La montée du pouvoir gris

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Gérald Lépine, 69 ans, est directeur général de la section Québec et Chaudière-Appalaches de la Fédération de l'âge d'or du Québec depuis une vingtaine d'années.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Il y a quelques années, une firme de relations publiques avait pondu une campagne de publicité pour rajeunir l'image de la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ). Le personnage principal s'appelait Paul Hervieux (prononcez à voix haute). L'homme d'une cinquantaine d'années, à la retraite, passait son temps à voyager aux quatre coins du monde et à fréquenter les clubs de golf avant de rentrer dans son chic condo.

Gérald Lépine, directeur général de la section Québec et Chaudière-Appalaches, se souvient d'avoir été irrité par ce message publicitaire qu'il avait refusé d'approuver. «Les gens âgés qui vivent très à l'aise à leur retraite sont peut-être plus nombreux qu'avant, mais ils demeurent une infime minorité. Selon moi, ce n'est même pas 10 %.»

M. Lépine brosse un portrait beaucoup moins rose de la situation financière de ses 87 000 membres. Ainsi, deux personnes âgées sur trois ont pour unique source de subsistance la pension de vieillesse et le supplément de revenu garanti. Un montant qui équivaut pour un couple à 31 700 $ par année, sous le seuil de pauvreté.

«Les gens ne roulent pas sur l'or. Ce ne sont pas tous des Thierry Vandal qui touchent 450 000 $ par année jusqu'à la fin de leurs jours, dénonce M. Lépine, au sujet de l'ex-pdg démissionnaire d'Hydro-Québec. Même les fonctionnaires à la retraite ne retirent pas des sommes faramineuses, qui représentent de 60 à 70 % de leur revenu de travail.»

Plus en forme

Les aînés ne sont plus ce qu'ils étaient. Plus en forme, plus impliqués dans leur communauté, ils représentent un actif pour la communauté. D'où la volonté de la FADOQ de se débarrasser de son image «vieillotte». Les cartes, le bingo et les jeux de poche sont de plus en plus remplacés par le hockey, le tennis, la course à pied. Aux premiers jeux régionaux des aînés, en 1994, on comptait 300 participants. En mai dernier, ils étaient 2200 à se faire la lutte dans une douzaine de disciplines.

Plusieurs retraités, par désir de briser leur isolement ou d'arrondir leurs fins de mois, retournent aussi sur le marché du travail. Les entreprises sont de plus en plus intéressées par leurs services.

«Il y a des employeurs qui recherchent cette clientèle. Ils ont des horaires plus flexibles que les jeunes. Ils sont disciplinés et très professionnels. Ils rentrent à l'heure le matin», note M. Lépine. Par le bénévolat, les plus de 65 ans représentent également un apport économique important, de l'ordre de 2,3 milliards $ par année au Canada.

Gérald Lépine se souvient de son père, surintendant dans une firme de construction de routes, forcé de quitter son travail, la mort dans l'âme, à 65 ans, législation de l'époque oblige.

«Dans le temps, on ne prenait pas sa retraite, on tombait à la retraite. Il était amer et triste. C'est comme si on lui avait scié les deux jambes. Quand il a perdu son permis de conduire, ça a été le coup fatal. Je me suis toujours dit que je ne finirais pas comme ça...» glisse M. Lépine, 69 ans, heureux de constater que de plus en plus de personnes peuvent aujourd'hui travailler plus longtemps si elles le désirent.

Propos dénoncés

M. Lépine ne se gêne pas pour défendre les droits des aînés sur toutes les tribunes, particulièrement à Québec, «l'une des villes les plus vieillissantes au Canada». Lorsque Clotaire Rapaille, embauché en 2010 par le maire Labeaume pour refaire l'image de Québec et séduire les jeunes, a parlé de la capitale comme d'une «pension de retraite pour vieux qui mangent de la poutine», il est monté au front pour dénoncer ses propos. 

Idem lorsque les restaurateurs et tenanciers de bars de la Grande Allée ont exprimé leurs craintes de voir cette artère commerciale envahie par les marchettes, dans la foulée d'une rumeur de transformation de l'Hôtel Le Concorde en centre d'hébergement pour personnes âgées. «Une réaction épidermique qui n'avait aucune espèce de fondement.»

Foi de Gérald Lépine, la FADOQ n'a pas fini de se faire entendre. Le «pouvoir gris» est en montée. «Le mouvement est plus militant que lors de sa fondation, en 1969. Quand je suis entré en poste, en 1996, être vieux était vu comme une tare. Les gens âgés étaient responsables de tout. Ils étaient de mauvais conducteurs, de mauvais payeurs, ils étaient responsables de l'explosion des coûts de la santé.

«Ce n'est pas dans les gènes des personnes âgées de monter aux barricades, mais ils le font de plus en plus», poursuit le dirigeant, précisant que la FADOQ, avec ses 460 000 membres, est plus grosse que la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec). L'organisme a défendu avec succès auprès du gouvernement canadien l'inscription automatique au supplément de revenu garanti, à partir de 2018. Quelque 40 000 personnes âgées croyaient ne pas y avoir droit.

L'âgisme n'a pas sa raison d'être, croit M. Lépine, et la FADOQ est là pour le rappeler aux décideurs. «Il faut donner la parole aux personnes âgées, elles ont le droit de s'exprimer. C'est trop facile de dire que c'est juste des vieux. Seulement de présenter le vieillissement comme une catastrophe annoncée, c'est faire de l'âgisme. Moi, ça ne m'inquiète pas dans la mesure où l'on prend les moyens qu'il faut pour y faire face.»

Des mordus de tablettes

Les retraités sont de plus en plus branchés. «Les 65 ans et plus représentent la clientèle qui achète le plus d'ordinateurs et de tablettes», constate Gérald Lépine. Et, par la bande, le désir d'apprivoiser ces nouveaux joujoux n'a jamais été aussi fort. À preuve, l'engouement croissant pour les cours d'initiation aux nouvelles technologies lancés par la FADOQ il y a une quinzaine d'années. «Les gens en sont de plus en plus friands. Au début, nous avions une centaine de personnes. Aujourd'hui, ça tourne autour de 600 à 800 par année. Pas seulement des gens dans la cinquantaine, mais également beaucoup de personnes de 70 à 80 ans.» Une façon pour les aînés, précise M. Lépine, de «briser leur isolement» en gardant un contact avec leurs enfants et petits-enfants, grâce à l'application Skype notamment.

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