Étape cruciale pour le service d'injection supervisé

L'implantation d'un service d'injection supervisé à Québec amorce ces jours-ci... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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(Québec) L'implantation d'un service d'injection supervisé à Québec amorce ces jours-ci une étape cruciale. Non seulement faut-il choisir le modèle et l'emplacement les mieux adaptés aux utilisateurs de drogues intraveineuses, il faut aussi s'assurer que les résidents concernés acceptent le projet dans leur quartier.

Le comité de travail amorce la phase finale à l'ouverture d'un Service d'injection (SIS) dont le plus connu est Insite, fondé en 2003 à Vancouver. Montréal devrait avoir le sien prochainement. À Québec, le travail s'est amorcé à la suite d'un jugement de la Cour suprême qui affirmait la légalité d'un tel service.

La première phase entreprise il y a plus de deux ans a confirmé la nécessité d'implanter un SIS à Québec pour les quelque 930 utilisateurs de drogues intraveineuses (UDI) répertoriés dans la capitale. La seconde phase, qui pourrait durer plus de 18 mois, sert à définir le projet et son lieu d'implantation. Une fois le modèle connu, une demande d'exemption sera adressée à Santé Canada.

Marc De Koninck, organisateur communautaire pour le Centre intégré universitaire en santé et services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, est porteur du dossier. «Nous sommes condamnés à travailler bien plutôt que vite», lance celui qui sait pertinemment que le milieu communautaire réclame ce service depuis des lustres. C'est qu'un dossier mal ficelé présenté à Santé Canada ne ferait que retarder le projet, plaide-t-il.

«Il faut signer des ententes avec la Ville de Québec, le service de police et les infirmières. Il faut aussi établir des protocoles d'intervention. Il faut prévoir des cas d'exception. S'il y a une overdose, qu'est ce qu'on fait? Si une mère se présente avec son enfant, qu'est-ce qu'on fait? Et si malgré toutes les précautions prises, il y a des seringues qui se retrouvent dans le périmètre du lieu choisi, qu'est-ce qu'on fait?» énumère M. De Koninck.

Nul doute que le point le plus sensible du processus est de déterminer l'endroit où le SIS sera implanté. «Il faudra choisir entre l'un des quatre modèles retenus : dans un établissement de santé, dans le local d'un organisme communautaire qui travaille auprès de cette clientèle, dans un tout nouveau local ou dans une unité mobile», lance-t-il, sans vouloir privilégier l'une ou l'autre des options.

À ce sujet, il constate que ce projet a son lot d'opposants qui croient encore qu'un SIS ne fait que favoriser la consommation de drogues intraveineuses. «Il y a un manque de sympathie pour ce type de clientèle. Ce sont des gens marginaux. Ils sont coupables d'être pauvres, d'être des pas bons», se désole-t-il.

M. De Koninck insiste sur le fait que l'implantation d'un SIS n'entraîne pas l'émergence du phénomène de consommation de drogues simplement parce qu'il existe déjà. «Les gens des quartiers centraux susceptibles d'accueillir le service sont déjà en présence de ces personnes», précise-t-il.

«Une fois qu'on aura une ébauche de ce qu'on veut, il faudra passer à une autre étape : l'acceptabilité sociale, ajoute le travailleur communautaire. On a un devoir pédagogique de rencontrer les gens d'affaires, les gens du quartier, les organismes. On ne veut pas créer plus d'insécurité.»

Enjeux de santé publique et de sécurité

Il rappelle que le service d'injection répond à des enjeux de santé publique et de sécurité. De 2002 à 2014, au moins 132 des 540 cas de VIH déclarés sont attribuables à l'utilisation de drogues par injection. Le coût de traitements à vie s'élève à 250 000 $. Il note aussi que 75 % des personnes qui ont contracté l'hépatite C à Québec sont des consommateurs de drogue par injection. Un traitement coûte au bas mot 55 000 $, seulement en médication.

L'expérience d'Insite à Vancouver révèle une économie entre un et trois dollars en soins de santé pour chaque dollar investi dans l'organisme. On note aussi une réduction des méfaits.

Une première rencontre sera tenue prochainement entre les différents collaborateurs : CIUSSS, la Ville et la police de Québec, les organismes communautaires et même les UDI. «En aucun cas on ne cautionne la consommation de drogue. On ne veut pas leur faciliter la tâche. Un des éléments clés du service est de mettre les usagers en contact avec des professionnels. Ainsi, certains pourraient vouloir s'en sortir», conclut M. De Koninck.

Ramassage printanier de seringues

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Jeudi se déroulait, comme chaque printemps, une journée de ramassage de seringues que des utilisateurs de drogues intraveineuses auraient pu laisser à la traîne dans les parcs et certains autres endroits des quartiers centraux qu'ils fréquentent.

Le Soleil, Patrice Laroche

Jeudi se déroulait, comme chaque printemps, une journée de ramassage de seringues que des utilisateurs de drogues intraveineuses auraient pu laisser à la traîne dans les parcs et certains autres endroits des quartiers centraux qu'ils fréquentent. Des équipes de bénévoles ont visité les parcs, les bretelles d'autoroutes et les berges de la rivière Saint-Charles. Cette tournée printanière a permis de ramasser 23 seringues souillées. «C'est un peu plus que l'an passé [11], mais ce n'est pas une hausse significative», fait remarquer Mario Gagnon, directeur général de Point de repères. Il rappelle que sur les 304 000 seringues que fournit l'organisme, les utilisateurs en retournent 267 000. D'autres peuvent être retournées dans des boîtes prévues à cet effet à certains endroits extérieurs de la ville et dans les pharmacies.

Antidote aux opiacés

Le ministère de la Santé mettra en place pour l'été un programme provincial d'accès et de formation à la naloxone destiné aux gens qui pourraient être témoins d'une surdose provoquée par la consommation d'opiacés.

La vague de surdoses mortelles liées au fentanyl l'an passé à Québec, comme ailleurs au Canada, a joué un rôle dans l'intérêt du ministère à rendre l'antidote plus accessible. En 2015, la Direction de santé publique (DSP) répertoriait dans la région onze cas de surdose, dont quatre mortelles. Il y en a eu au moins trois en 2016.

La naloxone, habituellement injectée dans le muscle de la cuisse, arrête temporairement l'action des drogues opiacées comme la morphine, le dilaudid, l'héroïne et le fentanyl.

«Le projet déployé dans les régions est inspiré de ce qui sera aussi mis en place prochainement dans la région de Montréal, soit une formation aux intervenants à l'administration de la naloxone et à former des usagers à l'aide d'outils visuels à l'administration de la naloxone», explique par courriel Émilie Lavoie du ministère de la Santé.

Un projet pilote mené depuis juin 2015 dans la métropole a déjà permis de former 118 personnes. La majorité des personnes formées sont des toxicomanes et leurs proches. Des gens susceptibles d'être témoins d'une surdose.

Une première formation d'une heure sera offerte aux personnes qui consomment et à leurs proches. Elle comprend aussi une formation en RCR. La seconde formation de deux heures s'adressera aux intervenants des organismes communautaires qui offrent des services aux personnes qui consomment des drogues.

Plutôt cette année, le directeur général de Point de repères, Mario Gagnon, qui travaille auprès des toxicomanes, s'inquiétait du fait que les autorités tardaient à rendre les formations accessibles. En janvier, la Direction de la santé publique soumettait une demande de formation pour la région de Québec.

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