan a été grandement hypothéquée. Elle devait compter sur des amis et des voisins pour vaquer à ses occupations quotidiennes, dont les cours de francisation.

Jusqu'à son examen pratique, qui se tiendra dans deux semaines, le père de famille pourra conduire un véhicule, mais seulement en présence d'une autre personne titulaire d'un permis en bonne et due forme.

À la SAAQ, le porte-parole Mario Vaillancourt indique que les examens théoriques de conduite se donnent en cinq langues, dont l'arabe international. «Si la personne échoue, elle peut se reprendre autant de fois qu'elle le désire.» Un délai de 28 jours est cependant demandé entre chaque reprise.

Les réfugiés en région peuvent se rendre à Montréal pour bénéficier des services d'un interprète capable de traduire l'examen théorique dans la langue de leur choix, précise-t-il. 

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