Patrimoine immatériel: les 10 ans d'une convention mal-aimée

De passage à Québec, jeudi, le chef de... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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De passage à Québec, jeudi, le chef de la section du patrimoine immatériel de l'UNESCO, Tim Curtis, n'a pas voulu jeter de l'huile sur le feu et s'est contenté «d'espérer que le Canada se joindra bientôt à la Convention».

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Le Canada fait partie du très petit nombre de pays qui refusent de signer la Convention de l'UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel. Un sujet incontournable, jeudi, à l'ouverture d'un colloque que l'Université Laval consacre aux 10 ans de la convention «mal-aimée». Bilan provisoire.

Nous sommes en l'an 2016. Cent soixante-huit pays du monde ont signé la Convention de l'UNESCO sur le patrimoine immatériel. Tous? Non. Car un petit nombre de pays, y compris le Canada, refusent encore et toujours de signer. Et la vie n'est pas facile pour quiconque veut comprendre pourquoi un pays rechigne à inscrire ses traditions dans les trésors que l'humanité doit protéger.

Oui, le patrimoine immatériel, c'est grand, c'est vaste, c'est un peu l'aventure. On y trouve des traditions en voie de disparition, comme les chants polyphoniques des Pygmées de Centrafrique. Sans oublier des curiosités, comme la cornemuse slovaque ou le funambulisme ouzbek. Mais, en cherchant un peu, on tombe aussi sur des vedettes planétaires, comme la frite belge, le café turc ou la diète méditerranéenne.

«[La position canadienne] apparaît difficile à expliquer», convient Laurier Turgeon, professeur et titulaire de la chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique. «D'autant plus qu'au début, le pays était plutôt favorable à la Convention. Puis, en 2003, il s'est soudainement retiré de l'exercice. Sans fournir d'explications. Depuis, c'est le silence radio.»

Pour tenter d'expliquer la position canadienne, M. Turgeon suggère quelques hypothèses. La crainte que la Convention alimente les revendications territoriales des autochtones? L'idée voulant que l'inventaire du patrimoine immatériel se révèle coûteux? À moins qu'il ne s'agisse du lobby des spécialistes du patrimoine bâti, qui craignaient que leurs subventions ne soient diminuées par l'arrivée d'un nouveau joueur?

Allez savoir. Le grand chef de la nation huronne-wendat, Konrad Sioui, se montre plus direct. «Le Canada ratifie une [convention] à la condition que cela n'ait aucun effet sur ses lois.»

La diplomatie du katajjaniq

De passage à Québec, le chef de la section du patrimoine immatériel de l'UNESCO, Tim Curtis, ne veut pas jeter de l'huile sur le feu. Il se contente «d'espérer que le Canada se joindra bientôt à la Convention». Il souligne que plusieurs provinces, dont le Québec, n'ont pas attendu la signature canadienne pour agir. En 2014, le katajjaniq, chant de gorge inuit, a été inscrit au Registre du patrimoine culturel québécois.

M. Curtis reconnaît que les pays signataires s'intéressent surtout à la publicité que procure l'inscription d'une tradition ou d'un art sur la liste «représentative» de l'UNESCO. Faute de moyens, l'organisme n'ajoute qu'une trentaine d'entrées à cette vitrine, chaque année. Le «label UNESCO» est rare. Il vaut de l'or. Impossible de l'ignorer.

En 2010, l'inscription du «repas français» sur la prestigieuse liste de l'UNESCO a déclenché une vive polémique. Aussitôt des ambassades françaises ont organisé des repas de chefs pharaoniques à l'étranger pour promouvoir leur cuisine, a dénoncé un spécialiste du patrimoine au magazine Télérama. Nicolas Sarkozy s'est enorgueilli de la décision de l'UNESCO, a vanté l'excellence de [la] gastronomie [française]. [Une] récupération politique, doublée d'une escroquerie intellectuelle [...].»

«C'est vrai qu'il peut y avoir des abus», convient le professeur Laurier Turgeon. «Mais à tout prendre, mieux avoir une convention. Le patrimoine immatériel a le vent dans les voiles, conclut-il. En particulier pour le tourisme. Les gens ne veulent plus seulement visiter des bâtiments. Ils cherchent à participer à des festivals. Ils préfèrent goûter la cuisine locale.»

Dans ce contexte, le refus du Canada de signer la convention de l'UNESCO lui semble nuisible. «Dommage pour nos chercheurs. Dommage pour notre patrimoine. Dommage pour notre tourisme, conclut-il. Qu'est-ce qu'on aurait à y perdre?»

Et de grâce, ne dites pas que le Canada changera d'idée le jour où la pratique de la pêche aux crevettes à cheval d'Oostduinkerke, en Belgique, fera partie du patrimoine immatériel. Au plat pays de Jacques Brel, c'est chose faite depuis 2014...

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