Bush ciblé par le «chasseur de dictateurs»

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De passage à Québec, Reed Brody (à droite, accompagné de Fannie Lafontaine, directrice de la Clinique de droit international pénal et humanitaire de la Faculté de droit de l'Université Laval, et de Pascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières Canada), surnommé le «chasseur de dictateurs», croit que les dirigeants de pays démocratiques commettant des actes répréhensibles devraient être traités de la même façon que les dictateurs.

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Même si plusieurs ex-dictateurs sont toujours au large, l'avocat américain spécialiste en droits de la personne Reed Brody avoue que la personne qu'il aimerait le plus voir jugée est l'ex-président des États-Unis George W. Bush.

«Je ne veux pas dire que les tortures d'Abou Graïb et de Guantánamo sont pires que celles de la Corée du Nord ou du régime syrien. Mais si un dirigeant d'un pays occidental était jugé pour de la torture quand son pays l'a pratiquée et s'en est vanté, ça rétablirait la crédibilité de la justice internationale», estime le conseiller juridique et porte-parole de l'organisme Human Rights Watch, surnommé le «chasseur de dictateurs».

«Il faudrait traiter les cas des pays occidentaux avec autant de sérieux que ceux des pays qui ont une tradition despotique», a-t-il déclaré au Soleil mercredi, alors qu'il était de passage à Québec pour participer à des activités de l'organisme Avocats sans frontières Canada et de la Faculté de droit de l'Université Laval.

«Les autres grandes démocraties comme le Canada sont coupables dans l'impunité dont jouissent des gens comme Bush. Si les pays amis insistaient pour que ces gens soient jugés, au moins ils ne pourraient plus voyager partout sans être inquiétés», a-t-il résumé.

Dictateurs au large

Après avoir travaillé avec les victimes de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet et de l'ex--dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, Reed Brody agit comme conseiller des victimes dans la cause de l'ancien dictateur du Tchad, Hissène Habré, qui fait face à la justice au Sénégal.

«Les dictateurs et les gens ayant commis des crimes internationaux ne manquent pas. On n'a qu'à penser à la Corée du Nord, à la Syrie, au Soudan ou aux actes posés par l'État islamique. Il y a aussi plusieurs dictateurs déchus comme [les ex-dirigeants haïtiens] Raoul Cédras et Prosper Avril ou [l'ancien chef d'État éthiopien] Mengistu Haile Mariam», poursuit M. Brody.

«Il est difficile de forger les conditions politiques pour permettre que ces gens-là soient jugés là où ils se trouvent», enchaîne-t-il. Mengistu s'est réfugié au Zimbabwe, Cédras au Panamá et Avril est retourné en Haïti après s'être réfugié aux États-Unis pendant un certain temps.

Le cas Al-Bashir

Malgré tout, M. Brody croit que la Cour pénale internationale n'a peut-être pas adopté la meilleure stratégie en accusant le président du Soudan, Omar Al-Bashir, de crimes de guerre en 2009. Aujourd'hui, Al-Bashir est toujours en poste et a visité plusieurs autres pays sans jamais être arrêté. Reed Brody est rejoint dans son opinion par Fannie Lafontaine, directrice de la Clinique de droit international pénal et humanitaire de la Faculté de droit de l'Université Laval.

«Était-ce la bonne chose à faire que d'aller au plus haut échelon et d'accuser un président en exercice? Le procureur est arrivé là comme un cow-boy et a antagonisé l'État. La stratégie politique ne doit pas se distancer des réalités politiques», a déclaré Me Lafontaine lors de l'entretien auquel elle participait avec M. Brody au palais de justice de Québec. Le gouvernement soudanais a en effet réagi à la mise en accusation en expulsant du pays plusieurs organismes d'aide comme Oxfam et Mercy Corps, qu'Al-Bashir a qualifiés de «voleurs».

«Même si la justice doit être la solution par défaut plutôt que l'oubli, il faut éviter les solutions dogmatiques, a repris M. Brody. Par exemple, au Zimbabwe, je pense que la majorité de la population serait d'accord pour que [le président Robert] Mugabe s'en aille même si elle savait qu'il serait à l'abri des poursuites», a-t-il indiqué à la fin de l'entretien auquel participait aussi Me Pascal Paradis, directeur général d'Avocats sans frontières Canada.

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