Le bruit environnemental, un nuisible «polluant»

«À chaque microbruit, le corps est programmé pour... (Photo: archives La Presse)

Agrandir

«À chaque microbruit, le corps est programmé pour avoir une réaction physiologique au stress. Il y a sécrétion d'hormones comme la cortisone et l'adrénaline», explique le Dr Pierre Deshaies.

Photo: archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Quelque 640 000 Québécois sont exposés quotidiennement à diverses sources de bruit, principalement la circulation routière, ce qui n'est pas sans occasionner des effets nuisibles sur leur santé et des coûts sociaux importants.

«On a longtemps considéré le bruit environnemental comme une simple nuisance, alors qu'il faut le voir maintenant comme un polluant, au même titre que la pollution de l'air», a expliqué jeudi le Dr Pierre Deshaies à l'occasion du congrès des urbanistes du Québec qui se tient dans la capitale.

Pour le spécialiste rattaché à l'Institut national de santé publique du Québec, il n'existe pas d'adaptation au plan physiologique pour protéger l'humain contre le bruit incessant, un problème reconnu par l'Organisation mondiale de la santé. Le salut ne peut se trouver dans la fuite. «À chaque microbruit, le corps est programmé pour avoir une réaction physiologique au stress. Il y a sécrétion d'hormones comme la cortisone et l'adrénaline [...]. Ce qui fait dire à certains auteurs qu'il n'y a pas de paupières à oreilles», illustre-t-il au sujet de notre système auditif constamment en éveil.

Cette exposition au bruit, surtout pour les citoyens vivant en bordure des autoroutes, provoque des effets pernicieux sur le système cardio-vasculaire. Les adultes exposés de façon chronique au bruit routier ont un risque plus élevé de développer de l'hypertension artérielle. En outre, les risques de subir un infarctus du myocarde sont 8% plus importants pour chaque hausse de 10 décibels.

La qualité du sommeil en prend également pour son rhume. À long terme, les gens exposés à un bruit constant peuvent développer de l'insomnie. «Même quand on dort, le sommeil est perturbé au-delà d'un certain niveau», explique le Dr Deshaies.

Cette surexposition au bruit n'est pas sans entraîner un coût social élevé pour les gouvernements. Une étude réalisée en 2013 évaluait à quelque 679 M$ les retombées négatives en soins de santé et en absentéisme au travail, soit 0,2 % du produit intérieur brut.

Apprentissage affecté

Son collègue, Richard Martin, conseiller scientifique à l'Institut, est venu plaider pour un meilleur aménagement des villes afin de contrer les impacts du bruit. Parmi les exemples à proscrire, celui d'une garderie de Lévis construite sur un boulevard à quatre voies, voisine de surcroît d'une caserne de pompiers et d'un poste de police. Pas l'idéal pour la sieste des tout-petits...

Pour le Dr Deshaies, il est d'ailleurs important de tenir compte de l'impact du bruit sur les capacités d'apprentissage des enfants. Des experts ont noté une hausse de la tension artérielle chez les jeunes exposés à des niveaux sonores élevés. En outre, une étude menée en Angleterre a démontré des retards de lecture d'un à deux mois chez les écoliers dont l'établissement est situé dans une zone où le bruit est important. «On ignore les effets à long terme, mais c'est préoccupant.»

Des pays européens offrent des exemples dont nos urbanistes pourraient s'inspirer, enchaîne M. Martin. À Berlin, la diminution de la vitesse à 30 km/h dans certains quartiers a permis d'abaisser le bruit de cinq décibels. En Autriche, les bordures de certaines autoroutes offrent des courbures vers l'intérieur, ce qui permet de limiter la dispersion du bruit. Des écrans acoustiques, comme il en existe à Québec, sont également des solutions intéressantes.

Une meilleure conception des édifices doit également être prise en compte afin de diminuer la propagation et la réverbération des ondes, les immeubles à façade concave devant être privilégiés.

Poursuites judiciaires

Même si la législation sur le bruit s'avère d'une grande complexité avec l'implication d'une vingtaine de ministères et d'organismes qui évoluent sans coordination, les deux chercheurs estiment qu'il est possible de changer les choses. En cela, les recours judiciaires peuvent apporter des résultats, à l'exemple de ce groupe de citoyens à qui la Cour suprême a donné raison dans sa poursuite contre Ciment Saint-Laurent en 2008.

«Les recours judiciaires sont imparfaits, longs et coûtent cher, mais ils sont nécessaires», plaide le Dr Deshaies. «Malgré le morcellement et l'absence de coordination, il est possible d'améliorer et de concevoir des milieux de vie plus sains», conclut pour sa part Richard Martin.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer