La folie des jeux d'eau

Moins coûteux et demandant moins d'entretien et de... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Moins coûteux et demandant moins d'entretien et de surveillance qu'une piscine ou une pataugeoire, les jeux d'eau ont la cote auprès de municipalités. Même si la demande est en hausse pour ces jeux, la Ville de Québec ne veut pas laisser tomber pour autant les piscines extérieures.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Les jeux d'eau publics ont tellement proliféré qu'on en trouve aujourd'hui dans presque chaque quartier. Moins coûteux et demandant moins d'entretien et de surveillance qu'une piscine ou une pataugeoire, ils ont la faveur de la majorité des villes... et de plusieurs citoyens.

«C'est une tendance très lourde dans les municipalités. Ça remplace souvent les pataugeoires, qui nécessitent des sauveteurs autant que les piscines», explique Luc Toupin, directeur général de l'Alliance québécoise du loisir public. 

Que ce soient des fontaines au design recherché ou des structures colorées pour les enfants, les jeux d'eau attirent. «Oui, ça coûte un peu moins cher qu'une piscine, mais le grand avantage, c'est les heures d'ouverture. Tu peux ouvrir tes jeux d'eau en mai et les fermer au mois d'octobre si tu veux», exprime M. Toupin. 

Et comme les journées de grande chaleur peuvent se pointer à n'importe quel moment au cours de cette période, les citoyens n'ont qu'à appuyer sur un bouton pour se rafraîchir. «Il y a une question de proximité aussi quand ils sont installés dans les parcs de quartier. Les parents peuvent aller là avec les enfants, qui n'ont pas besoin de savoir nager. Pour eux, le jeu d'eau fait la job», ajoute M. Toupin. Les cyclistes de passage, par exemple, n'ont pas à enfiler un maillot de bain pour s'asperger le visage et les bras.

Faire un choix 

Les municipalités qui ont des piscines vieillissantes sont souvent confrontées à un choix : les rénover ou les fermer. «C'est sûr que des piscines plus petites qui ne sont pas chauffées pourraient être remplacées par des jeux d'eau dans le futur. La tendance dans les villes, c'est d'aller vers des piscines extérieures qui sont plus grandes, modernes, plus centrales et chauffées», soutient M. Toupin.  

À Lévis, alors que la population est en forte augmentation, la Ville n'a pas dans ses cartons de projet de construction de piscine extérieure. «La demande pour les jeux d'eau est très forte, et on croit qu'on répond déjà à la demande du côté des piscines extérieures», indique Étienne Morissette, agent de communications pour la Ville de Lévis. De telles structures viennent d'être installées au parc de l'Anse--Tibbits, et la Ville en fera construire dans deux autres parcs cet été. Lévis vient également d'inaugurer de grandes fontaines sur le quai Paquet, qui en plus de remplir une fonction esthétique, ont été prises d'assaut par les familles et les enfants des camps de jour. 

À Québec, il n'est pas question de remplacer les piscines par des jeux d'eau. Les deux types d'installation sont plutôt complémentaires. «Chaque année, on met de l'argent pour entretenir nos piscines extérieures existantes. On a aussi beaucoup de jeux d'eau, qui complètent nos parcs de quartier ou nos piscines», explique David O'Brien, porte-parole de la Ville de Québec. 

Par exemple, la Ville installera prochainement des jeux d'eau au domaine de Maizerets, alors qu'une piscine s'y trouve déjà, et amorce la construction d'une piscine extérieure pouvant accueillir 300 baigneurs près du Centre communautaire Lebourgneuf. 

Nouveau créneau

Les constructeurs de modules de jeu pour enfants se sont rapidement tournés vers les jeux d'eau. «C'est la folie! Tous les quartiers et tous les villages en veulent», commente Nicolas Mercier, directeur régional des ventes chez Jambette. «Les gens ont beaucoup de difficulté à trouver des sauveteurs, alors ils préfèrent ça», ajoute celui qui connaît son plus gros été d'installation depuis 2011, année où l'entreprise de Lévis a commencé à vendre des jeux d'eau. 

Richard Tessier, président de Tessier Récréo-Parc de Nicolet, explique qu'un jeu d'eau peut coûter entre 100 000 $ et 300 000 $ à une municipalité. Tandis qu'une piscine extérieure coûte au bas mot 500 000 $. «Ça a créé un nouveau créneau pour nous, et je ne pense pas que c'est une mode passagère», explique-t-il. 

Luc Pellerin, propriétaire de Simexco, raconte avoir été le premier à installer un jeu d'eau à Montréal lors d'un projet pilote en 1998. «Depuis, il y a une croissance là-dedans d'année en année», explique-t-il. Les jeux peuvent soit utiliser de l'eau de l'aqueduc (qui est rejetée dans les égouts par la suite) ou être installés avec un système de recirculation, qui nécessite dans ce cas une surveillance de la qualité de l'eau, comme dans une piscine. M. Pellerin soutient que la plupart des acheteurs se tournent vers l'eau déjà traitée de l'aqueduc, parce que le processus est plus simple. 

Piscines ou jeux d'eau?

À Québec

  • 42 piscines extérieures
  • 52 jeux d'eau
À Lévis

  • 11 piscines extérieures
  • 7 jeux d'eau
Source: sites Web des villes de Québec et de Lévis

Attention de ne pas remplacer les piscines

La Société de sauvetage commence à s'inquiéter de l'engouement pour les jeux d'eau. «Que ça permette aux gens de se rafraîchir, c'est parfait. Mais est-ce que ça doit se faire au détriment des pataugeoires et des piscines? Je ne crois pas», commente son directeur général Raynald Hawkins. 

Selon lui, il y a un lien direct entre l'accès qu'une population a à des piscines et le nombre de noyades. «En tant que municipalité, si j'enlève des heures de baignade à ma population dans des bassins publics, je peux avoir une incidence sur les noyades», prévient-il. M. Hawkins rappelle que plus un enfant a l'occasion d'apprendre à nager dans des piscines surveillées et sécuritaires, mieux il sera outillé lorsque viendra le temps de se baigner à la plage ou dans la piscine du voisin. 

Pour l'heure, la Société de sauvetage ne craint pas la disparition massive des piscines publiques. Mais comme plusieurs installations municipales et scolaires sont vieillissantes au Québec, elle voit poindre quelques exemples préoccupants. L'an dernier, la Ville de Saguenay a fermé la piscine du pavillon Murdock et l'a remplacée par des jeux d'eau. La grogne des citoyens n'a pas réussi à faire fléchir l'administration municipale. 

Pas tous de bons nageurs

M. Hawkins soutient qu'il est faux de croire qu'aujourd'hui, tous les enfants suivent des cours de natation ou sont assez habiles dans l'eau. Dans le cadre du programme Nager pour survivre, donné dans les écoles à des enfants de 3e année, environ 20 % d'entre eux démontrent qu'ils sont capables, en eau profonde, de maintenir leur tête hors de l'eau pendant une minute et de se déplacer ensuite jusqu'au bord de la piscine. «Quand on leur demande au début des ateliers s'ils savent nager, ils lèvent tous la main. Mais on se rend vite compte que ce n'est pas le cas», commente-t-il. 

Selon M. Hawkins, les municipalités ont de la difficulté à recruter des sauveteurs pour leurs piscines non pas parce qu'ils ne sont pas assez nombreux, mais parce que les conditions d'emploi ne sont pas assez alléchantes. «Les jeunes sauveteurs ne sont souvent pas payés plus cher que les moniteurs de camps de jour, alors qu'ils se sont payé une formation de 1000 $ et que leurs heures sont souvent coupées. Et s'ils appliquent aux travaux publics pour couper du gazon, eh bien, ils vont souvent gagner beaucoup plus durant l'été», se désole-t-il.

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