Tristesse et colère chez les Français de Québec

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Colère, consternation et immense tristesse; tels sont les sentiments qui habitaient les Français de Québec au lendemain de la sordide attaque qui a fait plus de 80 morts à Nice, en pleine fête nationale.

Bien qu'aucune vigile n'était prévue vendredi, quelques Français sont venus se recueillir devant le Consulat général de France à Québec, sur Grande Allée. Laurent Olivier, originaire de Paris, s'est exilé dans la Belle Province il y a quatre ans. De ce côté-ci de l'Atlantique, il assiste, impuissant, à une succession de drames dans son pays natal.

«C'était familial, quoi. Il y avait des enfants. Je suis déjà allé à Nice voir un feu d'artifice et c'est des poussettes, des familles en vacances...» a-t-il exprimé, cachant bien mal sa tristesse et refoulant des larmes.

Ce dernier a écorché le gouvernement français, qu'il accuse d'avoir été laxiste. «Comment est-ce possible que le camion ait pu se rendre là?» a-t-il demandé, faisant écho à plusieurs de ses compatriotes dans la foulée de l'attaque.

«On ne s'y habitue jamais»

À ces Français en colère et à tous les autres, le consul général de France à Québec, Nicolas Chibaeff, a répondu en affirmant que toutes ces réactions étaient «compréhensibles» dans de telles circonstances. «C'est une triste et épouvantable répétition [après le Bataclan et Charlie Hebdo]. On ne s'y habitue jamais et, Dieu merci, on ne peut pas s'habituer à cette manifestation de violence et de haine», a-t-il dit vendredi matin. «La colère fait partie du registre des émotions et je pense que face à une tragédie aussi dévastatrice, toutes les premières réactions sont explicables.»

En tant que représentant du gouvernement français, M. Chibaeff a réitéré que «tout est mis en oeuvre» en France pour assurer la sécurité. Il soutient par contre que le terrorisme auquel les autorités doivent faire face «a évolué» et qu'il est difficile à contrôler.

«Évidemment, on aurait préféré avoir des dispositifs de sécurité étanches à 100 %, pouvoir sécuriser complètement un pays qui compte aujourd'hui plus de 65 millions d'habitants. C'est difficile, à moins de tomber dans une société totalement contrôlée, ce que nous ne voulons pas.»

Le consul ne cache pas que les pays engagés dans la lutte au terrorisme, comme le sien, sont exposés à la menace. Mais il juge nécessaire d'éliminer «à la source» cette violence qui s'est récemment manifestée dans plusieurs pays, dont l'Irak, la Turquie, la Belgique et la France. 

«Notre monde est entré dans une période où nos démocraties [doivent savoir] adapter leurs moyens de défense face à ces attaques sans renoncer en rien à ce qui fait le fondement même de nos sociétés. Il faut rechercher l'harmonie. Hier, on parlait d'émotions et d'amour sur les plaines d'Abraham. Je crois que c'est important, il ne faut pas nous laisser détruire, envahir par ces germes de division.»

Lourde tâche

Nicolas Chibaeff est revenu sur sa journée de jeudi, le 14 juillet, un jour de fête nationale à la maison et aux quatre coins du monde pour les expatriés. Il a eu la lourde tâche de monter sur la grande scène des Plaines avant le concert réunissant le Québec et la France à travers Julien Clerc et Fred Pellerin dans le cadre du Festival d'été. 

«Je m'apprêtais, quelques heures avant le début du concert et avant d'apprendre cette tragédie, à célébrer la fête qui réunissaient Français et Québécois en cette fête nationale française», a-t-il raconté. Puis la mauvaise nouvelle est tombée. «C'étaient des sentiments d'émotions fortes, mêlés à la fois évidemment de tristesse et, en même temps, l'affirmation de notre résilience de notre détermination à vivre comme nous voulons vivre.»

Il a ensuite laissé les deux artistes s'exprimer. «Le public a été sensible aux mots de Julien Clerc et de Fred Pellerin qui ont, chacun à leur manière, exprimé la même chose. [...] Il faut affirmer nos valeurs, c'est aussi célébrer la musique, le fait de vivre ensemble.»

Les drapeaux du consulat étaient tous en berne vendredi. Le drapeau français a aussi été mis en berne à l'Assemblée nationale du Québec et à l'hôtel de ville de la capitale.

Ce qu'ont dit les Français de Québec...

«Je me sens toujours loin des miens. Nous sommes toujours plus forts ensemble. Je ne veux surtout pas céder à la haine ou à la violence, entrer dans ces cercles vicieux qui ne font qu'alourdir et empoisonner les relations sociales.»

- Céline de Laissardière, 25 ans, originaire de Lyon

***

«Même si depuis trois ans je suis à Québec et que j'ai quitté la France, car je ne supportais plus sa politique et sa mentalité, toutes mes racines, ma famille et les belles choses qui ont forgé ma personnalité sont là-bas. Plus les minutes passaient, plus j'apprenais ce qui se passait via la télévision française et plus une rage incontrôlée montait en moi.»

- César Monchablon, 26 ans, originaire de Paris

***

«J'ai appris la nouvelle de la bouche d'une Québécoise. Je n'ai pas été surpris outre mesure, si ce n'est que par la méthode choisie cette fois ci... Je pense malheureusement que la France a fait de mauvais choix en politique d'immigration il y a de nombreuses années.»

- Tristan Gevaux , 27 ans, originaire de la Haute-Savoie

***

«J'étais évidemment horrifié de voir qu'un évènement heureux et festif, la fête nationale française, de notre république, finisse en bain de sang. C'est catastrophique! Je me sens impuissant et consterné. J'aurais voulu être sur place pour aider les victimes.»

- Olivier Mura, 40 ans, originaire de l'Île-de-France

Propos recueillis par David Rémillard

La solidarité pour vaincre la «folie destructrice», dit Labeaume

Le maire de Québec a transmis sa sympathie au peuple français et appelé à son courage pour traverser le drame de Nice. 

En vacances, Régis Labeaume a néanmoins réagi sur sa page Facebook au massacre du 14 juillet dans la capitale de la Côte d'Azur. «Soyez assurés que nos pensées vous accompagnent et de notre indéfectible soutien en cette période trouble, a écrit M. Labeaume. La solidarité saura venir à bout de cette folie destructrice. Nous ne céderons pas à la peur. Bon courage, mes amis!»

Le maire de Québec a souligné la tristesse des événements survenus alors que la fête nationale française battait son plein. «Alors que la foule s'était réunie pour célébrer le 14 juillet et se rappeler l'importance de cette magnifique devise qu'est "Liberté, Égalité, Fraternité", la barbarie en a attaqué les fondements mêmes en fauchant d'innocentes vies humaines.»  Simon Boivin

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer