Délinquants sexuels: registre réclamé au nom de la «sécurité»

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Quelque 200 personnes ont pris part à la Marche blanche, samedi à Québec.

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(Québec) «On met l'emphase sur les chiens dangereux à quatre pattes. Et les chiens dangereux à deux pattes, on en fait quoi?»

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L'avocat Marc Bellemare a pris part à la marche.

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Lise Perron, et les quelque 200 personnes ayant pris part à la Marche blanche samedi, dénonce ainsi que la question d'un registre des pitbulls suscite l'ire des Québécois, mais que les demandes répétées de création d'un registre public des délinquants sexuels, elles, demeurent lettre morte.

«Ça fait tellement de dégâts, et ça concerne tout le monde», témoigne-t-elle. Tout particulièrement ceux et celles qui ont été victimes, directement ou indirectement, de crimes sexuels.

C'est le cas notamment de Sophie, de Moïra Lebrun, de Michel Surprenant, de Chantale et de Pierre Bolduc, dont le lourd vécu les a menés à parcourir samedi la distance séparant le Cégep de Sainte-Foy et l'Assemblée nationale.

Pour Sophie, 39 ans, et sa mère, il s'agissait de leur première participation à une manifestation. Victime de deux agresseurs sexuels entre l'âge de 6 et de 14 ans, Sophie y tenait. «Ma mère n'aurait jamais pensé que je lui demanderais de participer à ça un jour!» lance-t-elle au Soleil, alors que le troupeau blanc traverse la ville sous un soleil de plomb. C'est que Sophie ne sort jamais toute seule, et qu'elle dort habituellement le jour. «La nuit, c'est silencieux, il n'y a personne. C'est les flashbacks...»

Agressée par des proches

Ceux notamment d'un ancien voisin et ami de la famille, qui a abusé de Sophie pendant six ans. D'un enfer à l'autre, elle a ensuite été agressée pendant deux ans par le père d'enfants qu'elle gardait à l'époque, un homme à qui elle avait confié son passé. «Je suis chanceuse d'être droite», mentionne celle qui est aujourd'hui mère de trois enfants. «Je ne vis que pour eux. C'est ça qui me tient en vie.»

Encore aujourd'hui, Sophie habite tout près de chez l'un de ses agresseurs, et déplore que la loi permette une telle aberration. «Je n'ai pas l'argent pour déménager, moi!» Et puisque plusieurs citoyens de son quartier ne connaissent pas les antécédents de l'homme en question, le registre public des délinquants sexuels serait un pas dans la bonne direction.

Et le droit à la réhabilitation? «Ils sont où mes droits, moi?» répond celle qui croit que la pédophilie «ne se guérit pas», et dont les agresseurs ont purgé deux ans ainsi que 18 mois de prison pour leurs crimes.

Ce à quoi acquiesce l'avocat Marc Bellemare, qui a pris part à la marche. «Je ne trouve pas ça normal que dans le cas d'un crime commis hors de tout doute, on fasse comme s'il n'avait pas eu lieu au nom de la réhabilitation.»

«Une famille est en droit de savoir si, dans un quartier donné, il y a des gens qui ont commis des gestes de ce type-là au nom de la prévention, au nom de la sécurité», pense François Paradis, député caquiste de Lévis, lui aussi marcheur pour la cause. Il ajoute du même souffle qu'«un outil comme celui-là n'est pas un outil de retraçage pour se faire justice soi-même. C'est un outil d'information réclamé par des dizaines et des dizaines de milliers de citoyens».

Il existe actuellement au Canada un Registre national des délinquants sexuels, mais celui-ci n'est pas accessible au public. «Il s'agit d'une base de données de la GRC [Gendarmerie royale du Canada] qui fournit aux services policiers canadiens des renseignements importants qui facilitent leurs enquêtes sur les crimes de nature sexuelle», peut-on lire sur le site Web de la GRC.

«On finance le registre, il devrait nous être accessible!» réclame MBellemare.

Utilité

Même son de cloche de la part de Guy Morin, vice-président du collectif Tous contre un registre québécois des armes à feu, dont le passage à Tout le monde en parle le 3 avril a fait beaucoup jasé. «Moi, je me suis battu des mois contre le registre des armes à feu. J'ai toujours dit que le registre des armes à feu est complètement inutile au niveau du coût, au niveau de l'utilité. Sauf que le registre des pédophiles aurait beaucoup plus d'utilité, parce qu'on fait face à des gens qui ont été coupables, qui ont un dossier criminel. C'est des personnes qui sont à contrôler. Le gouvernement a décidé de mettre 100 millions $ juste pour essayer de savoir ce qu'un propriétaire honnête d'arme à feu, qui a acheté son arme légalement, a en inventaire, mais ils ont l'air de vouloir rien savoir de protéger les enfants par rapport à des gens qui ont fait des actes criminels.»

La Marche blanche était une initiative de Sophie Dupont, qui milite depuis plus de 10 ans pour la mise sur pied d'un registre public des délinquants sexuels. La page Facebook qu'elle a créée en 2010 (Registre public des délinquants sexuels au Québec), sur laquelle elle répertorie des délinquants sexuels à partir d'articles de journaux et de documents juridiques fournis par les victimes, compte aujourd'hui plus de 43 000 membres.

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La Marche blanche était une initiative de Sophie Dupont, qui milite depuis plus de 10 ans pour la mise sur pied d'un registre public des délinquants sexuels.

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Pas une solution miracle

Pour plusieurs citoyens rencontrés par Le Soleil lors de la Marche blanche, il serait illusoire de penser qu'un registre public des délinquants sexuels permettra d'éviter toute récidive.

«Je ne pense pas que le registre des pédophiles va faire une différence majeure, mais je pense que c'est un début intéressant», mentionne Jessie Mc Nicoll.

Didier, dont la femme a été abusée sexuellement plusieurs fois au cours de sa vie, n'y croit pour sa part tout simplement pas.

Rappelons que dans la plupart des infractions d'ordre sexuel, soit 80%, la victime connaît son agresseur, selon des données du ministère fédéral de la Justice.

Pour Roger Lessard, un directeur d'école à la retraite qui accompagne aujourd'hui des victimes de crimes sexuels, le réel progrès serait d'abolir le délai de prescription, qui peut empêcher une victime de poursuivre son agresseur après qu'un certain nombre d'années se sont écoulées depuis les faits. «Québec est un paradis pour les pédophiles», lance M. Lessard. «[Philippe] Couillard maintient le délai de prescription, et Stéphanie Vallée [ministre de la Justice] est une marionnette. Elle ne fait rien depuis deux ans! [...] On l'a rencontrée en novembre [à ce sujet], et depuis, on n'a eu aucune nouvelle», déplore-t-il.

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