Au salaire minimum, on est plus pauvre en région qu'en ville

À Trois-Rivières ou à Saguenay, par exemple, il... (123rf/Katarina Gondova)

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À Trois-Rivières ou à Saguenay, par exemple, il est difficile pour un ménage de se déplacer sans une automobile, et l'épicerie coûte beaucoup plus cher. Un revenu plus élevé serait donc nécessaire pour atteindre le seuil du «salaire viable» défendu par l'IRIS.

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(Québec) Les nombreux ménages vivotant au bas de l'échelle, à moins de 15 $ l'heure, sont plus pauvres en région que dans les grands centres urbains, suggère une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS). La faute aux denrées chères et, surtout, à l'absence de transport en commun.

Pour la deuxième année consécutive, l'IRIS - centre de recherche campé à gauche toute - a calculé ce que devraient gagner les plus bas salariés pour échapper à la misère, souffler, profiter de la vie. Le salaire minimum augmentera à 10,75 $ l'heure le 1er mai. C'est nettement insuffisant, clame Philippe Hurteau, doctorant en sciences politiques, disséqueur de politiques publiques. Avec un revenu hebdomadaire de 403 $, on ne peut pas se sortir la tête de l'eau, selon lui.

L'an dernier, M. Hurteau et un collègue avaient donc élaboré un budget qui permettrait à un ménage de subvenir à ses besoins primaires, mais aussi de participer à la vie sociale, de consommer quelques extras, de sortir au resto à l'occasion, d'inscrire les enfants au soccer. Un revenu qui permettait de se projeter, d'améliorer son sort. À l'approche du 1er mai, ils ont refait l'exercice. Alors, pour que les plus bas salariés atteignent cet éden du minimum, le gouvernement devrait fixer le salaire de base à 15,10 $ l'heure, prônent-ils.

Une personne seule pourrait ainsi empocher un salaire brut tout près de 30 000 $ l'an. Un couple avec deux revenus doublerait la mise. «Ce n'est pas du tout vivre dans le luxe», plaide Philippe Hurteau. «C'est avoir une marge de manoeuvre.»

L'IRIS n'est pas le premier groupe à lancer un 15 $ dans la mare. Récemment, l'homme d'affaires et ex-dragon Alexandre Taillefer s'est aussi positionné en faveur durant le Sommet annuel du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Une proposition reçue froidement par les lobbys de l'industrie, qui disent entrevoir des pertes d'emplois en masse et une hausse des prix si ce scénario devait séduire les politiques.

Pas assez en région

Mais, même à 15,10 $ l'heure, plusieurs citoyens n'atteindraient pas le seuil du «salaire viable», le seuil au-delà duquel on peut surnager, prévient le chercheur Philippe Hurteau. Pour une première fois, il a vérifié quel devrait être le salaire minimal dans différentes régions du Québec. Et le résultat étonne.

Ainsi, à Trois-Rivières, le salaire minimum actuel permet presque d'atteindre l'idéal fixé par l'IRIS. Un ménage de deux adultes qui travaillent à 10,75 $ l'heure et de deux enfants surpasse même l'objectif grâce aux nombreux crédits d'impôt réservés aux familles.

Mais, à l'opposé, une femme monoparentale avec un enfant de Saguenay ou de Sept-Îles devrait plutôt toucher 18 $, 19 $, voire 20 $ l'heure pour s'échapper du cercle vicieux de la pauvreté, selon les calculs de M. Hurteau. À Québec et à Montréal, par contre, la proposition de 15,10 $ serait même un peu élevée!

Pourquoi une telle disparité? À Trois-Rivières, les loyers sont moins dispendieux, explique Philippe Hurteau. Et la présence d'un réseau de transport en commun moins cher que dans les plus grandes villes permet aux familles d'éviter l'achat de deux voitures.

À Saguenay et à Sept-Îles, par contre, les déplacements entre la maison, la garderie, l'école et le boulot sont pratiquement impossibles sans un bolide, observe l'auteur. Et l'épicerie coûterait beaucoup plus cher. D'où un revenu nécessaire plus élevé pour atteindre le seuil de «salaire viable» défendu par l'IRIS.

La loi de la moyenne a toutefois établi que le salaire minimum québécois devrait atteindre 15,10 $. M. Hurteau pense qu'on pourrait s'y rendre en quelques années, à raison de 1 $ l'heure de plus annuellement, sans brusquer les entreprises. Et que cet argent versé dans les poches des plus bas salariés serait vite dépensé, stimulerait l'économie.

L'IRIS évalue que plus d'un million de travailleurs gagnent moins de 15 $ l'heure.

Évolution du salaire minimum

1er mai 2004: 7,45 $

 1er mai 2007: 8,00 $

 1er mai 2010: 9,50 $

 1er mai 2013: 10,15 $

 1er mai 2016: 10,75 $

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