L'interdiction des pitbulls sans effet en Ontario

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Le nombre annuel de visites à l'urgence dues à des morsures de chiens de toutes races n'a pas diminué en Ontario malgré le bannissement des pitbulls de la province en 2005.

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(Québec) Dans le coin rouge, les partisans de l'interdiction des pitbulls, qui affirment que les rues de l'Ontario sont plus sécuritaires depuis que la province a banni cette race de chien en 2005. Dans le coin bleu, des propriétaires ontariens de pitbulls (les quelques-uns, vieillissants, qui sont toujours en vie) et la Toronto Humane Society, qui prétendent que la loi n'a rien changé du tout. Tout ce beau monde ne peut, bien évidemment, avoir complètement raison en même temps. Alors voyons voir...

Dans le coin rouge, les partisans de l'interdiction... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Les faits

Les deux camps partagent un point commun, ici: tant les «pro» que les «anti» s'appuient sur des données très imparfaites, sinon carrément sans valeur. Ceux qui sont en faveur de l'interdiction brandissent des chiffres de la Ville de Toronto montrant que les morsures par des pitbulls ont fondu de 168 en 2004 à seulement 13 en 2013 - mais cela ne veut pas dire grand-chose si les pitbulls ont été pratiquement rayés de la carte. Une enquête du Toronto Star en 2014 a conclu que 7 à 9 % des pitbulls mordaient à Toronto avant 2005, contre une moyenne de 1,7 % pour les autres races. Mais ces ratios de morsures sont calculés sur le nombre de chiens dûment enregistrés, et comme les deux tiers des chiens de la Ville reine ne le sont pas, cela donne un portrait potentiellement très, très déformé - et cela contredit d'ailleurs la littérature scientifique sur l'agressivité des races canines.

Enfin, les «amis» des pitbulls répliquent que le nombre total de morsures rapportées à Toronto n'a pas diminué depuis le bannissement, mais cela ne dit rien sur la gravité des morsures, qui est un point central dans ce débat.

Nous avons donc, pour en avoir le coeur net, demandé des données au ministère ontarien de la Santé. Pour chaque admission dans un hôpital dans la plupart des pays du monde, la cause précise est notée selon une classification internationale qui comprend une catégorie «morsure de chien». Nous avons obtenu ces statistiques pour l'Ontario, de 2002 à 2015.

Comme le montrent les graphiques ci-dessous, l'interdiction des pitbulls n'a pas réduit le nombre de visites à l'urgence dues à des morsures de chien dans la province voisine - on note même une légère augmentation après 2010. Maintenant, comme ces visites incluent beaucoup de cas légers ne nécessitant, par exemple, que deux ou trois points de suture avant de recevoir leur congé, nous avons aussi examiné les cas plus graves qui, après le passage par l'urgence, demandent une hospitalisation. Mais le portrait demeure le même : aucune diminution après l'interdiction des pitbulls. Celle-ci ne semble pas avoir eu plus d'effet sur la durée moyenne des hospitalisations (un autre indicateur de sévérité) pour morsure de chien, qui tourne autour de cinq jours avant comme après 2005.

Il n'est pas impossible, disons-le, que la population de chiens ontariens ait augmenté au cours des 10 dernières années, ce qui pourrait expliquer les hausses en fin de période. Mais les rares données disponibles sur la population de chiens au Canada que leur nombre n'augmente pas, ou seulement qu'un peu. Alors à moins de présumer que l'Ontario se démarque très fortement de la tendance nationale et qu'une importante croissance de la population canine ait coïncidé avec l'interdiction des pitbulls, il faut conclure que le bannissement de 2005 n'a pas, d'un point de vue de santé publique, produit le moindre résultat mesurable.


Conclusion

En Ontario, interdire les pitbulls n'a pas diminué le nombre annuel de visites à l'urgence dues à des morsures de chien, pas plus que le nombre d'hospitalisations, et n'a pas réduit leur durée moyenne. Notons que ces résultats concordent avec ce qui a été observé dans la très grande majorité des endroits ayant banni les pitbulls : nombre d'études (Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande, Manitoba, plusieurs États américains, etc.) ont montré que l'interdiction des pitbulls et d'autres races jugées dangereuses ne diminue pas le nombre de morsures et d'hospitalisations pour morsures de chien.

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