DPJ: plus de sévices psychologiques, autant de fugues

Caroline Brown a présenté le bilan annuel des DPJ... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Caroline Brown a présenté le bilan annuel des DPJ de la Capitale Nationale et de Chaudière-Appalaches, mardi.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Les signalements aux directeurs et directrices de la protection de la jeunesse (DPJ) pour mauvais traitements psychologiques sont en hausse constante au Québec depuis 2008. Un mal silencieux qui fait d'importants ravages chez les enfants qui en sont victimes, ont souligné mardi les DPJ de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches dans le cadre de leur bilan annuel.

Les mauvais traitements psychologiques ont été introduits en 2006 comme motifs pouvant compromettre la sécurité et le développement des enfants. Des 34 911 signalements retenus au Québec en 2015-2016, 15,7 % portaient sur des situations de mauvais traitements psychologiques, soit 5492 signalements. Il s'agit d'une hausse constante de 3 % depuis 2008, selon les données dévoilées en conférence de presse.

«C'est normal qu'on ait eu au début une certaine progression de ces signalements dans la mesure où c'était quelque chose de nouveau. Les gens sont devenus ensuite de plus en plus conscientisés, notamment avec la médiatisation de drames familiaux. Il se rendent compte que ça peut arriver à monsieur et madame Tout-le-monde, et ils signalent plus», a avancé la DPJ de la Chaudière-Appalaches, Caroline Brown.

Les mauvais traitements psychologiques peuvent prendre différentes formes, dont l'indifférence, le dénigrement, le rejet affectif, les menaces et l'exploitation. Les enfants peuvent aussi être touchés indirectement par cette problématique, notamment lorsqu'ils sont témoins de violence conjugale ou lors d'un conflit sévère de séparation des parents.

«On parle ici d'enfants qui vivent dans des conditions où ils sont pris dans des conflits de loyauté, qui sont déchirés de façon constante entre les deux parents, qui ne peuvent pas aimer un parent sans faire de la peine à l'autre [...]. Ça a nécessairement un impact sur le développement des enfants», a expliqué la DPJ de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, précisant que les mauvais traitements psychologiques peuvent se manifester dans tous les types de familles, sans égard aux classes sociales ou à la scolarisation.

Impacts dévastateurs

L'enfant victime de mauvais traitements psychologiques perçoit qu'il est mauvais, qu'il ne vaut rien, qu'il n'est pas aimé et qu'il est la cause de tous les problèmes dans sa famille. Il est dans un état d'isolement et de détresse. Et les impacts sont dévastateurs : retards de développement, difficultés scolaires, troubles de comportement, symptômes dépressifs, idées suicidaires, toxicomanie...

«Sur le plan de la santé physique aussi il y a des impacts. Il y a beaucoup d'enfants qui dorment très peu parce qu'ils sont anxieux, qui peuvent avoir des pertes d'appétit [...]. Il faut être à l'écoute de ces enfants, car il n'y a pas de bleus ou de marques, tout se passe à l'intérieur», a souligné Mme Jobin.

La directrice de la protection de la jeunesse... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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La directrice de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin

Le Soleil, Erick Labbé

Pas plus de fugues qu'avant

Les DPJ de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches ne notent pas de problématique particulière liée aux fugues, leur nombre restant assez stable d'année en année.

Dans la Capitale-Nationale, on dénombre bon an mal an environ 600 fugues de jeunes hébergés à L'Escale et au Gouvernail. Dans 60 % des cas, les fugueurs sont de retour avant 24 heures. «Environ 80 % des jeunes qui sont en centre de réadaptation ne fuguent pas. Et sur les 20 % qui fuguent, on parle de fugues de deux, trois, quatre ou cinq heures, quand les jeunes ont une sortie et qu'ils étirent l'heure de rentrée, par exemple», a expliqué la DPJ de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin.

Au centre de réadaptation de Lévis, environ une centaine de fugues sont enregistrées chaque année. Dans 68 % des cas, les fugueurs reviennent avant 24 heures.

Invitée à réagir à la récente sortie dans La Presse de l'expert en réadaptation des jeunes en difficulté André Lebon, selon qui les centres jeunesse traversent une crise importante justifiant la tenue d'états généraux, Mme Jobin a assuré que «chez nous, il n'y en a pas de crise».

Selon André Lebon, les compressions budgétaires, la réforme du réseau de la santé par le ministre Gaétan Barrette, le taux de roulement élevé du personnel, l'obsession des normes et le manque de soutien clinique enfoncent les centres jeunesse dans un cul-de-sac. 

«Je ne vous parlerai pas des autres régions de la province parce que chaque région a ses particularités et ses défis. Mais du côté de la Capitale-Nationale, je peux vous assurer qu'il y a une stabilité», a assuré Dominique Jobin.

Signalements en 2015-2016 (Québec, Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches)... (Infographie Le Soleil) - image 3.0

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Signalements en 2015-2016 (Québec, Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches)

Infographie Le Soleil

Le meilleur de la réforme

Quant à la réforme, elle n'y voit pour l'heure que des avantages. «Il y a des trajectoires de services plus facilitantes, un meilleur accès aux services, notamment pour les services de pédopsychiatrie et les services de santé», a-t-elle dit, précisant du reste qu'il n'y avait pas eu de «compressions majeures» ni de «compressions au niveau des services» à la DPJ de la Capitale-Nationale. 

Même son de cloche du côté de la DPJ de la Chaudière-Appalaches. «Oui, il y a des défis importants à relever, dont le roulement de personnel, qui n'est pas nécessairement dû à la réforme [...]. Mais de là à dire qu'on est en crise, je crois que c'est un peu alarmiste. C'est sûr qu'il faut s'assurer de toujours maintenir la qualité des services qu'on donne, et actuellement, chez nous, on ne vit pas de problématique particulière», a assuré Caroline Brown.

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