Les ossements des naufragés du «Carrick's» retrouvés?

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L'archéologue de Parcs Canada Martin Perron a creusé des tranchées exploratoires près du monument aux naufragés du Carrick's. Les ossements ont été découverts dans ce secteur, mais un peu plus loin du monument.

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Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Cap-des-Rosiers) Huit corps alignés les pieds vers la mer ont été exhumés ces derniers jours sur la plage de Cap-des-Rosiers en Gaspésie. A-t-on découvert la fosse commune des naufragés du Carrick's? Les ossements anciens feront l'objet d'analyses plus poussées, mais tout indique qu'il s'agit des malheureux Irlandais enterrés dans l'urgence au printemps 1847.

Les 167 passagers du Carrick's fuyaient la famine. Partis de Sligo, en Irlande, ils ont affronté une tempête qui les a jetés sur des récifs au large de Cap-des-Rosiers presque au bout de leur voyage. Seulement 48 personnes ont survécu; la mer a rejeté 87 corps, qui ont été enterrés plus haut sur la plage. Un monument érigé en 1900 marque l'endroit approximatif de la fosse commune, aujourd'hui située dans le parc Forillon.

 Plus d'un siècle et demi après le naufrage, l'archéologue de Parcs Canada Martin Perron était à Cap-des-Rosiers pour surveiller le retrait d'un enrochement et le déplacement du monument dans le cadre de travaux pour contrer l'érosion. Il devait s'assurer qu'aucun vestige n'était perturbé. 

Le mercredi 27 juillet, en creusant une tranchée exploratoire, M. Perron découvre un premier os humain. La semaine de fouilles qui suit en révélera beaucoup plus. Lui et un collègue appelé en renfort ont dégagé les squelettes de quatre adultes et de trois enfants ou personnes de petite taille. «Ils sont en connexion anatomique [les os placés en lien les uns avec les autres] donc c'est une sépulture primaire. Ils se sont décomposés sur place, n'ont pas été déplacés», dit M. Perron.

 Les archéologues ont aussi dégagé les fragments d'un huitième squelette, qui semble être celui d'un adulte. Mardi, «on est arrivés à une limite, dit M. Perron. Les corps s'arrêtent là où une tranchée moderne a été réalisée, probablement en lien avec la construction de la route du Banc».

Les squelettes sont placés de façon perpendiculaire à la mer, les pieds vers les flots. «Ils sont côte à côte, des membres s'enchevêtrent, avec le bras d'un sur une tête ou sur le dos d'un autre...», décrit M. Perron. Ils reposent entre 85 centimètres et 1 mètre de profondeur.

 Les archéologues s'affairent à photographier les ossements et à dresser des relevés de la position des corps. D'ici la fin de semaine, ils seront exhumés et expédiés au Centre de conservation et de collection de Parcs Canada, à Ottawa. Des archéologues spécialistes des os les analyseront pour déterminer l'âge et le sexe des individus ainsi que la date approximative de l'enterrement.

«Ensuite, on poursuivra les travaux au nord et au sud [de la découverte] pour trouver d'autres corps», indique M. Perron.

Partie émouvante du travail

 L'archéologue a déjà fouillé des sépultures ailleurs au Québec et en Syrie. Mais l'émotion demeure, dit-il. «C'est une partie très émouvante de mon travail et un peu solennelle. On aborde ces corps avec respect.» 

Ce respect est mêlé de satisfaction. La côte a reculé d'au moins 20 à 25 mètres depuis l'époque du naufrage. Les corps auraient pu être lavés et dissous par la mer depuis longtemps. Les retrouver est donc «une excellente surprise, dit M. Perron. C'est une découverte inédite, qui m'a rempli de joie au moment où je l'ai faite».

Quelle est la probabilité qu'il s'agisse des naufragés du Carrick's? «Je pense que les chances sont presque de 100 %, mais je préfère qu'on complète les analyses de terrain et de laboratoire avant de l'affirmer. On veut jouer de prudence et de respect pour donner une expertise optimale.»

M. Perron a trouvé d'autres ossements humains anciens la semaine dernière, mais dans un tout autre contexte. «Ils étaient dans un sac de plastique, lavés, triés et enfouis près du monument. On a parlé à d'anciens employés de Parcs Canada. Il semblerait qu'ils ont été trouvés dans les années 1980 et réinhumés avec respect. Mais il n'y a rien de consigné par écrit.»

En 2011, l'érosion avait aussi mis au jour des ossements humains à 20 mètres de la découverte de la semaine dernière. Les analyses ont montré qu'ils appartiennent à trois enfants d'origine européenne ayant souffert de malnutrition.

Georges Kavanagh, un descendant de rescapés du Carrick's,... (Collaboration spéciale Geneviève Gélinas) - image 2.0

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Georges Kavanagh, un descendant de rescapés du Carrick's, croit qu'après avoir été analysés, les ossements devront être ré-inhumés près du monument à la mémoire du naufrage.

Collaboration spéciale Geneviève Gélinas

Espoir et émotions pour un descendant

GASPÉ - «Ça vient nous brasser un peu, mais en même temps, c'est l'espoir de découvrir un peu plus du mystère et d'assurer un lieu sécuritaire pour ces corps-là.» Dans la famille de Georges Kavanagh, un descendant de rescapés, on ne parle que des ossements depuis leur découverte. 

«Est-ce que la fosse va parler? Va-t-elle livrer tous les secrets qu'elle peut livrer?» demande ce résident de Gaspé, qui souhaite que la découverte permette de «replacer des morceaux du puzzle». On sait très peu de choses du naufrage, pas même sa date exacte, rappelle-t-il.

 Georges Kavanagh descend de Patrick Kavanagh et Sarah McDonald, des passagers du Carrick's. Leurs cinq filles ont péri; un fils a survécu. Les Kavanagh sont les seuls rescapés à avoir pris souche à Cap-des-Rosiers, où ils ont fondé une nouvelle famille. Georges descend d'un des fils nés au Québec de Patrick et Sarah. 

«Quand j'étais petit et qu'on passait près du monument aux Irlandais, mon grand-père nous parlait d'une fosse commune», rapporte M. Kavanagh. Ce grand-père, c'est Arthur Kavanagh, né en 1872, un commerçant et notable de Cap-des-Rosiers qui a connu l'aïeule Sarah. 

 M. Kavanagh prêtait foi aux dires de son grand-père, mais s'est longtemps heurté aux doutes des autorités. «Parcs Canada a souvent parlé de la fosse commune comme d'une croyance populaire. On m'a même déjà dit : il y a déjà eu des recherches, et on n'a rien trouvé.»

 «Avec la découverte des derniers jours, je pense qu'on est dans cette fosse, dit M. Kavanagh. On a une confirmation qu'on est à la bonne place. La fosse a peut-être une ampleur qui n'a rien de commun avec tout ce qui a été trouvé au Canada. Et apparemment, la position de ce qu'il reste laisse voir des choses émouvantes.»

Le monument aux naufragés vient d'être déplacé à 400 mètres de son emplacement d'origine, plus loin de la mer et à l'abri de l'érosion. M. Kavanagh croit que les corps devront être inhumés sur ce nouveau site après avoir été analysés. 

«La fosse devrait être avec le monument», dit-il, et non dans le cimetière de Cap-des-Rosiers, une position qu'il a déjà défendue. «Mon opinion personnelle, c'est que ce n'étaient pas des citoyens de Cap-des-Rosiers. Ce n'était pas leur objectif, ils y sont arrivés par pur accident, en catastrophe et y ont vécu leurs derniers moments.»

Georges Kavanagh s'intéresse depuis longtemps à l'histoire de ses ancêtres. L'an dernier, il s'est rendu en Irlande avec son épouse, son fils, sa fille et l'une de ses petites-filles. «On a pu mettre les pieds sur la terre qui a appartenu à Patrick Kavanagh avant son autodéportation», dit-il. Des comités de commémoration de la Grande Famine et de l'exode a reçu la famille à Sligo, d'où sont partis les Kavanagh.

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