Stéphane Lafaut, un homme d'honneur

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L'heure de la retraite a sonné pour le brigadier général Stéphane Lafaut, originaire de Québec, après 33 ans comme officier dans les Forces armées canadiennes.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Le 23 juin, le brigadier général Stéphane Lafaut, originaire de Québec, accrochera officiellement son uniforme, après 33 ans comme officier dans les Forces armées canadiennes. Parmi ses faits d'armes, des missions à Chypre, en ex-Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan. À la tête des 15 000 soldats de l'armée de terre au Québec depuis deux ans, il a aussi été aux premières loges lors de la crise du verglas. Rencontre avec un haut gradé qui part avec le sentiment du devoir accompli et une grande fierté pour ses troupes.

Même si son père était sous-officier au Royal 22e Régiment, le jeune Stéphane Lafaut n'a pas su tout de suite qu'il suivrait ses traces. «À un moment donné, je ne savais pas ce que voulais faire dans la vie, mais j'avais des affinités [avec l'armée], je me suis senti interpelé.»

Même s'il avait été admis en sciences pures au Cégep de Limoilou, il commençait à en avoir assez des études. À l'été 1983, à l'âge de 17 ans, après quatre ans chez les cadets, le jeune homme de Val-Bélair décide de s'enrôler.

Au fil des ans, il prend du galon pour en arriver à occuper les fonctions les plus prestigieuses, dont commandant du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada à Valcartier et général commandant de la 2e Division du Canada et de la force opérationnelle interarmées.

Une douce revanche à l'égard de ce supérieur qui, à son entrée dans l'armée, lui avait dit qu'il ne serait jamais major...

«Je n'aspirais pas à ces niveaux de commandement. J'en ai eu l'opportunité et on m'a fait confiance. J'ai été privilégié», explique le haut gradé de 49 ans qui, laissant derrière lui son aversion juvénile pour les études, a complété un certificat en administration, un baccalauréat en sciences politiques et deux maîtrises en sciences et gestion de la défense.

Soldats mieux formés

Sa carrière couvrant trois décennies, le brigadier général est à même de jauger l'évolution des Forces armées canadiennes. En cela, il ne cesse de s'étonner des aptitudes de la nouvelle génération de soldats, mieux formés, bardés de diplômes, ouverts sur le monde, capables de composer avec les nouvelles technologies.

«Le soldat que je commandais à l'époque ne serait pas capable d'opérer l'équipement qu'on a aujourd'hui. Les jeunes soldats sont dix fois plus brillants qu'on l'était», glisse-t-il, en entrevue au Soleil, dans l'ambiance feutrée et détendue d'un salon du Cercle de la garnison, à la Citadelle de Québec.

À l'inverse, les membres de l'état-major ont dû apprendre à s'adapter aux militaires de la génération X et Y. «C'est une génération qui questionne énormément, qui veut savoir le pourquoi des choses. Le leadership doit s'adapter en conséquence. Pour eux, ce n'est pas parce que j'ai des grades que j'ai raison, mais quand tu réussis à les convaincre, ils vont te donner leur 110 %.»

Les équipements militaires se sont également raffinés. Terminée l'époque où les soldats de Valcartier étaient victimes de railleries à la radio lorsque leurs véhicules tombaient en panne à répétition sur le boulevard Henri-IV.

Équipement

«On a beaucoup investi dans l'équipement, que ce soit pour les véhicules de combat ou de soutien. Ils sont maintenant à la fine pointe de la technologie. Le soldat canadien est le mieux habillé, en terme de vêtements de protection, parmi toutes les forces de l'OTAN. Les Américains n'ont même pas ça. [...] Il n'y a pas de prix lorsqu'il s'agit de ramener vivants nos soldats de théâtres d'opérations.»

Lors du déploiement à Kandahar, en 2007, les militaires canadiens n'avaient pas à rougir, poursuit-il. «Il n'y avait pas beaucoup d'armées déployées là-bas qui avaient un aussi bon équipement. On n'achète pas beaucoup, mais quand on le fait, c'est de la qualité [...] Il faut comprendre que lorsque vous achetez de l'équipement, c'est pour 40 ans. Posez-vous la question sur son état dans 30 ans, c'est évident qu'il faut qu'il soit upgradé.»

Besoin de stabilité

Marié et père de deux filles de 18 et 20 ans, le brigadier général Lafaut aspire maintenant à une certaine stabilité, après des années à voyager pour le travail. «Ma famille a vécu huit déménagements, j'en ai fait six autres seul. Dans ma carrière, au total, j'ai vécu 33 mois en mission à l'étranger. Mes filles ont changé quatre fois d'école. Ça commence à faire beaucoup.»

Il y a cinq ans, lui et son clan se sont posés de façon définitive à Charlesbourg, lorsqu'il a pris le commandement du 5e Groupe brigade mécanisé du Canada, à Valcartier, mais il a continué à faire la navette entre Québec, Montréal, Ottawa et Toronto. «Je ne voulais pas passer le reste de ma vie professionnelle dans des chambres d'hôtel ou en appartement, à faire 1000 kilomètres d'auto chaque fin de semaine. C'est trop dur pour la famille.»

Le militaire est particulièrement reconnaissant à son épouse, aujourd'hui directrice adjointe au Centre Louis-Jolliet. «Elle s'est tellement sacrifiée. Comme enseignante, à chaque déménagement, elle perdait son ancienneté et devait revenir sur une liste d'appel. Tu ne peux pas faire une carrière militaire et avoir du succès si le conjoint n'embarque pas. Il y a un prix à payer et mon épouse et mes filles l'ont payé pendant longtemps. C'est à leur tour maintenant.»

Le Canada plus impliqué dans les missions de combat

Les missions des Forces armées canadiennes à l'étranger ne sont plus ce qu'elles étaient. L'époque des Casques bleus, gardiens de la paix, cède de plus en plus la place à des opérations sur le champ de bataille. «La nature des conflits a changé depuis 30 ans, l'ennemi aussi.»

Avec le rapprochement entre le gouvernement Trudeau et les Nations Unies, les Forces armées canadiennes risquent d'être de plus en plus sollicitées pour un engagement sur le terrain. «Nous sommes beaucoup plus impliqués dans des opérations de combats. Je ne crois pas qu'on va revoir des missions comme à Chypre où le Canada veillait à un cessez-le-feu, sans qu'un coup de feu soit tiré», explique le brigadier général Lafaut.

Ce virage avait déjà commencé à s'implanter en 1993, lors du débarquement des militaires canadiens en ex-Yougoslavie. «Le tempo des opérations a commencé à s'intensifier. On s'est retrouvés en tirs croisés. On a appris de dures leçons, on a perdu des hommes.»

Avec le recul, le brigadier général estime que la campagne dans les Balkans a été une excellente préparation pour la suite des choses. «À Kaboul, au début de 2000, et à Kandahar, en 2006, on s'est retrouvés dans des opérations de combats, une première depuis la guerre de Corée. On a été chanceux d'avoir connu les Balkans parce qu'on aurait probablement eu plus de décès.»

Imposant déploiement

Ces derniers mois, rappelle-t-il, l'armée canadienne a recommencé à se déployer à l'étranger, en Pologne et en Ukraine, ainsi qu'à moindre échelle en Irak et au Koweït, au total près d'un millier de soldats, «le plus important déploiement de militaires du Québec depuis la campagne en Afghanistan».

Dans la «poudrière» du Moyen-Orient, le brigadier général croit que l'État islamique sera un jour éradiqué. «On va finir par en venir à bout, mais que va-t-il émerger de cela? On ne peut pas imposer notre démocratie à d'autres cultures. Ils doivent trouver leur propre modèle. Hélas, ça laisse parfois de la place à des factions comme Daech qui vont commettre des atrocités.»

«Maintenant, avec Skype et Internet, les soldats sont... - image 3.0

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«Maintenant, avec Skype et Internet, les soldats sont comme à la maison, leur tête n'est pas toujours sur le terrain», signale le brigadier général Laffaut.

Internet rapproche les soldats de leurs familles

Les médias sociaux et les nouveaux moyens de communication ont radicalement modifié la relation entre un soldat et sa famille lors de missions à l'étranger. Même à des milliers de kilomètres, via Internet ou Skype, le militaire peut garder contact avec ses proches, ce qui n'est pas sans agacer le brigadier général Lafaut.

De la même façon qu'un employé conserve un lien avec le bureau, en soirée ou la fin de semaine, grâce à son téléphone intelligent, le soldat est toujours à un clic des soucis domestiques, quasiment en temps réel.

«À mon époque, il y avait une rupture entre le soldat et sa famille, explique-t-il. À Chypre, en 1992, je ne pouvais communiquer avec mon épouse que par ondes courtes ou lettres. Maintenant, avec Skype et Internet, les soldats sont comme à la maison, leur tête n'est pas toujours sur le terrain. S'il y a des tracas, ça peut devenir dangereux.»

Pendant la période des Fêtes, se souvient le haut gradé, les soldats déployés à l'étranger avaient l'habitude de passer du bon temps ensemble. «On partageait un souper de Noël, on jouait aux cartes, on se contait des histoires, on avait du plaisir. Ça donnait une cohésion au groupe. Maintenant, on fait un repas de Noël et tout le monde s'en va dans sa chambre vivre Noël avec sa famille, sur Skype. C'est la nouvelle réalité. Ça n'en fait pas de mauvais soldats pour autant.»

Le souci de la sécurité

Il n'est pas dit toutefois que la permission faite aux soldats d'utiliser ces nouveaux moyens de communication ne disparaîtra pas un jour par souci de sécurité. «Le jour où l'on affrontera un ennemi capable de détecter l'activité d'un réseau Internet, comme nous sommes capables de le faire, on se mettra à risques parce qu'on pourra se faire repérer sur le champ. Il va alors falloir être capable de s'en passer ou d'en restreindre l'utilisation.»

Ce qu'il a dit...

«Je n'ai jamais autant senti l'appui de la population pour notre travail. Dans les restaurants, mes soldats ne payaient rien. Ils étaient tous reçus à bras ouverts.»

(au sujet de l'implication des Forces armées lors de la crise du verglas, en 1998, et des inondations au Manitoba, un an plus tôt)

«À Kandahar, le Canada est le seul pays qui s'est vu confier le commandement de troupes américaines. Il fallait qu'on soit efficaces pour être choisis.»

«J'ai toujours eu la politique de la porte ouverte. Le simple soldat a toujours pu venir me parler et ça me faisait plaisir. Si tu veux savoir ce qui se passe sur le terrain, il faut parler avec quelqu'un qui le vit.»

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