Bannir les pitbulls, «une fausse sécurité»

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Le Dr Martin Godbout estime qu'il faut arrêter de parler de races dangereuses comme les pitbulls et commencer à parler d'individus dangereux.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Le Dr Martin Godbout, vétérinaire spécialiste en comportement animal et président du groupe vétérinaire Daubigny, estime que l'option choisie par le maire Régis Labeaume d'interdire les pitbulls sur le territoire de Québec à partir de 2017 est loin d'être la solution au problème des chiens agressifs.

«J'ai participé au débat au début des années 2000 quand il y a eu quelques épisodes similaires et c'est toujours le même débat, toujours la même question. Cependant, on ne va jamais au fond, à savoir comment traiter les chiens dangereux. On ne peut pas diminuer le nombre d'agressions si on ne comprend pas le comportement», explique le vétérinaire au Soleil.

Celui qui s'est spécialisé en psychologie animale et a réalisé une maîtrise sur la détection précoce des signes précurseurs de maladies comportementales chez les chiots indique que des incidents comme celui qui a coûté la vie à la Montréalaise Christiane Vadnais sont l'exception et se reproduiront même si on interdit les pitbulls.

Maladie mentale

«Ce qu'on a vu à Montréal est un comportement typique d'une agressivité pathologique chez le chien. Bref, c'est une maladie mentale», indique celui qui n'adhère pas non plus à la thèse voulant que le maître soit toujours en cause quand un chien montre ce genre de comportement.

«Je ne crois pas à ça. La science a démontré que les animaux ont les mêmes émotions que les humains. Il y a des gens qui ont des chiens depuis toujours et là arrive "l'édition spéciale" et ils ne sont pas capables de rien faire», poursuit-il.

Dans ses recherches, le Dr Godbout a d'ailleurs découvert que 10% des chiens de 8 à 16 semaines montrent des signes d'anxiété et de peur plus élevés que la moyenne, ce qui pourrait les entraîner à devenir agressifs.

«Il ne faut pas interdire une race de chien, il faut plutôt catégoriser les chiens dangereux. La décision de M. Labeaume est une décision politique qui procure une fausse sécurité, car les autres chiens aussi peuvent mordre», affirme-t-il.

Approche différente

De plus, même s'il estime que l'ouverture du maire à des assouplissements concernant les pitbulls est une bonne nouvelle, le Dr Godbout souhaiterait plutôt qu'il opte pour une approche différente.

«Les vétérinaires spécialistes en comportement ont l'expertise nécessaire pour aider. Je suis prêt à appuyer personnellement l'administration de la Ville s'il y a une ouverture pour une démarche sérieuse dans le développement d'une saine gestion des animaux dangereux au profit de la population et de nos animaux de compagnie.»

Le vétérinaire croit qu'il faut d'abord identifier ce qu'est un chien dangereux et arrêter de parler de races, mais plutôt d'individus dangereux. «Ensuite, il faut voir comment aider les propriétaires de ces chiens et s'ils sont prêts à prendre les mesures nécessaires», explique celui qui croit qu'un plan sérieux pourrait se déployer sur une période de cinq ans.

Pour lui, une bonne politique passe par l'éducation, les mesures de sécurité, la catégorisation des cas problématiques et, surtout, une bonne caractérisation des données.

«Si on ne le fait pas, un chien d'une autre race mordra et on aura le même débat. Comme avec les dobermans dans les années 80, les pitbulls et les rottweilers dans les années 90, et les bergers allemands dont personne ne réclame l'interdiction, mais qui sont souvent impliqués dans des cas de morsures», termine le Dr Godbout.

À peu près impossibles à identifier

Un autre élément qui rend une interdiction des pitbulls difficile à appliquer, selon le Dr Martin Godbout, est le fait qu'ils soient très difficiles à identifier.

«En fait, ce n'est même pas une race de chien, c'est un croisement! Dans une étude, sur 100 chiens évalués dont 25 seulement étaient des pitbulls identifiés par l'ADN, 62 avaient visuellement été identifiés comme pitbulls au total. Il y a même des Labradors croisés qui ont l'air de pitbulls, mais qui n'ont rien à voir avec ça», indique le vétérinaire.

«Même en interdisant des races comme le bull terrier, le Staffordshire bull terrier ou l'American bull terrier, il faut se demander à partir de quel pourcentage un hybride serait interdit. Et est-ce qu'il y aurait vraiment des tests d'ADN? J'en doute», poursuit-il.

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