Donner un sens à l'inexplicable: la mort de leur fils sur la route

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Nathalie Hamel et François Lessard ont perdu leur plus jeune fils, l'été dernier, lors d'un accident de la route. Nicolas, 18 ans, s'est endormi au volant alors qu'il conduisait sur la Transcanadienne, en Ontario.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «On vit dans une société où tout doit aller vite, où tout est tout le temps pressé. Mais il n'y a aucun échéancier qui mérite qu'on risque notre vie.»

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C'est près de Marathon, à l'est de Thunder Bay, que le violent accident qui a coûté la vie à Nicolas Lessard et Pierre-Alexandre Nadeau est survenu. Les deux victimes voyageaient avec deux amis en direction de l'Ouest canadien.

Photothèque Le Soleil

Nathalie Hamel et François Lessard ont perdu brutalement leur plus jeune fils, l'été dernier, arraché à eux par un accident de la route. Nicolas, 18 ans, s'est endormi au volant alors qu'il conduisait sur la Transcanadienne, en Ontario. 

La voiture dans laquelle il prenait place est allée frapper de plein fouet un véhicule arrivant en sens inverse. Il est mort sur le coup, mettant abruptement fin à un voyage de rêve en Colombie-Britannique, planifié depuis longtemps avec deux bons amis, qui ont survécu.

Ce fut évidemment le choc dans la famille Hamel-Lessard. À peine 24 heures après avoir vu leur protégé partir pour l'été, ils ont reçu l'appel du père d'un survivant leur apprenant que le trio avait eu un grave accident à l'aube, près de la petite municipalité de Marathon, aux abords du lac Supérieur. 

M. Lessard a aussitôt appelé à l'hôpital de Thunder Bay, mais aucune chambre n'était attribuée au nom de Nicolas Lessard. Seuls les survivants avaient été transportés jusqu'au centre hospitalier, qui se trouvait à trois heures de route. Outre Nicolas, Pierre-Alexandre Nadeau, 19 ans, qui était monté à bord comme quatrième passager, est aussi décédé dans le drame. 

La Police provinciale de l'Ontario a conclu qu'aucun élément criminel n'avait contribué à la collision. Pas d'alcool, pas de vitesse. La cause la plus probable? La fatigue au volant.

«Ça a été la surprise parce que Nicolas, c'était un petit gars hyper prudent. Il était tout le temps concentré sur la prudence, sur la sécurité, et particulièrement en auto», confie son père, rencontré par Le Soleil mercredi. «Cette histoire-là ne tient pas debout. Tout était tellement bien organisé. Des jeunes brillants, pas tête folle...» ajoute sa mère, les yeux dans l'eau.

Ces derniers cherchent toujours les raisons qui ont pu pousser leur fils et son ami, les deux conducteurs du groupe, à rouler pendant 17 des 22 heures de leur périple inachevé. «Pourquoi? On n'a pas trouvé de réponse à ça. [...] On a fait plein de voyages longue distance avec Nicolas. On arrêtait aux deux heures. On disait que c'était important de se reposer... [Je pense que] c'est vraiment le goût d'arriver à destination, l'adrénaline», avancent-ils. 

Cherchant à donner un sens à l'inexplicable, le couple a lui-même approché la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), un mois seulement après l'accident, afin de sensibiliser la population aux dangers de la fatigue au volant. «On se dit que, si au moins ça peut sauver une vie... On ne le saura jamais, mais c'est mieux que de ne rien faire.»

Ils apparaîtront donc dans la prochaine campagne de la SAAQ, déclinée sous forme de capsules à compter de lundi, sur le Web. «Quand on roule vite, on a conscience que c'est dangereux. Conduire fatigué, je pense que c'est beaucoup plus sournois. Nicolas, pour sauver quelques heures, il a perdu sa vie. Il avait 18 ans, il était à l'aube d'une très belle vie. Il avait des rêves. Tout ça s'est évanoui instantanément juste parce qu'il avait décidé de se rendre le plus rapidement possible dans l'ouest du pays. Ça en vaut pas la peine», y affirme notamment son père.

Survivant

Dans une autre vidéo que Le Soleil a pu visionner, la SAAQ s'entretient avec Gabriel, qui a survécu à la collision. Il était le second chauffeur et c'est avec sa voiture que les trois acolytes se dirigeaient vers les Rocheuses, 4000 kilomètres plus loin. «On était partis et on voulait déjà être arrivés. [...] J'ai dit que j'allais faire le plus que je peux et après, je passerais le volant. J'ai mis de la musique que j'écoute pas d'habitude, du dubstep, pour essayer de me réveiller, raconte-t-il. Mais tu cognes des clous pareil. De la fatigue, c'est de la fatigue, elle va revenir.»

Somnolant depuis un bon moment, il a passé le volant à Nicolas Lessard dans la nuit. Il était alors 2h30. Gabriel s'est assoupi pendant que son ami conduisait. À son réveil, à 5h30, «il n'y avait plus personne à côté de moi», décrit-il. «La porte était arrachée et il y avait de la fumée.» Le pire était arrivé.

Avec le recul, Gabriel ne prendrait pas les mêmes décisions, poursuit-il dans la capsule. «Tu pousses tes limites tout le temps, surtout à notre âge [...] Tu ne penses pas à ça, tu te crois un peu invincible. Prenez le temps de vous arrêter. Ça ne vaut pas la peine de continuer et de pousser ses limites. Pourquoi dans le fond, pour risquer de mourir? Il n'y a pas 50 solutions, dormez.»

Pèlerinage nécessaire

Toute la famille de Nicolas Lessard s'est rendue à l'endroit même où il a perdu la vie, le 16 juin dernier, jour du premier anniversaire de son décès. Ils ont parcouru les 1600 kilomètres les menant à ce tronçon bien droit et boisé de la Transcanadienne. «C'était important qu'on le fasse, en respect pour lui», soutient son père, François Lessard. 

Le couple, leur autre fils et les grands-parents ont fait le voyage. Arrivés à destination, ils ont planté une croix au nom de Nicolas. Une croix qui prend la forme d'un appel à la vigilance pour tous les automobilistes, selon M. Lessard. «Quand on voit une croix sur le bord de la route, ça fait réfléchir tout le monde. Ça a un impact sur notre conduite automobile. Quelqu'un est mort ici.» 

Le besoin de faire le pèlerinage avait été ressenti par tous les membres de la famille, pour différentes raisons. «C'était aussi le chemin, voir ce qu'il a vu pour la dernière fois, voir ce qui l'a accompagné», explique Nathalie Hamel, levant les yeux vers le ciel. «C'est comme rassurant. C'est comme si on était plus près de lui.» Le groupe a fait l'aller-retour en trois jours.

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