Vérification faite: plus d'attentats qu'avant?

La France a été durement touchée par le... (AP, Peter Dejong)

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La France a été durement touchée par le terrorisme islamique en 2015.

AP, Peter Dejong

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(Québec) Île-de-France, janvier 2015, 17 morts. Paris, 13 novembre 2015, 130 victimes. Bruxelles, 22 mars 2016, 31 morts (peut-être plus). À voir les nouvelles depuis quelque temps, on jurerait que les groupes islamistes radicaux sont plus nombreux et plus actifs que jamais. L'intuition est-elle bonne? Fausse? À moitié vraie?

Regardons-y de plus près...

Les faits

Nous avons consulté la base de données RAND sur le terrorisme, qui tient le compte de tous les attentats terroristes (actes violents commis pour instiller la peur dans un but politique) commis dans le monde entre 1971 et 2009. Nous avons extrait les données pour l'Europe de l'Ouest et sélectionné, autant que faire se pouvait, uniquement les attentats commis par des groupes islamistes.

Et les résultats sont frappants : non, les fous d'Allah ne sévissent pas plus qu'avant en Europe de l'Ouest. En fait, s'il y eut déjà quelque chose comme un «âge d'or» du terrorisme musulman là-bas, ce fut dans les années 80, quand on dénombrait généralement entre 8 et 20 attaques par année, contre 0 à 3 (hormis deux années) à partir de la deuxième moitié des années 90.

Île-de-France, janvier 2015, 17 morts. Paris, 13... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Si l'on regarde le nombre de morts plutôt que le nombre d'attaques, le portrait reste le même. Le site FiveThirtyEight.com a compilé récemment tous les décès dans des attentats (islamistes ou autres) survenus en Europe de l'Ouest entre 1986 et 2014. Notons que ces données proviennent d'une autre banque que celle de RAND, qui se termine en 2009. Au cours des 10 premières années de cette période, dans cette région du globe, la terreur organisée a fauché en moyenne 157 personnes par année; depuis 1995, ce nombre est passé à 32, et même à 23 si l'on exclut l'explosion de trains de banlieue à Madrid, en 2004 (192 morts). Et pour les années 2009-2014, qui ne sont pas couvertes par RAND, cette moyenne n'est que de 7.

Deux experts consultés par Le Soleil - Sami Aoun, spécialiste du mouvement islamiste de l'Université de Sherbrooke, et le criminologue Stéphane Leman-Langlois, qui étudie le terrorisme à l'Université Laval - nous ont confirmé la tendance : dans l'ensemble, la menace terroriste en Europe occidentale est moindre maintenant que dans les années 80.

«Ça n'a rien à voir avec l'islamisme, c'est surtout une question de géopolitique, explique M. Leman-Langlois. Dans les années 60, la décolonisation a donné lieu à des mouvements de libération nationale qui ont eu des débordements terroristes. Le FLQ s'en inspirait, d'ailleurs. Les années 70 ont été plus tranquilles, puis sont arrivées les années 80, avec la Guerre froide, des grandes puissances qui soutenaient des groupes terroristes, la cause palestinienne, etc.»

Or le contexte n'est plus le même et «génère» moins de terrorisme qu'avant. Il y en aura toujours un peu, nuance M. Leman-Langlois, mais dans la mesure où le «terrorisme zéro» n'existe pas, ce que l'on observe depuis 20 ans peut certainement compter comme une sorte d'accalmie.

Et ni lui ni M. Aoun ne croient que nous arrivons à la fin de cette pause. Les islamistes se rendent compte que leur rêve de fonder un califat au Moyen-Orient est une utopie qui ne verra jamais le jour. «Donc il y a sentiment d'échec chez eux [...] et ils se replient derrière les lignes de l'ennemi [en Occident] parce qu'ils s'aperçoivent que les actions européennes et américaines affaiblissent leur califat», dit M. Aoun.

À ses yeux, la «vague» d'attentats des derniers mois en Europe de l'Ouest peut s'expliquer de cette manière mais, tout tragiques soient-ils, ils ne sont guère plus que les soubresauts d'un mouvement en crise. Ces radicaux ne jouissent pas d'un grand capital de sympathie dans les pays musulmans, fait-il remarquer, si bien qu'il leur sera difficile d'accroître leur influence, là-bas comme ici. «Je crois que cet islamisme se désagrège», dit-il.

Le verdict

Non, il n'y a pas plus de terrorisme en Europe de l'Ouest maintenant qu'avant - il y en a, en fait, nettement moins qu'il y a 30 ans. Les données, en tout cas, ne montrent aucun accroissement, et les experts estiment que les conditions géopolitiques pour une recrudescence soutenue du terrorisme ne sont pas réunies.

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