Humoriste américain et musulman, il abat les préjugés par le rire

Dean Obeidallah, ancien avocat de 46 ans reconverti... (AFP, Thomas Urbain)

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Dean Obeidallah, ancien avocat de 46 ans reconverti en humoriste, dit attendre avec anxiété le verdict du scrutin présidentiel du 8 novembre aux États-Unis, par crainte de voir le candidat Donald Trump stigmatiser encore plus la communauté musulmane.

AFP, Thomas Urbain

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
New York

L'humoriste américain musulman Dean Obeidallah combat depuis quinze ans les préjugés sur l'islam avec pour seule arme le rire, une mission que la campagne électorale américaine rend plus urgente que jamais.

La vie de Dean Obeidallah, comme celle de nombreux musulmans, a changé un matin de 2001.

«Avant le 11 septembre, je me définissais comme Blanc», dit-il à l'AFP. Après les attentats, «j'ai rejoint la minorité».

De père palestinien et de mère italienne, cet ancien avocat fait le choix de mettre en avant sa condition de musulman, lui dont le physique passe-partout échappe à bien des regards. «Personne ne devine que je suis arabe ou musulman. Cela ne m'est jamais arrivé», dit ce natif du New Jersey, au débit souvent très soutenu.

Mais «quand vous êtes stigmatisé, ça fait ressortir le truc en vous», justifie celui qui dit prier quasiment tous les jours. «Soit vous vous cachez, soit vous allez au-devant des projecteurs et vous vous battez pour votre communauté.» 

Sortir de l'ombre

Spectacles de stand-up, son élément, mais aussi le documentaire The Muslims Are Coming!, qu'il a coréalisé en 2013, et désormais l'émission de radio sur le réseau numérique SiriusXM, The Dean Obeidallah Show, l'humoriste use depuis de toutes les plateformes possibles pour faire passer son message. L'émergence du groupe État islamique depuis 2013 a rendu plus nécessaire encore le travail de Dean Obeidallah contre les stéréotypes dont souffrent les musulmans aux États-Unis, une petite communauté largement méconnue.

«Si vous ne savez pas qui nous sommes et que tout ce que vous voyez [dans les médias], c'est l'EI et Al-Qaida, évidemment, vous n'allez pas penser que nous sommes drôles. Vous pensez que nous sommes flippants, que nous allons venir vous tuer», dit-il.

Sur ce tapis de braises, le candidat républicain Donald Trump n'a eu qu'à verser un peu d'essence pour déclencher un incendie.

En décembre, l'homme d'affaires a proposé d'interdire à tous les musulmans l'entrée sur le territoire américain, «le temps que les dirigeants de notre pays comprennent ce qui se passe».

«Je pense que l'islam nous hait», a affirmé Donald Trump dans un entretien à la chaîne CNN en mars.

Messages haineux

«Aujourd'hui, les musulmans américains se sentent seuls, assiégés. Nous avons l'impression que personne ne se préoccupe de notre communauté», regrette Dean Obeidallah. 

Pour se convaincre de ce que subit actuellement la communauté musulmane des États-Unis, il suffit de lire quelques-uns des messages qu'il reçoit quotidiennement par le biais des réseaux sociaux.

«Au fond, tu sais que Trump va gagner et que tu vas devoir te cacher de honte. Petite pute de rien du tout, ça va arriver. Va te faire sauter quelque part», dit l'un d'entre eux, lu à l'antenne par l'animateur de 46 ans. En 2012, Dean Obeidallah s'est rendu dans plusieurs États considérés comme conservateurs pour tourner son documentaire, y compris dans le sud.

À l'époque, il avait eu droit à quelques «Rentre dans ton pays!» hurlés depuis la fenêtre d'une voiture, mais jamais à des menaces, verbales ou physiques.

«Je me dis qu'aujourd'hui, ce serait peut-être plus inquiétant.»

Pas intimidé, Dean Obeidallah met les bouchées doubles. Dans son émission de radio quotidienne, le seul programme national animé par un musulman, mais aussi sur les plateaux de télévision, il ouvre les regards, bouscule les consciences, inlassablement.

«Je ne pense pas me battre pour les musulmans. Je me bats pour les valeurs américaines, pour l'idée que nous soyons tous traités de la même manière», martèle le créateur de la Muslim Funny Fest, festival d'humoristes musulmans à New York.

«Je refuse de laisser des gens comme Donald Trump changer ce qui définit ce pays.» 

Comme beaucoup, Dean Obeidallah attend avec anxiété le verdict du scrutin présidentiel du 8 novembre. 

Aux démocrates, dont il est proche, il lance un message : «Allez voter! Je ne veux pas finir dans un camp d'internement.»

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