Pitbulls cachés dans la zone interdite

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Le couple interrogé par Le Soleil croit qu'il est possible d'encadrer la présence des pitbulls sans les bannir.

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(Québec) Interdire les pitbulls n'empêche pas certains citoyens d'en acquérir et d'en garder sous leur toit. Un homme de Lévis vit «en zone interdite» avec ses deux bêtes malgré l'entrée en vigueur d'un règlement bannissant leur présence sur le territoire de la ville en 2013. Le Soleil l'a rencontré.

Charles* et Julie* sont propriétaires d'un mâle et d'une femelle pitbulls âgés de respectivement cinq et deux ans. Le premier était parfaitement légal à sa naissance, mais la donne a changé en 2013. «Du jour au lendemain, je suis tombé dans l'illégalité», raconte Charles en regardant son «bébé».

Il était hors de question pour le Lévisien d'abandonner son chien, bien qu'il dise maintenant vivre avec «un stress constant» de se faire prendre. Cela ne l'a pas empêché d'avoir un deuxième pitbull. «C'est de la famille.»

Le quotidien n'est cependant pas simple. Pour éviter les problèmes, les pitbulls sont enregistrés à Québec, où Julie a toujours une adresse. «Les chiens passent beaucoup de temps à Lévis, mais on va les promener à Québec», explique Charles. «Il faut les sortir de la ville. [...] On espère toujours que la police ne passe pas dans la rue lorsqu'on sort pour les mettre dans la voiture.»

Les événements survenus à Pointe-aux-Trembles cette semaine, où une dame a été tuée par un pitbull du voisinage, compliquent encore davantage les choses. «On trouve ça dur parce que c'est encore un coup porté contre les pitbulls. [...] Évidemment, on pense à la personne, on pense à la famille. N'importe quel maître de chien responsable va y penser. Il y a un humain qui est mort, c'est inacceptable. On comprend le monde d'être frustré, c'est normal que le monde ait peur», explique Charles.

Lui et Julie déplorent toutefois qu'il y ait beaucoup «de désinformation» au sujet des pitbulls. «Le problème, ce n'est pas tant le pitbull, ce sont les chiens dangereux tout court, toutes races confondues. Là, c'est lui qui est identifié comme le pas fin. C'est sûr que si tu veux avoir l'air pas fin, c'est vrai qu'ils n'ont pas l'air des plus doux», souligne Julie.

«Chiens de famille»

«J'ai des chiens de famille, mais il faut que je les cache. Ça me fait de la peine. J'aimerais ça arriver du travail et aller faire une belle grande marche, mais je dois traverser à Québec et c'est parfois compliqué. J'ai une belle cour et je ne peux pas en profiter», ajoute Charles. «Mon grand frère, sa petite fille les adore. Elle s'enferme dans les chambres avec [les pitbulls]. [...] J'ai aucune crainte, mais comme n'importe quel chien, tu le surveilles.»

Le couple dénonce le fait que «plusieurs légendes urbaines» viennent entacher la réputation des pitbulls. «Mes chiens sont super sociables avec les autres chiens. Ce n'est pas des chiens qui sont plus malins que les autres. Ils sont peut-être plus convoités par certains types de clientèle. [...] Je pense que la plupart des propriétaires de chiens d'une certaine grosseur savent que c'est la personne derrière la laisse qui est le problème.»

Responsabilité

Charles se sait responsable de son chien et admet qu'en tant que propriétaire de pitbull, il doit faire preuve de contrôle. Il n'accepterait pas qu'un de ses protégés commette un geste répréhensible, que ce soit contre un humain ou un autre chien. «Il y a un attachement qui se forme avec ton chien, mais personnellement si mes chiens mordaient quelqu'un, je les ferais euthanasier. Je ne les ai pas dressés pour faire ça. Attaquer quelqu'un ou un autre chien, je ne veux pas de ça, c'est dégueulasse.»

Le couple croit qu'il est possible d'encadrer la présence des pitbulls sans les bannir. Charles propose une loi provinciale ou fédérale qui encadrerait «tous les gros chiens, pas seulement les pitbulls». Selon lui, laisser le pouvoir aux municipalités est contre-productif et revient à «balayer le problème dans la cour du voisin».

Il imaginerait bien un règlement obligeant l'évaluation annuelle du comportement de tout gros chien et l'imposition d'un cours de dressage si l'évaluateur canin en détecte la nécessité. Tout le monde serait gagnant selon lui, à commencer par la population, sachant que les chiens sont évalués. «Après ça, s'il y a encore des contrevenants, qu'on leur donne des amendes.»

En attendant, aller à Québec pourrait bientôt ne plus être possible pour Charles et Julie, puisque le maire Régis Labeaume a affirmé vendredi vouloir bannir à son tour les pitbulls. «Le maire, c'est sûr que c'est épeurant. S'il faut qu'ils soient interdits à Québec, on va aller où?»

Le couple est prêt à plier bagage s'il le faut. «On ira vivre en Colombie-Britannique.»

*Prénoms fictifs

Le règlement, là pour rester

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, n'a pas l'intention de modifier la réglementation interdisant les pitbulls dans sa ville. «Quelqu'un qui s'installe à Lévis sait que ces chiens-là sont interdits. À partir du moment où les gens le savent, ça amène une certaine rétention pour acquérir de telles bêtes», a-t-il dit samedi en marge d'une conférence de presse. Des chiffres fournis par la municipalité démontrent que le nombre de plaintes pour des attaques de chien a diminué depuis 2013, après l'adoption du règlement. «Ça a eu de l'effet», selon le maire. Ce dernier n'est toutefois pas fermé à écouter de nouvelles propositions. «Le problème, c'est quand t'essaies d'embarquer dans d'autres types de règlement, ça devient extrêmement compliqué d'application. La seule formule valable qu'on a trouvée, c'est : on les interdit. Si des gens sont capables de nous proposer des formules plus intéressantes, on pourra les regarder.»

Des femmes attaquées par des chiens, en Colombie-Britannique

Au moins deux femmes ont subi des blessures importantes vendredi, à Surrey, en Colombie-Britannique, à la suite d'une attaque de chiens, dont deux seraient de race pitbull.

Elles ont été hospitalisées, et reposent dans un état stable.

Peu de détails sont connus. L'attaque est survenue dans une résidence. Selon des témoins, les ambulanciers dépêchés sur place ont dû soigner quatre femmes, dont deux ont dû être transportées à l'hôpital.

L'incident s'est produit deux jours après la mort tragique de la Montréalaise Christiane Vadnais qui, selon toute vraisemblance, a été tuée par un pitbull. La Presse Canadienne

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