Cinq réflexions après l'attentat de Nice

Le camion qui a servi à l'attaque a... (AFP, Boris Horvat)

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Le camion qui a servi à l'attaque a été remorqué vendredi.

AFP, Boris Horvat

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(Québec) Mesures de sécurité, traitement médiatique, symboles attaqués, modus operandi et propagande terroriste; Le Soleil s'est entretenu vendredi avec Aurélie Campana, professeure à l'Université Laval et experte des questions liées au terrorisme, au lendemain de l'attentat qui a secoué la ville de Nice, en France.

  • Sur la cible

«C'était prévisible. [...] Ça devait arriver et ça devait arriver dans une ville de province. Paris était tellement surveillée qu'ils [les terroristes et les groupes terroristes] allaient se tourner vers les villes de province, historiquement moins touchées par les attentats de masse», affirme Mme Campana au lendemain de l'attaque qui a fait au moins 84 morts à Nice. «Le lieu n'a pas été choisi au hasard. La Promenade des Anglais, c'est une autoroute. Il n'y avait pas d'obstacle pour arrêter le camion. Il a roulé sur deux kilomètres, quand même.»

  • Sur le moment choisi

L'attentat est survenu le 14 juillet, en pleine fête nationale de la France. Selon Aurélie Campana, les assaillants continuent de s'attaquer à certains symboles. Que ce soit en France ou ailleurs, elle remarque une tendance. Elle cite en exemple l'attentat de Bagdad, qui a fait près de 300 morts le 3 juillet. «Ce sont exactement le même type de victimes : les femmes, les enfants, les jeunes. [En Irak], il régnait aussi une ambiance festive. C'était à la fin du ramadan. C'est le même symbole qu'on vise. À Nice, il y avait un symbole supplémentaire parce que c'était le 14 juillet.»

  • Sur les médias et les médias sociaux

À l'instar de nombreux Français, Mme Campana déplore le traitement médiatique et la diffusion d'images choquantes dans les heures suivant l'attaque sanglante. «Au fur et à mesure que le temps avançait, j'avais l'impression qu'on embarquait dans une hystérie collective. Des vidéos amateurs circulaient sur Internet [et étaient reprises dans certains grands médias]. On a montré des images dans lesquelles les victimes n'étaient pas cachées. On voyait des gens à côté de leurs proches au sol. Ça m'a particulièrement choquée en tant qu'expert et en tant que citoyenne canadienne et française. Il y avait quelque chose de malsain, de déplacé.» Elle dénonce également un «deux poids, deux mesures» dans la couverture médiatique des attentats terroristes. «Oui, ça arrive encore en France, la troisième fois en 18 mois. Mais il y a aussi eu 300 morts à Bagdad.»

  • Sur la propagande terroriste

Analysant actuellement les écrits de l'État islamique, notamment ceux du magazine de propagande du groupe armé, Aurélie Campana constate qu'ils sont très efficaces et peuvent avoir une résonance chez les individus radicalisés dans différents pays. «Ils rendent ça [presque banal]. Ils disent que c'est très facile à faire [des attentats]», a-t-elle souligné. Les destinataires de ces messages peuvent être des loups solitaires qui se sont radicalisés par eux-mêmes dans divers pays, les incitant à passer à l'action. Elle dénote également une certaine forme «d'émulation» au sein même des groupes terroristes. «Il y a aussi les effets produits par les nouvelles qui portent sur le terrorisme. On sait, sans être capable de le démontrer, qu'il y a une imitation, une émulation entre différents groupes terroristes.»

  • Sur les mesures de sécurité
«On arrive au bout du rouleau sécuritaire. Qu'est-ce que la France peut faire de plus? Malheureusement, on ne peut pas faire grand-chose», déplore Mme Campana. «On peut apprendre [des événements vécus]. On peut favoriser ce qui n'a pas été favorisé. Par exemple, le renseignement humain et l'analyse. Les informations sont parfois là, éparses. Il faut plus de coordination et d'analyse pour mieux tenter d'identifier [la menace].» À ce sujet, elle convient qu'il est très difficile d'être complètement étanche. «Ce n'est pas une science exacte. C'est triste à dire, mais on en échappera toujours.» Elle ajoute finalement que les méthodes choisies par les terroristes semblent s'adapter à l'intensification des mesures de sécurité. Un camion comme celui utilisé à Nice, «c'est imparable». «Comme les mesures de sécurité sont de plus en plus intenses, les terroristes innovent. Et pas besoin d'avoir des moyens technologiques...»

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