Porsche mise sur les réfugiés

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Ammar Alkhouli (à gauche), un réfugié syrien de 19 ans, travaille en compagnie de son mentor sur une Porsche 911 Carrera S.

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Estelle Peard
Agence France-Presse
Stuttgart

En Syrie, il rêvait d'avoir une Porsche. Maintenant, Ammar Alkhouli peut caresser les entrailles des bolides, grâce à un programme d'intégration destiné aux réfugiés mis en place par le prestigieux constructeur allemand.

Le jeune homme originaire de Damas s'affaire dans l'atelier de mécanique du centre de formation de Porsche à Stuttgart, au sud de l'Allemagne. Féru de technique, Ammar, 19 ans, débutera en septembre un apprentissage de trois ans chez le fabricant de la mythique voiture de sport 911 et du 4x4 citadin Cayenne, pour devenir mécatronicien.

De tous les métiers découverts durant le programme d'intégration ces derniers mois, c'est celui qu'il a préféré. «On peut démonter et remonter le moteur», résume-t-il, les yeux brillants.

Après un afflux massif de réfugiés en Allemagne en 2015, Porsche a lancé en mars ce programme pour «montrer la culture d'accueil allemande et permettre aux gens de s'établir le plus vite et le mieux possible», relate Norbert Göggerle, directeur de la formation professionnelle technique.

Âgés de 16 à 38 ans, les 13 participants viennent d'Érythrée, d'Irak, d'Iran, d'Afghanistan, du Pakistan, de Syrie.

«Il faut que j'en profite»

Sélectionnés parmi une centaine de candidats, ils ont reçu pendant cinq mois des cours d'allemand, des enseignements sur la culture du pays - histoire, formalités bureaucratiques, fonctionnement d'une entreprise - et des enseignements techniques variés. Ainsi qu'une petite rémunération de 250 euros par mois et par personne.

La plupart n'ayant qu'un allemand rudimentaire, le programme s'est surtout concentré là-dessus.

À son arrivée dans le pays deux ans plus tôt, Ammar ne parlait pas un mot de la langue de Goethe mais c'est désormais dans un allemand fluide et assuré, teinté d'un léger accent, qu'il se raconte.

«J'ai fui vers l'Allemagne car la situation en Syrie est très mauvaise et on ne peut pas bien vivre là-bas», explique-t-il posément. «Mes amis allemands m'ont dit que j'avais de la chance d'être chez Porsche et qu'il fallait que j'en profite», ajoute Ammar, qui espère bien faire carrière ici.

Particulièrement intéressée par le travail du cuir pour... (AFP, Thomas Kienzle) - image 2.0

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Particulièrement intéressée par le travail du cuir pour l'aménagement intérieur des voitures,  Zaryab Imran, 18 ans, va suivre une formation supplémentaire d'un an chez le constructeur, avant d'y devenir apprentie.

AFP, Thomas Kienzle

Contrairement à Ammar, Zaryab Imran, 18 ans, n'avait jamais entendu parler de Porsche auparavant. Elle est arrivée en Allemagne avec sa famille en avril 2015. «Je n'étais pas en sécurité au Pakistan», raconte-t-elle dans un allemand hésitant.

Particulièrement intéressée par le travail du cuir pour l'aménagement intérieur des voitures, elle va suivre une formation supplémentaire d'un an chez le constructeur, avant d'y devenir apprentie.

Filiale du géant automobile Volkswagen et fleuron de l'industrie allemande, Porsche est un employeur recherché qui a pour habitude de verser de généreuses primes à ses salariés (plus de 8000 euros (11 570 $CAN) par personne cette année).

Forte motivation

«La motivation des réfugiés était extrêmement forte», s'étonne encore M. Göggerle. «On leur a expliqué que l'idée n'était pas de leur offrir un emploi chez Porsche, qu'il s'agissait de les aider à mettre le pied à l'étrier en Allemagne, mais ils se sont dit "si je me donne à fond, cela marchera peut-être", et on l'a remarqué. Les gens étaient toujours ponctuels, très fiables», explique-t-il.

Résultat, la grande majorité des 13 participants va effectivement rester chez Porsche, pour une formation pluridisciplinaire, un apprentissage ou bien directement un poste en CDI à la production.

La démarche de Porsche répond en partie au besoin croissant de main-d'oeuvre qualifiée dans certains secteurs en Allemagne, comme la sous-traitance automobile, sur fond de vieillissement démographique.

Les milieux économiques fondent beaucoup d'espoir sur les réfugiés pour, à terme, adoucir la pénurie de main-d'oeuvre. Mais cela ne se fera qu'au prix d'un effort considérable de formation.

De nombreuses entreprises, grandes ou moyennes, ont mis en place des initiatives pour faciliter l'accès des réfugiés au marché du travail. Beaucoup butent toutefois sur la lourdeur des procédures administratives, l'obstacle de la langue ou des qualifications insuffisantes.

Sur l'année scolaire 2014-2015, seules 3% des entreprises qui forment des apprentis comptaient des réfugiés parmi eux.

«Beaucoup de petites entreprises n'ont pas les moyens de former des réfugiés», souligne M. Göggerle.

Porsche, qui ne dévoile pas combien son programme d'intégration lui coûte, en lancera une deuxième édition en décembre, pour une durée de 10 mois et avec 15 participants.

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