Uashat mak Mani-Utenam: des recommandations prévisibles

L'enquête publique du coroner doit faire la lumière... (Collaboration spéciale, Fanny Lévesque)

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L'enquête publique du coroner doit faire la lumière sur la vague de suicides qui a secoué Uashat mak Mani-Utenam en 2015.

Collaboration spéciale, Fanny Lévesque

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Fanny Lévesque

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Le Soleil

(Sept-Îles) Pas besoin de boule de cristal pour prédire que les recommandations de l'enquête publique du coroner sur la vague de suicides à Uashat mak Mani-Utenam tourneront autour du besoin criant de ressources, dans toutes les sphères d'intervention.

Après une semaine chargée en émotions, où les familles endeuillées par l'un des leurs ont livré leurs témoignages, déjà plusieurs pistes de solution poindre pour éviter un autre suicide dans la communauté de quelque 4000 âmes, qui a connu son pire bilan en 20 ans en 2015, avec la mort de cinq des leurs.

La surconsommation d'alcool et de drogues a été la trame de fond de tous les cas examinés par l'enquête. Une policière de la Sécurité publique de Uashat mak Mani-Utenam (SPUM) a qualifié Sept-Îles de «plaque tournante» pour la distribution de substances illicites dans les communautés autochtones de la région.

«C'est ici que les gens viennent pour l'acheter et la vendre», a soulevé l'agente Audrey Ringuette. La problématique de consommation, surtout des speed, toucherait «tous les groupes d'âge» aussitôt que les «11, 12 ans», selon elle. La SPUM aimerait former une équipe dédiée au problème, mais dit ne pas avoir le financement suffisant.

«La drogue, c'est trop énorme dans la réserve», a aussi soulevé la grand-mère de Nadeige Guanish, Claire Jourdain. «La police cherche les têtes dirigeantes des réseaux, mais ne s'attarde pas aux petits revendeurs, mais ce sont eux qu'on voit tous les jours détruire nos enfants, il faut les arrêter», a-t-elle imploré.

Le conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam lutte par ailleurs sur la création d'une escouade mixte avec la GRC, la SPUM et la Sûreté du Québec pour «enrayer» la drogue sur la communauté. Des intervenants ont aussi parlé de l'aménagement d'une unité de désintoxication pour les individus en crise.

Mal-être plus profond

Mais la consommation est un symptôme d'un mal-être plus profond, ont relaté certains témoins, citant notamment l'époque noire des pensionnats. «Si c'était juste la drogue, on étudierait 300 suicidés aujourd'hui», a soulevé une psychologue, qui plaide pour l'ajout de ressources d'aide, adaptées à la population autochtone.

L'ajout d'aidants naturels et de formation «simple» offerte à la population pour intervenir a entre autres été suggéré. En communauté, il faut développer «un lien de proximité», être sur le terrain, ont fait valoir les intervenants de premières lignes. «Certaines personnes sont tellement meurtries, qu'elles ne demandent plus d'aide.»

L'embauche de ressources pour les services de première ligne a d'ailleurs été au coeur des travaux. Par exemple, une quarantaine de suivis d'individus «vulnérables» a été nécessaire dans l'immédiat à la suite d'un seul suicide. L'équipe de 25 intervenants gère de plus, tous les services communautaires.

L'enquête publique du coroner s'est penchée sur la mort d'Alicia Grace Sandy, 21 ans, de Charles Junior Grégoire-Vollant, 24 ans, de Marie-Marthe Grégoire, 46 ans, de Céline Rock Vollant, 30 ans, et de Nadeige Guanish, 18 ans. Le coroner Me Bernard Lefrançois doit entendre les recommandations du milieu du 27 au 30 juin.

Un policier ne se présente pas devant le coroner

Fait pour le moins inhabituel vendredi. Un policier qui a reçu des textos de Nadeige Guanish, 18 ans, dans les heures précédant son suicide, ne s'est pas présenté devant le coroner, malgré une assignation à comparaître. Un peu plus tôt cette semaine, on apprenait que la jeune Innue avait texté et tenté d'appeler en vain le policier Jordan Rock de la Sécurité publique de Uashat mak Mani-Utenam (SPUM), «une connaissance», le jour où elle s'est enlevé la vie, le 31 octobre. Dans ses messages, Nadeige Guanish affirmait qu'elle allait passer à l'acte. Jordan Rock, qui ne travaillait pas ce jour-là, a expliqué ne pas avoir lu les messages, mais n'a pas transmis les informations, les supprimant plutôt de son téléphone, a-t-on appris hier, à la lecture de sa déclaration faite à la Sûreté du Québec (SQ), en novembre. La SQ a découvert l'existence de ces textos, en examinant le cellulaire de la jeune fille.

L'affaire, à l'époque, a été transmise à la Direction des normes professionnelles et relayée au Directeur des poursuites criminelles et pénales qui a tranché en décembre, qu'il n'y avait pas matière à accusations en vertu du Code criminel, notamment pour omettre de porter assistance à une personne en détresse, ni pour entrave au travail d'enquête. Un représentant de la SPUM s'est dit «désolé au nom de l'organisation» de l'absence du policier Rock et ne «sait pas pourquoi, il ne s'est pas présenté», comme il avait été informé. Le corps policier autochtone songe à l'usage de mesures disciplinaires.

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