Une famille innue affligée de neuf suicides en 25 ans

La tante de Charles Junior Grégoire-Vollant, Annie Vollant,... (Collaboration spéciale, Fanny Lévesque)

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La tante de Charles Junior Grégoire-Vollant, Annie Vollant, a été accueillie avec beaucoup d'émotions par ses proches au sortir de la salle d'audience, après avoir livré un poignant témoignage.

Collaboration spéciale, Fanny Lévesque

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) C'est la triste histoire d'une famille innue, endeuillée par pas moins de neuf suicides en 25 ans, qui a été racontée au jour 2 de l'enquête publique du coroner, chargée de faire la lumière sur la mort volontaire de cinq membres de la communauté d'Uashat mak Mani-Utenam, en 2015.

«Je trouve ça dur la vie, je suis découragé», sont les dernières paroles que Charles Junior Grégoire-Vollant, 24 ans, a dites à sa tante Annie Vollant, qui a livré mardi un vibrant témoignage. «Son père s'est suicidé à 24 ans et il m'a dit : "Je vais aller faire comme lui, tel père, tel fils". Il pleurait», a-t-elle relaté avec un grand calme. 

Charles Junior Grégoire-Vollant a été retrouvé sans vie dans le sous-sol de la résidence familiale, le 11 février 2015. Il se trouvait au coeur d'une séparation difficile, ont affirmé plusieurs témoins. «Il consommait beaucoup, il s'ennuyait de son garçon», a confié Mme Vollant, chez qui le jeune avait trouvé refuge trois semaines avant son décès. 

«Il venait chez nous quand ça brassait, il voulait devenir sobre et j'étais prête à l'aider», a poursuivi sa tante. Mais à son avis, son neveu «timide et renfermé» n'a jamais reçu ou demandé de l'aide. «Il n'avait pas facilement confiance envers le système, ni même envers lui-même. C'est un petit gars qui s'est promené dans les familles d'accueil.»

«Une famille fragile»

Neuf membres de la famille élargie de Charles Junior Grégoire-Vollant se sont suicidés depuis les années 90, a révélé Mme Vollant. La mère du jeune homme, Marie-Marthe Grégoire, 46 ans, est d'ailleurs au nombre des cas à l'étude par le coroner. Elle s'est donné la mort en juin, quatre mois après le décès de son fils.

«Notre famille est fragile, il y en a qui pensent encore à ça [au suicide]», a lancé Annie Vollant, qui explique néanmoins que ses proches profitent d'un «meilleur support» depuis la mort de son neveu. «Mais il faut aller plus loin», ajoute-t-elle, proposant un accompagnement prolongé et «pas juste après qu'on vient d'en enterrer un».

Crise à Uashat

Marie-Marthe Grégoire n'allait pas bien depuis la mort de son garçon en février, a-t-on appris mardi. Sa fille, qui a aussi perdu son frère, a eu peine à trouver les mots pour répondre aux questions du procureur. Nerveuse et timide, Caroline Grégoire-Vollant a eu à être accompagnée par une intervenante sociale jusque dans le box des témoins. 

La jeune Innue a néanmoins laissé savoir que sa mère consommait régulièrement, depuis le drame. «Ma mère disait qu'elle voulait mourir sans dire qu'elle voulait se suicider», a-t-elle dit aux policiers, dans sa déclaration. Le corps inanimé de Mme Grégoire a été retrouvé par l'un de ses garçons l'après-midi du 22 juin, dans le sous-sol de sa maison.

Or, c'est le jour même où, en avant-midi, les policiers ont découvert sans vie Alicia Grace Sandy, 21 ans, non loin de la rivière du Vieux-Poste à Uashat. Le cas de la jeune Naskapie de Kawawachicamach a ouvert lundi l'enquête publique du coroner Me Bernard Lefrançois, qui se déroule au palais de justice de Sept-Îles.

Une psychologue à l'emploi du conseil de bande a affirmé plus tôt que 18 rapports relatifs à «des crises suicidaires» ont été produits en juin et juillet seulement, dans la communauté de quelque 4000 âmes. Jusqu'à vendredi, les morts de Nadeige Guanish, 18 ans, et de Céline Rock Michel, 30 ans, seront examinées.

La tante et la soeur de Charles Junior... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque) - image 2.0

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La tante et la soeur de Charles Junior Grégoire-Vollant, Annie Vollant et Caroline Grégoire-Vollant, aussi fille de Marie-Marthe Grégoire, ont livré leur témoignage, parfois avec difficulté, devant le coroner. 

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Mesures préventives chez les 18-30 ans

Même si l'étape des recommandations doit venir dans la deuxième partie des travaux de l'enquête publique du coroner, du 27 au 30 juin, la psychologue au dossier des trois premiers cas examinés n'a pu faire autrement que de mettre en lumière une série de mesures préventives pour atteindre les 18-30 ans. 

Il y a un «portrait type» chez les 18-30 ans que l'on trouve dans les communautés depuis 1994, a expliqué Danielle Descent. «Ils abusent de substances, ont été placés dans des familles d'accueil, proviennent de familles dysfonctionnelles et ils sont souvent jeunes parents d'enfants», a-t-elle énuméré. 

C'est une clientèle qui ne tend pas à aller chercher de l'aide, souligne la psychologue. «Ils ne veulent pas s'asseoir dans un bureau et raconter leurs troubles, ils sont réfractaires. Il faut alors trouver une autre approche, plus terrain. Ça demande une façon différente d'offrir de l'aide, il faut créer un lien de proximité.» Mme Descent cite notamment la nécessité du repérage sur les réseaux sociaux, qui ne sont pas encore assez utilisés par les intervenants, selon elle. Charles Junior Grégoire-Vollant a d'ailleurs fait part de ses idées suicidaires sur sa page Facebook, peu avant sa mort. «Après un suicide, il y a aussi un effet de contamination et c'est souvent sur les réseaux sociaux que les jeunes s'expriment.»

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