La vie après le fait divers

«C'est comme quand tu te couches la nuit,... (Le Soleil, Yan Doublet)

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«C'est comme quand tu te couches la nuit, mais quand je me suis réveillé, il me manquait un mois de mémoire», raconte Ian Gélinas, au sujet de son accident de la route en Chine.

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Ils font la manchette, leur malheur à la une, leur drame en spirale sur les réseaux sociaux, puis ils sombrent vite dans l'oubli. Les faits divers nourrissent le monstre, mais bien peu pour les êtres dont la vie bascule.

Le Soleil est allé à la rencontre des proches de ceux qui ont fait couler l'encre pour prendre des nouvelles.

Ian Gélinas: revenir de loin

  • L'ÉVÉNEMENT: Le 29 septembre 2014, alors qu'il se trouve à Pékin en Chine, Ian Gélinas est victime d'un grave accident de scooter qui le plonge dans un coma de trois semaines.  

L'appel à l'aide lancé par les proches de Ian Gélinas a fait le tour de la planète Facebook à l'automne 2014. Sa famille cherchait à rapatrier l'homme de Sept-Îles, victime d'un grave accident de scooter à  l'autre bout du monde. Installé aujourd'hui à Québec où il poursuit sa réadaptation, on peut dire que le trentenaire revient bel et bien de loin. 

Au bout du fil, la voix de Ian est bonne. Entre l'horaire chargé de l'université et des rendez-vous médicaux, il prend le temps de revenir sur les jours difficiles qui ont fait basculer sa vie, lui qui se rendait de la Mongolie à la Chine pour démarrer avec un collègue son restaurant à Shanghai. 

«C'est comme quand tu te couches la nuit, mais quand je me suis réveillé, il me manquait un mois de mémoire», raconte-t-il. Un coma de trois semaines, des vertèbres et des côtes fracturées, la clavicule cassée, la liste des blessures de Ian était longue. Au réveil, il avait tout le côté droit paralysé. «Il a fallu que je réapprenne à marcher, littéralement.» 

Mais sa longue réadaptation s'est amorcée qu'une fois de retour au pays, six semaines après l'accident. Sa famille a remué ciel et terre pour ramener leur fils en sol canadien. Ian, entre deux contrats de travail, n'avait pas d'assurance quand le destin a frappé. Sept-Îles s'est soulevé pour lui venir en aide. 

«Le monde des régions, c'est magnifique, ça se tient. Sept-Îles, c'est loin, mais j'étais tellement fier de venir de là», assure le jeune chef qui a cuisiné à l'international pendant sept ans. Ce vent de solidarité l'aura aussi aidé à passer au travers. «Je regardais ce que la population avait fait pour moi et je ne voulais pas les laisser tomber.» 

Le bras droit de Ian lui donne toujours du fil à retordre, il n'est pas dit qu'il pourra s'en servir de nouveau un jour, mais rien pour l'empêcher de mordre dans la vie. À 32 ans, il entame son certificat en entrepreneuriat pour devenir restaurateur. «Le plus dur, c'est de prendre des notes de la gauche», s'exclame-t-il. 

«Un accident, ça change ta vision de la vie. Ça ne donne rien de rester chez vous et de pleurer. Il ne faut pas abandonner, mais foncer», encourage Ian. L'histoire raconte aussi que son retour au Québec lui a permis de renouer avec une ancienne flamme, avec qui il file le parfait bonheur... 

L'histoire de Ian Gélinas à lire ici

Eva et Ingrid Desterres: plus qu'un fait divers

Les soeurs Ingrid et Eva Desterres ont perdu... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque) - image 4.0

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Les soeurs Ingrid et Eva Desterres ont perdu leur enfant, des cousins, Tatiana et Pier-Luc Desterres, dans un accident de la route le 3 janvier. Ils avaient 22 et 19 ans. 

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

  • L'ÉVÉNEMENT: Le 3 janvier 2016, Pier-Luc Desterres et sa cousine Tatiana meurent dans un accident de la route à la hauteur des Escoumins sur la Côte-Nord. 

Eva et Ingrid Desterres ont ouvert leur porte au Soleil deux semaines après que leur enfant, Pier-Luc et Tatiana, des cousins, se furent tués dans un accident de la route, le 3 janvier, aux Escoumins. Eva ressentait le besoin d'honorer la mémoire de son fils, dont la vie se résume à bien plus que quelques lignes dans le journal. 

«Il fallait que je le fasse», confie-t-elle. «Mon garçon, il tenait à la vie. Il s'en allait travailler à Montréal pour ramasser des sous et réaliser son rêve de construire un chalet en l'honneur de son père décédé, lui aussi aimait le bois.» Mais, la première grande aventure du jeune de 19 ans de Uashat mak Mani-Utenam a tourné au drame. 

Pier-Luc a perdu la maîtrise de son auto pour aller percuter de plein fouet un véhicule qui venait en sens inverse. Sa Toyota a pris feu après l'impact. L'inexpérience et une conduite mal adaptée auraient joué un rôle dans l'accident, selon la Sûreté du Québec. L'enquête révélera aussi que les deux Innus ne portaient pas leur ceinture de sécurité. 

Mais, Eva Desterres refuse que la mémoire de son fils ne tienne qu'aux conclusions de l'enquête policière. «Mon garçon était prudent et prévenant. On ne le reconnaît pas là-dedans», avance difficilement la mère de famille. «Tout ce qu'on dit, ce n'est pas mon fils», poursuit-elle, faisant allusion aux commentaires sur les réseaux sociaux. 

«Il était vaillant, souriant, continue-t-elle, la gorge nouée. Quand il n'était pas là, on sentait son absence.» Un mot aussi pour sa cousine Tatiana, 22 ans, une jeune adulte aimante et généreuse, qui adorait cuisiner pour la maisonnée, raconte sa maman, Ingrid. Elle se rendait à Québec pour visiter la famille. 

L'histoire de Pier-Luc et Tatiana à lire ici 

Yves Girard: le deuil à travers la justice

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Yves Girard va toujours avoir l'impression qu'il lui manque une partie de lui depuis le décès de son jeune frère Martin, dans un accident de motoneige, le 9 janvier 2013. 

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

  • L'ÉVÉNEMENT: Le 9 janvier 2013 en soirée, Martin Girard est happé mortellement par un motoneigiste alors qu'il tentait de réparer sa motoneige tombée en panne dans un sentier du secteur Moisie à Sept-Îles. 

Chaque fois qu'il mettait les pieds au palais de justice, Yves Girard replongeait dans la nuit fatidique qui lui a enlevé son petit frère, le 9 janvier 2013. La fin de la vie de Martin Girard a été pour Yves et sa famille le début d'un long et difficile chapitre judiciaire de trois ans, dont chacune des étapes a été médiatisée. 

«T'es jamais prêt à aller en cour écouter le récit de la mort d'un être proche», illustre Yves Girard au Soleil. «Le processus judiciaire nous ramène toujours aux événements. Quand je pense à Martin, je pense aux bons moments, mais quand tu vas en cour, tu revis la soirée et les semaines difficiles d'après.» 

Martin Girard, 26 ans, était sorti faire une balade en motoneige avant le souper dans un sentier du secteur Moisie à Sept-Îles, où il habitait. Son engin est tombé en panne et un autre motoneigiste, qui circulait à haute vitesse, l'a heurté violemment. Sa jambe a été sectionnée, il a succombé à ses blessures. 

L'accusé, qui a plaidé coupable dans cette histoire, a écopé en janvier de trois ans de prison pour conduite dangereuse causant la mort. Les chefs de négligence criminelle et de conduite avec les facultés affaiblies ont été retirés en cours de procédures. «Ça, ça nous a frustrés un peu, mais un moment donné tu lâches prise», assure Yves Girard. 

«On n'avait pas grand-chose à gagner avec le processus judiciaire, ça ne nous ramènera pas Martin, mais on voulait aller jusqu'au bout», rajoute-t-il encore un peu amer. Le temps aura apaisé la colère qui a habité Yves Girard de longs mois. Aujourd'hui, il espère mettre ça derrière lui et vivre son deuil «plus sereinement». 

«La vie continue, mais je te dirais que je vais toujours avoir l'impression qu'il me manque une partie de moi», confie-t-il, la voix triste. «Martin, c'était un gars qui avait le coeur sur la main, c'était mon partenaire de chasse, un passionné de pêche. J'aime ça parler de lui, pour ne pas l'oublier.»

L'histoire de Martin Girard à lire ici

Proches d'Enrick Gagnon: gagner à la mauvaise loto

Les collègues Alain Verret et Luc Lecomte entourent la mère... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque) - image 8.0

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Les collègues Alain Verret et Luc Lecomte entourent la mère d'Enrick Gagnon, Joane Roy. Ils sont demeurés très proches de Mme Roy après les événements. 

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

  • L'ÉVÉNEMENT: Le matin du 6 novembre 2014, Enrick Gagnon, 45 ans, de Sept-Îles, perd la vie quand le train de la minière IOC qu'il conduit déraille à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville. 

Les tristes images du train de la minière IOC qui a déraillé au nord de Sept-Îles ont fait le tour du Québec, le 6 novembre 2014. Le cheminot Enrick Gagnon, 45 ans, a péri quand une paroi rocheuse s'est affaissée pour aller percuter sa locomotive, qui a terminé sa course engloutie dans la rivière Moisie. 

Réunis autour de la table chez la mère d'Enrick, Joane Roy, des collègues, Alain Verret et Luc Lecomte, se rappellent leur chum. L'ambiance est légère. Drôle, timide, réservé, un peu pince-sans-rire, solitaire aussi, les épithètes ne manquent pas pour décrire Enrick. «Lui, c'était sa gang de deux, trois chums et c'était ça», assure Alain. 

Chaque quart de travail, Alain et Luc reprennent le même tracé que celui qui aura été mortel pour Enrick. La vie continue certes, mais pas une fois ils y repassent sans penser à lui. «Je lui envoie toujours un petit signe de main», lance Alain. «Moi aussi», ajoute Luc. «Le plus dur, c'était quand les locomotives n'avaient pas été retirées», poursuit-il. 

La locomotive d'Enrick a complètement été submergée sous les eaux de la Moisie et une deuxième l'a été partiellement. L'opération pour le moins complexe du levage des lourds engins s'est échelonnée sur plusieurs semaines. Il aura fallu deux jours même avant de pouvoir extirper le Septilien de la carlingue. «Enrick, il a gagné à la loto, mais à la mauvaise loterie», résume Luc.

«Ç'a été les deux pires journées de ma vie, confie sa mère. Ç'a été difficile, on se faisait pleins de scénarios bizarres. Quand on l'a vu à la morgue, ç'a été un soulagement malgré tout, si on n'avait pas retrouvé son corps, ça aurait été encore plus difficile, je pense», affirme-t-elle, avec calme. 

La minière IOC a nommé la première station du chemin de fer à partir de Sept-Îles au nom du défunt. Une plaque commémorative a aussi été installée sur les lieux du drame. «La compagnie a été numéro un», indique Mme Roy. Les collègues d'Enrick abondent dans le même sens.  

Aujourd'hui, le noyau d'amis chers à Enrick n'est jamais bien loin de sa mère, qui a déménagé dans la maison de son fils décédé. «Une chance que je les ai eus», assure Mme Roy. «Enrick ne retenait pas du voisin, quand je vois Joane, je vois Enrick», renchérit Luc. «C'est un super compliment, ça», répond-elle. 

L'histoire d'Enrick Gagnon à lire ici

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