Des dizaines d'abonnés pour le dispensaire de cannabis de Saint-Roch

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Toute personne âgée de 18 ans et plus qui se rend au dispensaire de cannabis thérapeutique Weeds : Herbes et Curiosités pour tout genre de disposition qui exige la prise de médicaments sous prescription peut obtenir du cannabis médicinal, aussi dit thérapeutique.

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(Québec) L'ouverture du dispensaire de cannabis thérapeutique Weeds : Herbes et Curiosités suscite de l'intérêt. Après une seule journée, la franchise compte déjà quelques dizaines de membres. Pour son responsable, il n'y a pas si loin de la pipe aux lèvres pour atteindre l'objectif de 2000 abonnés d'ici un an.

Comme l'annonçait Le Soleil dans sa livraison de lundi, c'est le premier dispensaire à avoir pignon sur rue dans la capitale depuis la fermeture par la police en 2010 de la succursale de Québec du Centre compassion de Montréal. Weeds, né à Vancouver, compte plus de 28 franchises au Canada. Le responsable de la boutique de Québec explique profiter d'une zone grise dans la loi pour vendre ces produits, habituellement illicites.

«Il y a eu des jugements qui nous permettent de croire qu'on peut vendre du cannabis à des fins médicinales, avance Michel Dumond. Ce n'est pas illégal ni légal, puisque le gouvernement fédéral n'a pas encore légiféré. On souhaite qu'il le fasse.»

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Cocottes, haschich, huile, jujubes, pastilles, muffins, chocolats, le cannabis se décline sous plusieurs formes dans la boutique de la rue Saint-Joseph. 

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Cocottes, haschich, huile, jujubes, pastilles, muffins, chocolats, le cannabis se décline sous plusieurs formes dans la boutique de la rue Saint-Joseph. «Quarante pour cent de nos ventes ailleurs sont des produits dérivés qui s'ingèrent», explique M. Dumond.

L'approvisionnement se fait à Vancouver auprès de producteurs qui, comme l'entreprise Weeds, déclarent leurs revenus et paient des taxes. De plus, connaître les producteurs assure une qualité de la production, juge le responsable, même si ces producteurs ne détiennent pas de permis de Santé Canada.

Toute personne âgée de 18 ans et plus qui se rend au dispensaire pour tout genre de disposition qui exige la prise de médicaments sous prescription (notamment des antidouleurs, des anxiolitiques et antidépresseurs) peut obtenir du cannabis médicinal, aussi dit thérapeutique.

Sur place, M. Dumond établit l'identité de la personne pour valider que la prescription présentée s'adresse bien à elle. Il lui émet ensuite une carte de membre, qui peut être utilisée dans tout autre dispensaire ailleurs au pays. Le client, ou patient, peut acheter jusqu'à l'équivalent de 28 grammes de cannabis. S'il opte pour l'achat au gramme, il peut lui en coûter entre 6 $ et 20 $ le gramme selon la variété. Leurs effets varient selon les besoins et les effets recherchés. Il y a les types euphorisants et les autres aux effets calmants.

Quel succès peut espérer Weeds à Québec? S'il faut juger de la popularité de ces boutiques ailleurs au pays, parions que celle de la capitale pourrait atteindre la rentabilité assez rapidement. «Après deux mois, Ottawa avait 1000 membres. Ils ont démarré une seconde succursale qui a attiré 300 nouveaux membres en seulement une semaine. Nous, on s'attend à 2000 membres d'ici un an.»

La police, dans tout ça?

Interrogé sur le sujet en marge d'une conférence de presse, le directeur de la police de Québec ne pouvait se prononcer concernant la légalité du commerce sur son territoire. «Est-ce que ces gens-là ont les permis qu'il faut? Les spécialistes des stupéfiants vont étudier ça de près. Ils vont faire des rapports où ils vont intervenir si on a le pouvoir d'intervenir», explique le chef Michel Desgagné. Il dit aussi suivre de près le processus de légalisation du cannabis que veut amorcer le gouvernement de Justin Trudeau. «On regarde ce qui se passe au Colorado et à Washington, notamment.»

Michel Dumond est en charge du dispensaire de cannabis... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 5.0

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Michel Dumond est en charge du dispensaire de cannabis thérapeutique Weeds : Herbes et Curiosités de la rue Saint-Joseph, dans le quartier Saint-Roch, à Québec.

Le Soleil, Patrice Laroche

Une brèche dans la vérification

À la première journée, une personne a réussi à obtenir du cannabis avec une fausse prescription. Alex Leblond, journaliste à CHOI Radio X, s'est présenté avec une prescription de la Clinique médicale du Parlement. On peut y lire des noms de docteurs comme Yves Bolduc, Gaétan Barrette et Philippe Couillard. Bien que les docteurs-politiciens soient bien réels, la clinique comme la prescription, fabriquée à l'aide d'un graphiste, sont fausses. M. Leblond est ressorti avec une carte de membre et 3,5 grammes de pot. Il s'est rendu à la police remettre sa carte et le cannabis. De son côté, le responsable de la boutique Weeds a admis s'être fait avoir.

Le propriétaire d'une chaîne de magasins de cannabis... (Archives La Presse Canadienne, Darryl Dyck) - image 6.0

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Le propriétaire d'une chaîne de magasins de cannabis en Colombie-Britannique et en Ontario, Don Briere, prévoit depuis longtemps ouvrir une boutique à Montréal.

Archives La Presse Canadienne, Darryl Dyck

Montréal toujours sur l'écran radar

Après ce qu'il a qualifié «d'ouverture graduelle» de sa boutique Weeds : Herbes et Curiosités à Québec, le controversé homme d'affaires de Colombie-Britannique Don Briere assure que Montréal est toujours sur l'écran radar de son entreprise spécialisée dans la distribution de cannabis.

«Nous devions ouvrir plus tôt cette année à Montréal, mais nous ne l'avons pas fait pour des raisons de temps, d'argent et de logistique. Toutefois, nous sommes prêts à démarrer. Nous avons déjà notre local sur la rue Saint-Denis et on pourrait commencer aujourd'hui ou demain», a déclaré l'homme d'affaires de 65 ans lundi, en entrevue téléphonique avec Le Soleil.

Briere, qui a déjà été candidat à deux reprises pour le Parti marijuana en Colombie-Britannique, a ajouté que c'était la «demande importante» en provenance de la capitale qui l'avait amené à s'installer à Québec d'abord.

Protéger son franchisé

Il ajoute que c'est pour protéger son franchisé à Québec et ses employés qu'il préfère un départ graduel pour sa boutique de la capitale. «Nous allons commencer à en vendre plus très bientôt, nous voulons que ce soit sécuritaire pour nos gens. La pire chose qui puisse arriver dans le domaine de la marijuana, c'est d'être arrêté et de devoir passer par le système de justice.»

Briere en sait quelque chose, il a écopé d'une peine de quatre ans de prison en 2001 pour avoir géré un empire qui distribuait deux tonnes de marijuana par an et qui lui rapportait annuellement 5 millions $, puis a été condamné à deux ans et demi de prison en 2004 pour avoir exploité illégalement une boutique de marijuana à Vancouver.

L'homme d'affaires avoue craindre que la police ne tente aussi de mettre la clé dans la porte de son nouveau magasin de Québec. «C'est quelque chose qui nous inquiète toujours, mais ouvrir un magasin comme ça, c'est la bonne chose à faire. Je le fais pour ceux qui en ont besoin, pour les soldats qui se sont battus pour la liberté et qui sont dans la rue aujourd'hui et qui souffrent. C'est mon devoir de me battre contre des lois injustes», lance-t-il dans l'une de ses envolées oratoires.

Au cours des derniers mois, Briere a vu les policiers ontariens fermer sept de ses boutiques. Il lui en reste toutefois deux à Toronto, autant à Ottawa et une à Hamilton. «Et on se prépare à rouvrir les autres», indique-t-il, critiquant au passage le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

«Il a dit qu'il allait légaliser la marijuana, alors il devrait le faire et arrêter de perdre du temps à gaspiller nos ressources», conclut l'homme d'affaires, qui se dit aussi persécuté tant par «le crime organisé que Loblaws et Rexall Drugs» en raison de ses activités de vente de marijuana.

Une question de bien-être

Simon (nom fictif) a un diagnostic de dépression et d'anxiété. Malgré tous les comprimés prescrits par son médecin traitant, il ne s'est jamais senti aussi bien que depuis qu'il fume du cannabis.

L'homme de 31 ans était parmi les premiers clients à se procurer du pot, lundi. Pour lui, c'est l'occasion de tester de nouvelles variétés à celles qu'il cultive déjà pour sa consommation.

«J'ai commencé à fumer il y a un an. Je suis passé de quatre à un comprimé par jour. Je mange mieux, je dors mieux et j'ai moins de stress», certifie-t-il. Son médecin est au courant, tout comme sa conjointe et son employeur.

«Je ne me lève pas le matin en disant : "Je vais m'en rouler un". Je ne me sens pas dépendant. Je fume quand je me sens mal. Je peux être un mois sans fumer. Parfois, ça peut être le matin, le midi ou le soir. Cependant, je ne fume jamais au travail ni si je dois conduire», explique celui qui est... livreur.

À ce sujet, il craint des dérapages. «La police doit être vigilante. Autrefois, on conduisait avec une bière entre les jambes, il va falloir faire attention de ne pas conduire avec un joint entre les jambes», prévient-il.

Débarqué de sa voiture de luxe, Jean-Pierre (nom fictif) défait tous les stéréotypes associés au consommateur de cannabis. Le professionnel dans la cinquantaine qui porte des lunettes griffées se réjouit de l'ouverture du commerce.

«C'est essentiel, lance-t-il. Moi, je fume des vidanges [sur le marché noir]. Je ne sais même pas d'où ça vient. Il y a des mois où je suis bien, d'autres où je suis tout croche. En plus, j'ai peur de me faire arrêter si j'en achète illégalement.»

Situations particulières 

L'homme a reçu un diagnostic assez rare pour lequel il n'y a aucune médication spécifique. Il se retrouve à consommer des substances jamais bien adaptées à son problème. «J'ai vu trois médecins et trois psys. Les médecins m'ont dit de continuer si fumer mon joint le soir était le seul moyen de me soulager.»

Jean-Pierre est aussi intéressé par les produits dérivés, gâteaux ou bonbons, qui peuvent être ingérés. «C'est moins désagréable que fumer. Moi, je rêve d'être bien à temps plein, c'est tout.»

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